La communauté berbère célèbre le début de l’année 2971 Amazigh

·5 min read

La communauté berbère souligne aujourd’hui le 13 janvier l’arrivée du Yenneyer, premier mois de l’année berbère. L’année 2021 correspond dans le calendrier berbère à l’an 2971, qui commencerait 950 ans avant Jésus-Christ. Khadija El Bouhali, fondatrice et présidente de Cousmos nous en apprend plus sur cette célébration et sur le parcours qui l’a amené à devenir Madame Couscous.

Les Amazigh célèbrent plusieurs traditions culinaires et culturelles au nouvel an, dont la préparation et le partage du couscous prennent la place d’honneur. La veille de Yenneyer, Khadija prépare plusieurs plats traditionnels berbères pour célébrer l’arrivée du nouvel an, dont un couscous traditionnel ressemblant à une polenta à base d’orge concassée accompagné de noix, de dattes farcies à la pâte d’amande et d’autres desserts berbères marocains.

« On s’habille avec nos vêtements traditionnels, on se fait des tatouages temporaires sur le visage et on invite famille et amis pour célébrer ensemble, mais cette année cela a été plutôt tranquille en raison de la pandémie », dit l’entrepreneure berbère originaire de Khouribga, capitale mondiale des phosphates dans le Moyen-Atlas au Maroc.

Une affaire de couscous

Le parcours de Madame Couscous, surnom amical qu’on a donné à Khadija dans le milieu entrepreneurial, commence avant l’âge de 7 ans lorsqu’elle apprend à préparer différentes recettes de couscous berbères avec sa mère. Elle lance son entreprise Cousmos en 2013 au Québec, introduisant depuis lors plusieurs lignes de produits alimentaires aux saveurs maroco-québécoises dans des supermarchés.

La femme d’affaires et coach en lancement d’entreprises indique qu’elle fait beaucoup de travail d’éducation sur le terrain. Elle investit davantage dans des kiosques de dégustation pour promouvoir ses produits et expliquer aux gens la culture nord-africaine, notamment la culture berbère.

« Je leur explique que je n’offre pas de la semoule bouillie dans de l’eau, j’offre des produits de qualité. Mon couscous au terroir, par exemple, contient du sirop d’érable, de la fleur d’oranger et d’autres épices qui ne sont pas faciles à trouver », affirme l’ex-directrice et coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Montérégie, qui a travaillé dans le milieu communautaire et le développement de l’entrepreneuriat des femmes issues des communautés culturelles avant de devenir entrepreneure.

Plus qu’un plat à manger

Khadija explique qu’il existe une trentaine de recettes de couscous dans son village, à base de maïs, de mil ou de blé. « Chaque famille croit détenir la meilleure recette ! », lance-t-elle en rigolant. Sa spécialité c’est le Badaz, un couscous berbère retrouvé uniquement dans notre région, à base de semoule de maïs, des légumes racines (carottes et navets), des aubergines et de l’huile d’argan.

« Faire du couscous n’est pas simplement de mettre la semoule dans l’eau et d’ajouter une sauce, c’est un travail de plusieurs heures ! », s’exclame la mère de famille, qui insiste sur l’importance de la signification autour de ce plat millénaire, inscrit sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis octobre dernier.

Un plat qui rapproche

« Le couscous n’est pas seulement un plat qu’on mange, c’est un plat extraordinaire qui contient une valeur très sentimentale, une valeur de rapprochement », évoque-t-elle.

Elle précise qu’au Maroc, si quelqu’un vous offre un plat de couscous comme plat principal, il ne vous offre pas juste à manger, il vous offre une occasion de célébrer quelque chose. « Il est aussi un plat de réconciliation, par exemple, si on a une chicane avec quelqu’un, on va l’inviter chez nous quand la chicane est passée pour manger un couscous. »

Khadija explique que lorsque les marocains préparent le couscous, notamment le vendredi, ils en préparent toujours un peu plus pour garder ce qu’ils appellent « le droit de Dieu ». C’est-à-dire, des portions supplémentaires au cas où un voisin, un cousin ou un mendiant frapperait à la porte ; sinon, ils l’amènent à la mosquée.

Symbole du partage

« On habitait en face des bidonvilles à Khouribga quand j’étais jeune et chaque vendredi, on servait quelques plats de couscous et de l’eau froide pour que les gens viennent manger chez nous », remémore l’entrepreneure issue d’une famille de dix enfants.

Khadija préserve la tradition du partage au Québec, offrant du couscous aux personnes âgées dans des résidences et à ses employés lorsqu’il y a de nouvelles embauches. « Pour moi c’est tout à fait naturel, tu ne peux pas apprendre à me connaître si tu ne partages pas un couscous avec moi. Tout ce que je suis et tout ce que je fais, ça passe par le couscous. »

Origine du nouvel an berbère

Plusieurs légendes sont liées à l’origine des célébrations berbères marocaines du nouvel an, dont la plus probable selon Khadija est la célébration du détrônement du pharaon Ramsès II à Iwa par le roi berbère Chachnak, qui a ensuite fondé la capitale de Tanis, ville du Delta du Nil.

« Ma mère nous racontait une légende qui veut que la terre est un ballon déposé sur les cornes d’un taureau, qui change de position le 12 janvier au coucher du soleil pour se reposer. Les Berbères du sud croient qu’il faut aller dormir tôt, ne pas parler ni faire du bruit, pour éviter de se perdre dans l’univers », raconte-t-elle, soulignant que cette légende invite à se connecter à soi-même et à prendre du temps pour réfléchir pour bien commencer l’année.

Karla Meza, Initiative de journalisme local, Le Devoir