La directrice des poursuites criminelles et pénales appelée à justifier son départ

Caroline Plante
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Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) demandent à la directrice des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Annick Murphy, de justifier son départ prématuré, annoncé mardi en pleine éclipse médiatique.

Me Murphy a informé le ministre de la Justice lundi qu'elle quitterait ses fonctions en février 2021 afin de prendre sa retraite, environ un an avant la fin prévue de son mandat.

Une note a ensuite circulé mardi chez les procureurs, avant que l'information ne soit rendue publique en début de soirée électorale américaine, a confirmé à La Presse Canadienne la porte-parole de la DPCP, Audrey Roy-Cloutier, qui parle cependant d'un pur hasard.

La DPCP, qui n'accordera pas d'entrevues puisqu'elle est toujours en poste, devait donner au gouvernement trois mois de préavis, a expliqué Me Roy-Cloutier. Le 2 février 2021, elle fêtera ses 40 ans de carrière. C'est à ce moment qu'elle a choisi de tirer sa révérence.

Mercredi, le co-porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, a qualifié la décision de Me Murphy de «pas banale» et le moment choisi pour l'annoncer de «vraiment curieux». Il a affirmé en point de presse vouloir mieux comprendre ce qui la motive.

«Faire l'annonce d'un départ, dans un contexte où l'attention médiatique est essentiellement tournée vers ce qui se passe aux États-Unis, (...) ça génère des doutes, ça alimente de la méfiance», a-t-il déclaré, rappelant que ce n'est pas la première fois que cela se produit.

En 2018, le grand patron de l'Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, avait annoncé son départ sans explication le jour des élections provinciales.

Le chef parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, a dit mercredi souhaiter que Me Murphy s'explique devant les médias. «Pourquoi quitter avant la fin de son terme? Qu'est-ce qui le justifie?» a-t-il demandé en point de presse.

Selon M. Bérubé, il en va de la confiance dans la justice. «Elle peut librement (...) se rendre disponible pour une activité de presse ici, à l'Assemblée nationale. C'est le souhait que j'émets», a-t-il déclaré.

Interrogée à ce sujet, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a affirmé prendre acte de la décision de Me Murphy. Il s'agit selon elle d'une décision «personnelle» qu'elle ne peut que respecter.

«Si quelqu'un décide de prendre sa retraite, la façon de l'annoncer, le moment où elle l'annonce, les raisons pour lesquelles elle prend cette décision-là lui appartiennent», a déclaré la ministre.

«À partir de là, nous notre responsabilité (...) c'est de s'assurer qu'on va pouvoir désigner un ou une remplaçante.» La nomination devra recevoir l'appui des deux tiers des députés de l’Assemblée nationale, en vertu de la Loi 1, a-t-elle expliqué.

Dans le passé, Me Murphy avait fait la demande à la sous-ministre à la Sécurité publique pour une enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) concernant les fuites d'informations confidentielles à l'UPAC.

Plus récemment, elle s'est retrouvée sous les projecteurs relativement aux agissements du directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), Martin Prud'homme.

Une faute déontologique aurait été commise par M. Prud'homme lorsqu'il a fait un appel à la directrice des poursuites criminelles et pénales en octobre 2017. M. Prud'homme a depuis ce temps été blanchi de toute allégation criminelle.

Mme Guilbault a indiqué le mois dernier que la Commission de la fonction publique enquêtera sur les agissements de M. Prud'homme, suspendu avec solde depuis plus de 18 mois.

«J'aimerais qu'on nous explique ce qui se passe de manière générale, puis, notamment, est-ce que le départ de Mme Murphy est lié ou pas à la situation de conflit actuellement entre la SQ et le DPCP? C'est des questions qu'on se pose», a ajouté M. Nadeau-Dubois.

La ministre Guilbault n'a fait aucun lien, mercredi, entre l'enquête en cours et l'annonce du départ surprise de Me Murphy.

Caroline Plante, La Presse Canadienne