De jeunes entrepreneures philanthropes qui ont à cœur la culture autochtone

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Trois jeunes filles se démarquent particulièrement dans la communauté de Timiskaming First Nation depuis l'hiver dernier. Elles ont entre 10 et 14 ans et confectionnent des boucles d'oreilles, des bandeaux à cheveux et conçoivent des habits traditionnels. Au premier coup d'œil, on pourrait penser qu'il s'agit là simplement de passe-temps communs pour des personnes de leur âge. Toutefois, si on observe le groupe d'un peu plus près, on s'aperçoit tout de suite que les trois petites oursonnes jouent déjà dans la ligue des grands.

Des talents multiples

Durant la première vague de COVID-19, l'idée de mettre en commun le talent des trois amies a germé chez elles. L'aînée du groupe, Janessa Breault, baignait déjà dans la création d'art depuis quelques années. Son amie Emmy Kearney s'est intéressée aussi il y a trois ans à la confection et la cousine de Janessa, Jayda McMartin, s'est ensuite greffée au groupe. « Un jour, nous avons prié pour qu'un nom vienne à nous. Le lendemain matin, ma mère nous a donné l'idée des Three Little Bears », se souvient Janessa, 14 ans. C'est ainsi qu'est née la petite entreprise.

Les boucles d'oreilles font fureur auprès des clients, si bien qu'elles sont leur meilleur vendeur. En plus de confectionner des bijoux, les trois filles savent coudre et elles usent de leur talent afin de créer des regalia, une tenue que les danseurs portent lors de cérémonies traditionnelles, telles que le pow-wow. Elles fabriquent aussi des tambours, de la crème et des porte-clés perlés de façon traditionnelle. Chacune met de sa couleur dans ses créations. « Nous avons toutes notre propre style », raconte la cadette du groupe, Jayda.

Une soif d'apprendre et de redistribuer

Les mères contribuent à l'épanouissement artistique de leurs filles, mais c'est en raison des enseignements qu'elles reçoivent des gens de la communauté qu'elles peuvent autant développer leurs habiletés. « Les filles participent à tous les ateliers sur la réserve, que ce soit sur la couture ou sur la fabrication de tambour, explique Richard Kearney, le père d'Emmy. Même quand ce sont des ateliers pour adultes, elles réussissent à s'infiltrer ! », lance-t-il d'un ton amusé.

En plus d'avoir le sens des affaires, ces jeunes adolescentes sont très impliquées dans la communauté de Timiskaming First Nation. Elles aiment faire des dons avec l'argent qu'elles gagnent. En décembre, elles ont même offert toutes les sommes recueillies du mois à la communauté.

Le vent dans les voiles

Un concours d'entrepreneuriat autochtone pancanadien (le Pow Wow Pitch) où les trois jeunes filles se sont rendues en demi-finales leur a amené une belle visibilité. Pour répondre à cette demande grandissante, elles souhaitaient initialement ouvrir une boutique, mais le groupe s'est plutôt tourné vers la conception d'un site Web, une façon d'étendre leur marché et de rendre plus conviviales les commandes sur mesure.

Pour l'instant, elles affichent leurs créations et prennent des demandes spéciales sur leur page Facebook. « On a commencé à fabriquer selon nos inspirations, mais maintenant, c'est aussi selon les commandes », explique Emmy Kearney, 13 ans. La mise en place d'une plateforme numérique facilitera grandement l'expérience client aux dires de son père, qui travaille sur ce projet. Il souhaite établir une section où les gens pourront choisir la couleur, le modèle et la grandeur d'une tenue, par exemple. « Ce qu'on s'aperçoit, c'est que la demande prend de l'ampleur. Au départ, c'étaient seulement des gens qui les connaissaient dans la communauté, mais plus que ça avance, plus que ce sont des gens de l'extérieur », témoigne monsieur Kearney.

D'ailleurs, Janessa, Emmy et Jayda sont autonomes et responsables : les parents se tiennent derrière pour les soutenir, mais elles font presque tout par elles-mêmes. Du haut de ses 10 ans, Jayda participe tout autant au projet et ne cesse d'apprendre de ses consœurs.

En harmonie avec la nature

En guise de matériel, elles utilisent tout autant des billes que des éléments de la nature, comme de la cire d'abeille, du cuir, du bois et même des épines de porc-épic pour faire des bracelets. Elles s'approvisionnent lorsqu'une bête se retrouve écrasée au bord du chemin et procèdent selon des méthodes traditionnelles afin d'extraire correctement les précieuses épines. La façon dont elles fabriquent leurs œuvres d'art est fortement inspirée des méthodes ancestrales.

Les Three Little Bears étaient présentes lors du Marché de Noël de Lorrainville en novembre dernier. Elles en étaient à leur troisième événement déjà, puisqu'elles avaient entre autres participé aux Journées de la culture cet automne dans la communauté. L'art est bien ancré dans la culture autochtone et avec les Three Little Bears, on peut dire qu'elles rendent hommage aux traditions tout en ajoutant un vent de fraîcheur.

Bianca Sickini-Joly, Initiative de journalisme local, Reflet Témiscamien (Le)