Internet haute vitesse: du rêve au cauchemar

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Mario Roy a réalisé un rêve lorsqu’il s’est porté acquéreur il y a deux ans d’une propriété à Milan dans la MRC du Granit. Il y rêvait depuis l’âge de 12 ans. Mais ce rêve s’est déjà transformé en cauchemar à cause d’un seul élément : l’absence totale d’internet.

« Quand j’ai acheté, je pensais que ça viendrait vite l’internet, ils en parlaient tout le temps, mais là mon rêve se transforme en cauchemar, souligne M. Roy. Je suis familial au coton et je ne vois plus personne. »

La pandémie et le confinement ont frappé fort pour Mario Roy qui a beaucoup de difficulté à garder le contact avec ses quatre petits-enfants qui habitent à Sherbrooke.

« On ne peut pas voir personne. Un moment donné ça attaque le moral. Je ne peux même pas voir mes petits enfants », mentionne-t-il visiblement submergé par les émotions.

M. Roy commence même à penser à vendre sa propriété.

Rien du tout

M. Roy a fait venir des représentants de diverses compagnies, mais rien n’y fait. Il ne peut pas avoir accès à internet. Il a lu avec scepticisme dans La Tribune que la compagnie Xplornet voulait obtenir une subvention gouvernementale pour brancher quelque 2000 foyers en Estrie.

« Xplornet ne rentre pas du tout, j’ai fait venir trois représentants et ils ont tous essayé, déplore-t-il. Je suis trop creux pour la tour LTE et par satellite je devrais couper plusieurs arbres pour recevoir le signal. Je vais briser mon terrain si je fais ça. »

La fibre optique se rend jusqu’à un poteau sur son terrain, mais la connexion jusqu’à la maison est hors de prix.

« J’ai achalé Câble Axion pour qu’ils me branchent et ils m’ont dit que ça allait me coûter 20 000 $, j’ai dit non. »

« Juste le minimum »

Mario Roy n’est pas le seul citoyen de Milan dans cette situation. Ils sont près d’une centaine dans la petite municipalité à n’avoir pas accès à internet haute vitesse selon le maire Jacques Bergeron.

« C’est Câble Axion qui passe dans le village et les gens ont un excellent service, mais dans les rangs débrouille-toi, mentionne-t-il. La vitesse n’est pas acceptable par satellite. Il y a des journées où la liaison avec le satellite ne se fait pas. Tu attends ton tour. En 2020, ça n’a pas de bon sens. »

Certaines zones sont même dangereuses selon lui parce que même le cellulaire ne capte pas de signal.

« Tu as un problème de sécurité, tu es blessé ou tu as eu un accident et tu n’es même pas capable d’entrer en communication d’urgence, déplore le maire. C’est vraiment pauvre comme service.»

Mario Roy pense aussi que le manque de réseau peut être très dangereux, surtout lors des pannes de courant.

« J’ai manqué d’électricité quatre jours l’an passé durant la grosse tempête, résume-t-il. Je n’avais pas d’internet, pas de cellulaire et pas de téléphone. Si je passe au feu, je regarde ma maison brûler. »

Mario Roy a interpellé le député François Jacques à ce sujet et espère que sa situation ouvre les yeux de la classe politique.

« Ils diffusent du 5G dans les villes tandis que dans les campagnes, ce n’est même pas branché, résume M. Bergeron. C’est frustrant et choquant. On veut juste le minimum.»

Simon Roberge, Initiative de journalisme local, La Tribune