L’Alberta peine à contrôler la COVID-19

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La situation sanitaire de l’Alberta va de mal en pis. La province a fait une demande officielle auprès d’Ottawa et de la Croix-Rouge cette semaine afin de fournir des hôpitaux temporaires de campagne et d’éviter la saturation des services de santé.

En ce vendredi 4 décembre, l’ambiance est plutôt morose et le moral en berne dans la province des Prairies.

L’Alberta continue d’atteindre des records inquiétants, avec 18 243 cas actifs : 533 personnes sont actuellement hospitalisées, dont 99 en soins intensifs, et la maladie a pour le moment fait 590 morts dans la province.

Vendredi soir, la médecin en chef de la province, la Dre Deena Hinshaw ne cachait pas son inquiétude dans un tweet : « Il s’agit d’une sombre étape qui devrait nous concerner tous. »

Un plan de contingence a été annoncé afin d’éviter que les services de santé ne soient saturés.

Pourtant, voilà neuf jours, lors de l’annonce sur l’état d’urgence, Jason Kenney avait indiqué pour la seconde fois que, « si ces mesures ne sont pas couronnées de succès, il sera nécessaire d’en instaurer des plus restrictives ». Comment l’Alberta est-elle arrivée à un point si critique ?

« Pour être bien franche, je capote ! J’ai dû arrêter de regarder les points de presse et de lire trop souvent les nouvelles. Je ne comprends pas pourquoi on en est rendus là, alors que tout allait si bien avant octobre », exprime Isabelle Déchène Guay, 46 ans, mère de deux enfants et originaire du Québec.

Gestion insatisfaisante

Cette Franco-Albertaine d’adoption depuis 20 ans déplore et s’inquiète des décisions prises par le gouvernement en place. « Je ne suis vraiment pas contente de la façon dont le gouvernement Kenney gère la situation. Il est évident qu’il faut se reconfiner et fermer les entreprises, mais il ne veut pas. Pour moi, c’est comme si l’économie valait plus qu’une vie humaine. Je trouve cela déplorable », s’insurge-t-elle.

Aujourd’hui, le fossé concernant la pertinence des décisions prises par la province en matière de santé se creuse entre le gouvernement et la population. « Jason Kenney s’obstine à ne faire que des petits pas et à ne pas écouter les conseils des experts. Ce n’est pas comme si lui et le ministre de la Santé, Tyler Shandro, avaient étudié dans le domaine de la santé », ajoute-t-elle.

En attendant, les chiffres continuent de grimper. Selon le site de la province, la ville de Calgary enregistre 6666 cas actifs. Quant à Edmonton, elle a déjà passé la barre des 8578 cas.

« La situation en Alberta va continuer de s’aggraver, car les restrictions actuelles sont inadéquates », prévient avec certitude le Dr Noël Gibney, ancien urgentiste de l’Alberta et coprésident du comité consultatif de la COVID-19, formé avec l’Association du personnel médical de la zone d’Edmonton. Le Dr Gibney avait déjà vu le coup venir, comme il l’avait partagé au Devoir début novembre, sur la nécessité urgente de confiner à l’instar du Manitoba.

Plan de contingence

De leur côté, Jason Kenney et son gouvernement sont en train de préparer un plan de contingence au cas où la situation s’aggraverait. En conférence de presse, mercredi, le premier ministre a assuré que l’Alberta n’avait pas encore besoin de l’aide de la Croix-Rouge. Ce plan de contingence ne serait donc qu’une précaution.

Or, selon un document interne obtenu par CBC, l’Alberta prévoyait depuis plus d’une semaine la mise en place de ces hôpitaux temporaires, capables d’accueillir une capacité de 750 personnes.

Sur les médias sociaux, les commentaires de mécontentement ont fusé après que M. Kenney a pris la parole sur sa page Facebook afin de répondre aux questions des Albertains. On peut y lire : « Hier, Jason Kenney a réagi aux nouvelles concernant les hôpitaux débordés et les infections record de la COVID en spéculant sur les délais de disponibilité des vaccins. En d’autres termes, il parie que Justin Trudeau viendra à son secours. Il joue avec nos vies. »

Restrictions

Depuis le 24 novembre, l’Alberta est en état d’urgence. Les rassemblements intérieurs ne sont plus autorisés, y compris sur les lieux de travail. Le télétravail est encouragé. Les salles de réception, les centres de congrès et les salles de spectacles restent fermés. Le port du masque est obligatoire à Edmonton, à Calgary et dans les environs. Les élèves du secondaire (de la 7e à la 12e année) suivent leurs cours à distance de la maison.

Le non-respect de ces nouvelles mesures entraîne des amendes allant de 1000 à 100 000 dollars.

Hélène Lequitte, Initiative de journalisme local, Le Devoir