L’interdiction des activités guidées fait sourciller en Gaspésie

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Les longues files au bas des pistes des stations de ski ont récemment fait le tour du web. En Gaspésie, ces images laissent perplexes plusieurs acteurs du milieu, alors que les activités en petits groupes guidées sont interdites en raison des mesures sanitaires, coupant l’herbe sous le pied de nombreuses entreprises de plein air.

Les images d’interminables files d’attente au bas des pistes de plusieurs stations de ski du Québec ont fait le tour des réseaux sociaux au cours des derniers jours. Montrant de nombreux amateurs sans masque, avec peu (ou pas) de distanciation sociale, ces images font sourciller en Gaspésie, où l’industrie du plein air guidé est sur pause en raison des mesures sanitaires.

«Jusqu’au 8 février, on ne peut pas offrir une partie du service, tout ce qui est guidé a dû être annulé ou reporté avec les mesures annoncées», explique le directeur marketing du Chic-Chac, Félix Rioux. Pour lui, comme pour plusieurs autres acteurs du milieu, cette décision d’interdire les activités guidées semble contradictoire avec la décision de garder les montagnes de ski ouvertes.

«Le ski hors-piste, c’est le gros morceau de nos revenus. On ne peut pas offrir une grande partie de nos services [...] et les grosses stations accueillent des centaines de gens. C’est spécial, surtout qu’avec l’espace qu’on a, on peut facilement respecter la distanciation de deux mètres», ajoute M. Rioux. Afin d’essayer de profiter le plus possible de la saison, malgré les mesures sanitaires, le Chic-Chac ouvrira le mont Miller tous les jours d’ici le printemps. «On était en position pour avoir une année record, mais avec la météo pendant les fêtes et l’interdiction des activités guidées jusqu’au 8 février, on doit oublier ça», conclut-il.

L’auberge de montagne des Chic-Chocs, un établissement de la SEPAQ, a également dû interrompre l’entièreté de ses activités en raison des mesures mises en place par le gouvernement. «Normalement, on a un guide par groupe de huit personnes, et comme on ne peut pas guider, on a dû fermer. La majorité de nos clients en sont à leur première expérience en ski de haute route, ça ne serait pas prudent de les laisser partir seuls», explique le directeur, Guy Laroche.

L’interdiction des activités guidées s’entend aussi du côté des expéditions en motoneiges. L’entreprise de Sainte-Anne-des-Monts Aventure Chic-Chocs a donc dû se mettre sur pause. «On n’a pas le choix de respecter les règles, mais c’est sûr que ça donne un choc parce qu’on investit beaucoup dans nos équipements», explique le propriétaire, Jonathan Lefebvre. «Il me semble qu’on aurait pu continuer en respectant les mesures. Les gens restent en bulle de toute façon, et avec l’espace qu’on a, on peut facilement respecter le deux mètres. C’est beaucoup plus facile à respecter pour nous que dans de grosses stations de ski», soutient-il.

Des mesures claires avant tout

Le directeur régional de la Santé publique gaspésienne, le Dr Yv Bonnier-Viger, admet que l’interdiction des activités guidées peut ne pas sembler logique à première vue. Selon lui, le gouvernement a préféré y aller de mesures simples et claires plutôt que dans les interventions adaptées à tous les secteurs d’activité.

«Ça aurait été assez facile de respecter le deux mètres de distance entre les participants et les guides, et le virus se transmet beaucoup moins bien à l’air libre, c’est sûr, mais la facilité et la clarté ont primé», conclut le Dr. Bonnier-Viger.

De retour le 8 février

Avec les bilans encourageants qui s’accumulent en Gaspésie, les trois entreprises ont bien confiance de pouvoir reprendre leurs activités dès le 8 février. «On va avoir de la neige, et on a presque plus de cas. C’est une année particulière, mais on croit que la clientèle va être au rendez-vous, surtout les locaux», note le directeur marketing du Chic-Chac.

À l’auberge de montagne et chez Aventure Chic-Chocs, les prochains mois promettent d’être particulièrement occupés, puisque la majorité des clients ont décidé de déplacer leurs réservations plus tard en saison. «On était sold out pour toute la saison, maintenant on doit déplacer les réservations, ça va se faire sentir sur plusieurs années», explique Jonathan Lefebvre.

Sur le retour de la Gaspésie et des Îles en zone jaune ou orange, le directeur de la santé publique régionale s’est contenté d’affirmer que «des discussions pour revenir à la vie normale sont en cours» et que «le retour aux paliers d’alerte est intéressant».

Simon Carmichael, Initiative de journalisme local, Le Soleil