Kahnawake craint d'être rattrapée par la pandémie à cause de rassemblements des Fêtes

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Après avoir été épargnée par la première vague de la pandémie de COVID-19 et avoir résisté jusqu'ici à la seconde, la communauté mohawk de Kahnawake craint elle aussi les lendemains du temps des Fêtes. Son comité d'action est sur un pied d'alerte et s'inquiète particulièrement de la contamination en dehors des limites de son territoire.

Prise en étau entre les municipalités de Saint-Constant et de Châteauguay dans la MRC du Roussillon, où l'on recense 393 cas actifs d'après les plus récentes données de la direction de la santé publique de la Montérégie, Kahnawake compte maintenant neuf cas actifs.

Ce chiffre peut sembler relativement faible pour une communauté d'un peu plus de 10 000 personnes, mais il s'agit d'un des bilans les plus élevés depuis le début de la crise sanitaire, affirme la directrice générale du Centre hospitalier Kateri Memorial et coresponsable du comité d'action pour lutter contre la COVID-19, Lisa Westaway.

En entrevue à La Presse Canadienne, Lisa Westaway révèle que la deuxième vague compte beaucoup plus d'éclosions que la première et que ce sont généralement des rassemblements familiaux ou sociaux qui en sont la source. Afin de se prémunir contre les répercussions de réunions clandestines pendant les Fêtes, Kahnawake a décrété une fermeture de tous ses commerces jusqu'au 31 janvier. Les visites entre foyers sont aussi interdites.

«C'est comme un moment de pause pour pouvoir éviter la propagation ou la transmission du virus le plus possible parce qu'on attend une augmentation de cas», explique-t-elle en rappelant toutefois que les gyms demeurent ouverts pour permettre aux gens de bouger. Les écoles poursuivent aussi leurs activités à 80 % en ligne.

La propagation qui fait rage en Montérégie expliquerait aussi en partie la décision de fermer les boutiques de Kahnawake, dont les comptoirs de vente de tabac qui attirent de nombreux visiteurs des régions avoisinantes.

«Dans nos entreprises, nos écoles, nos résidences, on n'a eu aucune éclosion. Ce sont vraiment les actions de quelques individus qui ont causé nos éclosions et je crois que c'est ce qui se passe autour de nous qui est la cause des cas actuels», avance la DG du Kateri Memorial.

En d'autres mots, on craint que des gens aient participé à des partys en dehors de la communauté ou qu'ils aient fait entrer le virus dans la communauté et l'aient propagé lors de rassemblements clandestins.

Il s'agit pour l'instant d'une simple théorie, mais le comité d'action n'a pas été en mesure de retracer la source de ces cas, ce qui semble confirmer la piste d'une contamination à l'extérieur de la communauté. On réitère donc le message à la population de ne pas se rendre sur le territoire mohawk pour l'instant.

Par ailleurs, le comité a annoncé lundi qu'un de ses membres a été infecté par le coronavirus, soit le chef du service de police Dwayne Zacharie. Celui-ci s'est placé en isolement et on assure qu'aucun autre membre du comité n'aurait eu de contact récent avec le chef des «peacekeepers».

«Un cas positif dans notre communauté est un cas de trop», a commenté le commissaire à la sécurité publique de Kahnawake et coresponsable du comité d'action, Lloyd Phillips, dans un bref communiqué. Il estime cependant que cette nouvelle devrait servir de sérieux rappel de l'importance de suivre les consignes de prévention «pour protéger notre communauté, nos aînés et les plus vulnérables».

Dans un autre communiqué publié dimanche, le Conseil mohawk de Kahnawake disait lui aussi s'inquiéter de la hausse de cas. On faisait alors mention d'une éclosion affectant la résidence pour aînés Turtle Bay Elders Lodge. Les cas ne toucheraient toutefois que le personnel pour le moment.

Le cas de Kahnawake représente un exemple de mobilisation efficace. Depuis le début de la crise sanitaire mondiale, la communauté n'a cumulé qu'une quarantaine de cas qui n'ont nécessité aucune hospitalisation et conséquemment n'ont entraîné aucun décès.

De l'avis de Lisa Westaway, c'est la communication avec la population qui a fait toute la différence dès le début de la pandémie. Des capsules d'information ont été diffusées en direct régulièrement sur les réseaux sociaux, une page web et une page Facebook ont aussi été créées. Le comité diffuse également ses consignes à la radio locale et dans les journaux de la communauté.

Résultat? Bien qu'il y ait effectivement une transmission communautaire du coronavirus, on ne compte toujours aucun décès et aucun cas chez les personnes âgées en résidence.

«On a trois résidences, un centre d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), une ressource de type familial (RTF) et une ressource intermédiaire (RI) et on n'a aucun résidant qui a été touché jusqu'à maintenant», confirme la DG du Kateri Memorial.

Le comité d'action mis sur pied dès le début de la crise semble avoir réussi à mobiliser la population. Il est composé d'une dizaine de membres des services de santé, des services sociaux, du conseil de bande, du «longhouse», des écoles et du service de police notamment.

Contrairement à ce qu'elle observe du gouvernement du Québec, Mme Westaway croit qu'à plus petite échelle son comité a l'avantage de pouvoir réagir plus rapidement et la souplesse d'adapter plus facilement ses consignes au contexte.

«On est tous épuisés, mais c'est une expérience de rassemblement, de travail d'équipe, où la communauté travaille vraiment pour le bien collectif», ajoute la coresponsable du comité d'action qui précise que la solidarité joue un rôle majeur dans le bilan favorable de Kahnawake.

Lisa Westaway estime aussi avoir le privilège de miser sur la Dre Annick Gauthier au sein de son équipe de médecins généralistes. Dre Gauthier possède un bagage de virologue qui s'est avéré précieux dans la prise de décisions du comité d'action.

Ugo Giguère, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne