Jeunes, agriculteurs et en amour

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Sherbrooke — Pas toujours évident de faire entrer quelqu’un dans son univers, encore moins de trouver celui ou celle qui y colle parfaitement. Pour Gabriel Gilbert et Gabrielle Fauteux, deux jeunes passionnés qui ont tous deux grandi sur des productions laitières aux limites opposées de l’Estrie, Cupidon a bien joué ses cartes, il y a deux ans. Si bien que les tourtereaux, bien blottis à Lingwick, rêvent déjà du rôle qu’ils joueront ensemble dans la production de demain.

Il arrive ce genre d’histoires d’amour comme celle de ces amoureux homonymes, qui force ses principaux intéressés à croire en une bonne étoile.

Gabriel, 26 ans et Gabrielle, 22 ans, avaient bien failli ne pas participer à cette activité de Noël du Syndicat de la relève agricole de l’Estrie, qui a donné ses balbutiements à leur histoire. Heureusement, la mère et les amis de Gabrielle s’étaient montrés suffisamment insistants pour la faire sortir de la ferme familiale de Stanstead, ce week-end de décembre 2018.

« Toute la journée, on a chacun tourné autour de l’autre sans savoir que l’autre le faisait aussi, raconte Gabrielle. On devait avoir l’air de deux adolescents de 14 ans! On visitait des fermes laitières et je faisais exprès de me mettre près de lui et de poser des questions auxquelles je savais très bien les réponses, juste pour voir ce qu’il allait répondre. »

Elle voulait voir s’il était « allumé », résume Gabriel, qui a réussi le test haut la main.

Finalement, après une longue discussion au souper et un profil Facebook savamment déniché par la suite, les deux Estriens ont gardé contact. « Et depuis, il n’y a pas une journée où on ne s’est pas parlé », ajoute le jeune homme, des étoiles dans les yeux pour celle qui a emménagé dans sa maison de Lingwick, en août dernier.

Gabriel travaille pour l’entreprise familiale, la ferme Gilbert & fils, dont il espère pouvoir prendre la relève graduellement. Gabrielle, elle, donne un coup de main à la ferme des Gilbert ainsi qu’à celle de ses parents, en plus de travailler comme enseignante pour la Maison familiale rurale du Granit depuis cet automne.

« On essaie de lui faire une place à la ferme avec mon frère et mes parents, explique Gabriel, bien conscient des défis que représente un transfert agricole aujourd’hui. On y va tranquillement et on regarde ce qui est possible. On veut que ça marche. »

Trouver son match

Horaires atypiques, besoin d’engagement, compréhension du monde agricole, la liste des critères peut s’allonger rapidement pour ceux qui cherchent l’amour en milieu agricole. Quand on ajoute à celle-ci la distance qui sépare les producteurs des grands bassins de population, on réalise que les occasions de trouver la perle rare se font... rares.

« Et quand on est occupés comme ça, on n’a pas envie de se faire niaiser. On cherche quelque chose de stable », commente Gabriel.

D’ailleurs, même si elle a étudié au Cégep de Sherbrooke, sa compagne indique avoir manqué de nombreuses occasions de rencontres en raison de son mode de vie, mais « de toute façon, les gens qui ont les mêmes intérêts que moi ne sont pas nécessairement au bar à 1 h du matin », nuance-t-elle.

Si elle cherchait surtout un homme manuel, Gabriel, de son côté, avoue que c’est un rêve plus précis qu’il a pu exaucer.

« Honnêtement, j’espérais trouver une agricultrice. On ne se le cachera pas, ce n’est pas facile de trouver l’amour dans notre domaine. Et de trouver une fille qui comprend ma réalité, qui a les vaches comme passion, qui est allumée, tout ce que Gabi a... Je suis vraiment chanceux. »

Leur union ne rend pas nécessairement les choses faciles, puisque Gabrielle a elle aussi l’opportunité de reprendre la ferme de ses parents. Mais somme toute, le bagage agricole de chacun n’a assurément que du bon, font-ils valoir.

« On n’a jamais besoin de commencer à expliquer à l’autre pourquoi on travaille encore, que ce soit pour un vêlage ou pour les foins. On ne se fait pas dire “ pourquoi tu n’attends pas à demain­? ” On le sait au fond de nous, l’importance que ça a », exprime le jeune homme.

« On sait c’est quoi se coucher à 20 h parce qu’on se lève le lendemain. On est capables de sortir, mais nos vendredis soirs, on les passe à écouter la télé collés parce qu’on est brûlés. On reste très soudés », renchérit Gabrielle, qui insiste sur les valeurs familiales qu’ils ont en commun.

D’ailleurs, pour les plus curieux, le couple envisage bel et bien de créer sa propre relève un jour, mais ne s’impose aucun agenda.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune