L’art écologique, le design et l’architecture peuvent être des agents du changement

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Nous sommes nombreux à être conscients de la crise environnementale et de la nécessité de modifier nos modes de fonctionnement. Chaque jour, les médias relaient des images qui montrent les effets des changements climatiques, pour nous aider à comprendre l’ampleur des dommages subis par l’environnement. Or, ces dommages sont souvent exprimés sous la forme d’innombrables données et indicateurs intégrés à des représentations graphiques ou à des photos d’actualité.

L’imagerie visuelle a contribué de manière déterminante à faire comprendre aux gens ce qu’est l’Anthropocène, à savoir l’ère où nous vivons et où l’activité humaine est pour la première fois ce qui influe le plus sur le climat.

Au fil des dernières décennies, les nouvelles pratiques en matière d’art, de design et d’architecture dans la sphère publique ont contribué à faire prendre conscience du gaspillage, de la pollution et du réchauffement planétaire, ainsi que des injustices sociales qui en découlent.

Avec mes collègues, je répertorie les projets artistiques et architecturaux ainsi que de design dans les lieux publics qui, au Canada, visent à sensibiliser à la crise environnementale. Notre objectif : mettre en lumière les leçons écologiques que véhiculent ces projets et ce que ces derniers apprennent au public. Nos travaux prennent en compte les projets d’art et de design qui ont contribué à instaurer entre experts et au sein de la collectivité un dialogue sur les types de pratiques artistiques et en matière d’imagerie visuelle susceptibles d’engendrer des actions positives au profit de l’environnement.

Arithmétique verte

Historien de l’environnement et professeur de sociologie, Jason W. Moore s’est penché sur la manière dont les chercheurs et les décideurs politiques spécialistes de l’environnement ont tenté d’aider à faire comprendre au public les conséquences du réchauffement de la planète sur celle-ci, au moyen de données et d’indicateurs relatifs aux changements environnementaux. M. Moore parle à ce sujet d’« arithmétique verte ».

Même si ces méthodes de présentation quantifiables ont grandement contribué à faire prendre conscience de l’état de la planète, on ne sait pas vraiment si les gens mesurent les effets de la crise actuelle sur les composantes biologiques et socioéconomiques de notre monde interconnecté, ou s’ils comprennent ce qu’il nous faut changer pour inverser la tendance.

Les représentations graphiques rendent compte des dommages exponentiels subis, mais qui peut comprendre ce qu’est vraiment un kilo de monoxyde de carbone ou ce que sont ses conséquences sur l’environnement ? Cette forme d’imagerie visuelle est bien trop abstraite, et l’information qu’elle véhicule l’est à une échelle que beaucoup ont du mal à appréhender.

Comme le souligne T. J. Demos, professeur d’histoire de l’art et de culture visuelle, les représentations graphiques élaborées par les organisations ou chercheurs à vocation environnementale poussent rarement les gens à agir en faveur de l’environnement.

De sublimes images de catastrophes

Certains artistes ont réalisé de sublimes images illustrant des situations catastrophiques. Fruit d’une réflexion artistique, les œuvres du photographe Edward Burtynsky et d’autres artistes illustrent ce que la transformation de l’environnement signifie.

Le photographe J. Henry Fair réalise lui aussi de superbes images pour illustrer « les coûts cachés de la consommation ».

Hélas, ce type d’art est souvent cantonné dans les musées, dont la plupart ne sont pas accessibles gratuitement. Et seule une petite partie de la population a un jour mis les pieds dans un musée.

De telles images ne sont toutefois pas visibles que dans les musées. Il arrive que les sites médiatiques accessibles au grand public publient des photos de désastres liés aux changements climatiques, qu’ils qualifient de « belles » et d’« étonnantes ».

De telles images peuvent en effet être « étonnantes », mais il y a un problème : qu’elles soient réalisées par des artistes professionnels ou des photojournalistes, ou encore par des photographes lambda qui les partagent sur les réseaux sociaux, les images en question sont souvent si sublimes que le public en veut toujours plus. Il n’est pas du tout certain qu’elles contribuent à sensibiliser aux vraies causes du changement environnemental, et encore moins qu’elles puissent changer la donne. Au contraire, ces types d’œuvres d’art, susceptibles de devenir des produits culturels hyper populaires, peuvent être contreproductives.

Installations d’art écologique dans les lieux publics

L’installation artistique publique Ice Watch, initialement réalisée par l’artiste islando-danois Olafur Eliasson en 2014, a été une œuvre fondatrice destinée à provoquer des réactions immédiates à la crise écologique.

Comme le précise l’artiste, « elle était composée de 12 énormes blocs de glace disposés sur une place publique de manière à former le cadran d’une horloge, préalablement recueillis alors qu’ils flottaient librement au large d’un fjord situé à l’extérieur de Nuuk, au Groenland après s’être détachés de la couche de glace ».

Lors de sa deuxième présentation, en 2015, l’œuvre a été installée sur la place du Panthéon, à Paris, pendant la tenue de la 21e Conférence internationale sur les changements climatiques, la COP21.

Malgré sa simplicité, cette œuvre a permis aux gens de ressentir immédiatement la réalité des changements climatiques, en voyant fondre ces énormes blocs de glace qu’ils pouvaient toucher du doigt. Elle a aussi permis à des gens du monde entier d’échanger à son sujet, étant relayée sur Instagram.

Un descriptif de l’œuvre précisait que la couche de glace dont les blocs exposés s’étaient détachés « perd chaque seconde, toute l’année, l’équivalent de 1 000 blocs de cette taille ». Même si l’installation ne s’accompagnait d’aucune représentation graphique véhiculant des données sur la fonte des glaces, elle a vraiment permis à ceux qui ont pu la voir de prendre conscience de la catastrophe climatique.

Elle les a aidés à appréhender directement et personnellement la crise climatique en étant confrontés à, pour reprendre les termes de l’écrivaine Rebecca Solnit, ce « magnifique monument, dérangeant et mourant ». Elle a généré chez les spectateurs un sentiment d’effroi et d’anxiété écologique, qualifié de « solastalgie » en 2005 par le professeur de durabilité Glenn Albrecht.

L’art numérique dans les lieux publics

L’œuvre Particle Falls de l’artiste médiatico-numérique Andrea Polli constitue un autre exemple d’art numérique dans la sphère publique. Projetée publiquement pour la première fois en 2010, cette œuvre l’a depuis été en divers lieux, dont Philadelphie en 2013.

Particle Falls propose une visualisation des données relatives à la pollution de l’air de la zone environnante, sous la forme d’une chute d’eau. Quand la chute est calme, c’est que l’air est peu pollué. En revanche, quand la pollution est importante, la chute ressemble à une cascade en furie dévalant le long de l’immeuble. Quiconque découvre ce spectacle en arpentant les rues de la ville peut alors se sentir directement interpellé en découvrant ces données qui incitent à l’action.

Vers un changement systémique

De telles œuvres au sein de la sphère publique permettent de rendre visibles des situations catastrophiques invisibles pour la plupart des gens. Elles peuvent même susciter quelques petits changements de comportement au profit de l’environnement.

Ces créations peuvent-elles pour autant engendrer un changement systémique ? La combinaison de données en temps réel et d’expériences viscérales au sein de lieux publics est une première étape. Il est aussi possible qu’en interpellant publiquement la société civile, ces œuvres puissent rendre possible les changements transformateurs qui s’imposent.

Les projets d’art écologique et de design dans les lieux publics procurent souvent aux passants des expériences marquantes en faisant d’eux des témoins d’une situation mondiale catastrophique. Elles permettent aux gens d’appréhender de plus près ce qu’ils ne pourraient autrement imaginer. Et il se peut que, les ayant imaginées, ils aient la volonté d’y remédier.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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