L’internet haute vitesse chez les agriculteurs, « ça presse »

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local
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Sherbrooke — La situation est devenue « ingérable » pour les nombreux agriculteurs qui n’ont toujours pas accès à l’internet haute vitesse, comme Philipp Stirnimann. Pendant que la société entière passe au virtuel, celui qui a sept enfants sous son toit et une ferme laitière entre les mains n’arrivait même pas à envoyer un courriel de chez lui entre juillet et septembre.

Mardi, lors de son assemblée générale annuelle, la Fédération de l’Union des producteurs agricoles-Estrie a adopté une résolution d’urgence afin de faire pression sur les gouvernements et intervenants publics ou privés pour accélérer l’installation de l’internet à large bande et de la couverture cellulaire en région rurale. Résolution qui avait été précédemment votée dans les sept syndicats locaux, et qui devrait être adoptée en tant que résolution extraordinaire au congrès annuel de l’UPA au début décembre.

« Ça presse. Il faut que ça se fasse », martèle Philipp Stirnimann, qui est aussi le président de l’UPA de Coaticook.

Les frustrations sont multiples chez le producteur de Saint-Edwige, et particulièrement depuis l’arrivée de la pandémie. Difficile de remplir son mandat syndical, de payer ses factures, de gérer ses commandes et même de faire fonctionner ses équipements avec ses services actuels.

« J’ai des robots de traite, et ils doivent être connectés à l’internet. Il y a constamment des mises à jour. Quand il y a un problème, il faut que la compagnie puisse aller voir à distance. Il y a tellement de problèmes que je ne peux même pas tout énumérer. Même mes travailleurs guatémaltèques de l’an dernier voulaient partir parce qu’ils n’étaient pas capable de garder contact avec leurs familles. »

Pour ce qui est de la couverture du réseau cellulaire, celle-ci n’est que très partielle, et nulle à l’intérieur des bâtiments, ajoute-t-il.

En tant que père, M. Stirnimann se montre tout aussi inquiet : « nos deux plus vieux commencent à suivre des cours de conduite théoriques et tout est en ligne. Ils ne sont pas capable de suivre. »

Un producteur qu’il représente, dont le médecin-spécialiste se situe à Montréal, vit la même détresse. « Il doit le rencontrer une fois par mois pour se faire prescrire des médicaments spéciaux. Avec la pandémie, c’était rendu des consultations virtuelles, sauf qu’il n’a pas accès à l’internet. Il a réussi à téléphoner, et la secrétaire ne le croyait même pas! »

Coupé du monde

Actuellement, les services internet offerts dans les régions rurales peuvent se montrer très limités en terme de rapidité, de données disponibles et de budget. Chez lui, M. Stirnimann fait actuellement affaire avec le réseau micro-onde de Xittel, qui a été mis sur pied il y a plusieurs années en collaboration avec la MRC. La vitesse de téléchargement maximale est de 5 mb/s.

« Notre antenne est branchée sur une tour. C’est une technologie déjà dépassée. Il y a toujours des techniciens qui viennent parce que ne ça marche pas. L’an dernier, l’antenne de l’entreprise de ma conjointe n’a pas fonctionné de novembre à mars. Chez nous, ça n’a pas fonctionné de juillet jusqu’à la fin septembre. Et je paie 300 $ par mois pour ça. »

Bell Canada, qui a acheté Xittel en 2018, confirme que « certains clients de Saint-Edwige ont connu des interruptions de service dues à des problèmes d’équipement de réseau qui doivent être remplacés. »

« Malheureusement, l’équipement se trouve sur un vieux silo endommagé et les techniciens de Xittel n’ont pas pu accéder au site en toute sécurité (le silo est l’une des rares structures hautes de la région et a été choisi il y a de nombreuses années comme site de communication, mais il est depuis tombé en ruine) », répond-on à La Tribune.

Après de récentes discussions avec le propriétaire du silo et la MRC, le silo endommagé serait en cours de réparation. On estime que l’équipement de communication modernisé devrait être installé début novembre.

L’an dernier, la MRC de Coaticook estimait que près de 2982 bâtiments n’étaient pas branchés à un service internet câblé à haut débit. Un projet de fibre optique avec Fibrile télécom devait brancher tous ces oubliés d’ici mars 2021. Il n’a cependant pas été possible de connaître l’état d’avancement du projet auprès de la MRC.

« On trouve que ça n’avance pas assez vite », commente pour sa part M. Stirnimann.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune