Kenney évoque la voie judiciaire pour défendre Keystone XL

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À la veille de la révocation par le nouveau gouvernement Biden du permis pour l’expansion de l’oléoduc Keystone XL (KXL), Jason Kenney a avancé qu’il disposait de recours juridiques « solides » pour défendre le projet. Le premier ministre albertain a aussi fait l’objet de critiques lundi, pour avoir fait un pari risqué qui pourrait coûter cher aux Albertains.

« Si nous devons intenter une action en justice pour défendre nos intérêts, nous le ferons », a déclaré aux médias M. Kenney. Ce dernier voit dans le sort du projet une importante question de diplomatie. « J’ai parlé aux dirigeants des grands syndicats américains de la construction. Mais en fin de compte, ça concerne les relations entre le Canada et les États-Unis, nous avons besoin qu’un message clair soit envoyé d’Ottawa. »

L’expansion de l’oléoduc Keystone XL revêt une grande importance pour l’élu albertain. En mars 2020, pour relancer l’économie albertaine, Jason Kenney avait injecté en pleine pandémie 1,5 milliard de dollars dans le projet, auprès de l’entreprise TC Energy, et s’était engagé à leur prêter 7,5 milliards de dollars sur cinq ans.

Lundi, le premier ministre albertain s’est vu reprocher d’avoir misé gros en investissant d’aussi importantes sommes dans le projet, malgré les risques que cela comportait. « S’il ne fait aucun doute que l’achèvement de KXL peut être bénéfique pour l’économie de l’Alberta, le premier ministre n’a jamais fait preuve de franchise dans l’analyse économique et l’analyse des risques associés à son pari massif », a critiqué sur son compte Twitter, lundi, l’ancienne première ministre de l’Alberta et leader du parti néodémocrate, Rachel Notley.

Keystone XL a une très longue histoire de controverse aux États-Unis. « Comme c’est chargé politiquement, c’est une histoire qui présente un profil de risques extrêmement élevé », indique Marc Lacrampe, consultant en ingénierie et en gestion des affaires à Calgary.

D’approbation en suspension et en recours, en passant par de nouvelles autorisations, pour finir par l’arrêt de Joe Biden, les Albertains se retrouvent sans surprise au pied du mur. « Le risque entourant le pipeline Keystone XL est évident depuis un certain temps », a déploré Rachel Notley, toujours sur Twitter.

En 2015, Joe Biden avait déjà pris parti contre ce projet alors qu’il était vice-président sous le mandat de Barack Obama. « Tout ça c’était connu quand Jason Kenney a décidé d’engager de l’argent public », dit Marc Lacrampe.

Certains s’accordent à dire que l’économie du pétrole a beaucoup changé. Ce qui était valable en 2008 ne l’est plus en 2021. « Jason Kenney refuse de penser que l’économie du pétrole est complètement différente », expose Annie McKitrick, ancienne députée néodémocrate sous le mandat de Rachel Notley.

Duane Bratt, politologue à l’Université de Mount Royal s’est dit étonné par la décision de Joe Biden. « Beaucoup de choses ont changé depuis 2015, date à laquelle Obama avait posé son veto au projet. Depuis, le Canada a mis en place une taxe carbone ainsi que d’autres mesures climatiques », explique-t-il. Des mesures peu suffisantes pour Joe Biden, quand, en parallèle, Jason Kenney a abrogé, lui, la taxe carbone, en Alberta, renvoyant la décision du gouvernement fédéral à la Cour suprême.

Malgré les désaccords, Jason Kenney devra se rapprocher de Justin Trudeau s’il veut voir le projet Keystone aboutir. « L’ironie du sort, c’est que le pipeline Trans Mountain [appuyé par le premier ministre canadien], plus critiqué encore que Keystone, sera probablement achevé alors que celui de Kenney risque de ne pas aboutir », conclut Duane Bratt.

Hélène Lequitte, journaliste de l'Initiative de journalisme local, Le Devoir