L’approbation des Inuits est incontournable

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La Grande Alliance est une collaboration de la nation crie et du gouvernement québécois. Un de ses projets est de construire une voie ferrée reliant Matagami à Whapmagoostui (via Radisson), où se trouveraient aussi des infrastructures maritimes.

« La réalisation principale de la Grande Alliance n’est pas de construire un chemin de fer »,nuance le président directeur général de la Société Plan Nord, Patrick Beauchesne. « L’ambition est de construire un axe de transport de niveau stratégique avec une sortie en milieu maritime. »

Des fonctions à définir

Cette voie ferrée servirait pour le transport des minéraux critiques,mais aussi pour les passagers,les matières ligneuses, l’approvisionnement des collectivités, etc. Ses fonctions seront déterminées par une étude de faisabilité qui est présentement en cours, qui touche les aspects socioéconomiques, environnementaux et autres du projet. Cette étude sera suivie d’études d’impacts environnementaux et de consultations.

Si le projet se concrétise tel qu’anticipé, les travaux d’infrastructures à Whapmagoostui commenceraient en 2035, estime un porte-parole du gouvernement de la nation crie, qui souligne au passage qu’il est très prématuré de tenter de définir quoi que ce soit sur ce projet.

Whapmagoostui et Kuujjuarapik

Whapmagoostui et sa jumelle inuite,Kuujjuarapik,partagent territoires et services, même si la Convention de la Baie-James et du Nord québécois définit ce que ce sont leur aire respective, alors que lieu s’appelait Poste-de-la-Baleine

Le maire de Kuujjuarapik, Anthony Ittoshat, se désole d’apprendre l’existence du projet de voie ferrée par La Sentinelle et les médias sociaux. « Nous n’avons jamais été approchés ou informés […], alors que nous devrions être les premières personnes informées parce que nous traçons la ligne entre les territoires cri et inuit. […] C’est bizarre. […] Ils devraient montrer un peu de respect. »

Aucuns pourparlers

M.Ittoshat est néanmoins convaincu que les promoteurs du projet vont prendre conscience de leur oubli et consulter la population inuite.

« Ils vont se dire « Attends un peu, il y a des Inuits là! Nous avons oublié ça, nous devons parler aux Inuits avant que nous fassions notre chemin de fer. Est-ce que les Inuits veulent un chemin de fer Qu’est-ce qu’ils pensent? Qu’est-ce qui arrivera à leurs terrainsde chasse? »

L’Administration régionale Kativik, qui s’occupe notamment des infrastructures municipales et maritimes et de la marina de Kuujjuarapik, n’a pas été non plus approchée par les partenaires de la Grande Alliance.

« Personne ne s’y oppose ou n’approuve. Il n’y a pas de pourparlers », dit un porte-parole de l’Administration, ajoutant qu’un tel projet aurait des « effets fondamentaux pour la communauté ».

Porte ouverte

Un porte-parole de la nation crie affirme que son grand chef, Abel Bosum, a directement ouvert la porte aux Inuits, aux Innus et aux Naskapis lorsque la Grande Alliance a été annoncée, en février 2020.

Le pdg de la Société du Plan Nord confirme,qu’à l’initiative du gouvernement cri, plusieurs représentants inuits ont été informés du projet de la Grande Alliance, dont la Société Makivik. Cette dernière, responsable du développement économique du Nunavik, n’était pas disponible au moment d’aller sous presse.

Pour M. Beauchesne, il est beaucoup trop tôt dans le processus pour faire la distinction entre les parties crie et inuite du territoire. « Les obligations de la Convention [de la Baie-James et du Nord québécois] vont s’appliquer, affirme-t-il. C’est à travers le cadre existant d’évaluation de projets de cette nature que ces distinctions vont se faire. Mais nous sommes très loin de l’étape de réalisation de l’étude environnementale. »

Signée en 1975, la Convention prévoyait qu’une route relierait Matagami à Poste–de-la-Baleine.

Denis Lord, Initiative de journalisme local, La Sentinelle