La commissaire à l'éthique recommande une sanction contre le ministre Fitzgibbon

Caroline Plante
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QUÉBEC — Le ministre de l'Économie, Pierre Fitzgibbon, a enfreint le Code d'éthique et de déontologie de l'Assemblée nationale et doit être réprimandé, conclut la commissaire à l'éthique, Ariane Mignolet.

Endossant complètement le rapport de la commissaire jeudi, le premier ministre François Legault a suggéré à ses députés de voter en faveur d'une réprimande, jugeant que M. Fitzgibbon aurait dû être plus prudent dans ses rencontres avec un ami lobbyiste.

«Il n'aurait pas dû rencontrer son ami, a réagi M. Legault. Même si son ami avait de beaux projets pour le Québec, c'est assez évident que c'est plus facile pour un ami de rencontrer un ministre que quelqu'un qui n'est pas ami. Il y a un problème d'équité.»

La commissaire Mignolet reproche à M. Fitzgibbon de s'être placé dans une situation où son intérêt personnel pouvait influencer son indépendance de jugement dans l'exercice de sa charge, en raison de ses liens étroits avec Luc Laperrière.

«Le fait qu'un lobbyiste, lié par une grande relation d'amitié avec un membre du Conseil exécutif, et qui accepte de lui acheter des actions d'une entreprise pour lui rendre service, puisse communiquer directement avec celui-ci afin d'organiser des rencontres professionnelles, nuit au maintien de la confiance de la population envers (...) les institutions démocratiques», a-t-elle écrit.

«Lorsqu'on occupe un poste comme celui de ministre, il est fondamental de bien tracer la frontière entre ses relations personnelles et professionnelles. Compte tenu de ce qui précède, je recommande qu'une réprimande soit imposée au ministre.»

Dans son rapport, Mme Mignolet note que le ministre Fitzgibbon maintient qu'il n'a commis aucun manquement au code. «Je ne dénote ainsi aucune volonté réelle de s'amender», ajoute-t-elle, ce qui a contribué à sa décision de recommander une sanction.

Inexpérience

En conférence de presse à l'Assemblée nationale jeudi, Pierre Fitzgibbon a reconnu du bout des lèvres «peut-être une imprudence». Il estime cependant ne pas avoir «manqué de jugement».

«En aucun cas, et sur aucun dossier, mon indépendance de jugement n'a été compromise de quelque façon que ce soit, et en aucun temps je n'ai favorisé les intérêts personnels de quiconque, incluant les miens», a-t-il déclaré devant les journalistes.

Soulignant l'inexpérience de M. Fitzgibbon en politique, M. Legault s'est dit prêt à passer l'éponge. «Il a eu sa leçon. (...) Le fait que vous en parliez dans les médias, je pense que c'est la pire réprimande qu'on peut pas souhaiter avoir.»

En anglais, il a tout de même admis qu'il était «furieux» en lisant le rapport de la commissaire à l'éthique mercredi soir.

La faute de M. Fitzgibbon n'est pas «banale», affirme le député Vincent Marissal, de Québec solidaire (QS). «C'est rarissime dans notre enceinte qu'un ministre soit blâmé à ce point.

«Nos chiens de garde (...) ne sortent pas les dents pour rien. (La commissaire) vient de prendre une méchante mordée dans le mollet du ministre. Ça s'appelle: "Replace-toi et suis les règles d'éthique".»

L'enquête de Mme Mignolet a débuté en 2019. Elle concernait la détention d'intérêts, par le ministre, dans certaines entreprises et cherchait à déterminer s'il avait respecté les règles relatives aux conflits d'intérêts et à la déclaration des intérêts.

La commissaire avait d'abord reçu une demande d'enquête du Parti québécois, puis une autre de QS concernant la nomination de Guy LeBlanc, un ami de M. Fitzgibbon, à titre de président-directeur général d'Investissement Québec.

Mme Mignolet considère toutefois que le ministre n'a pas violé le code d'éthique en nommant M. LeBlanc.

Le jour de la nomination de M. LeBlanc, le premier ministre Legault disait vouloir changer les règles sur les conflits d'intérêts de ses ministres, s'attirant les critiques incisives de l'opposition.

M. Legault voulait augmenter le délai de 60 jours accordé à un ministre pour se départir de ses intérêts dans une entreprise ou les confier par exemple à une fiducie.

Caroline Plante, La Presse Canadienne