La juge Denise Descôteaux témoigne à son audience

Michel Ducas, Initiative de journalisme local
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VAL-D’OR-La juge Denise Descôteaux, de Val-d’Or, témoignait mercredi lors de l’examen des plaintes déposées contre elle devant le Conseil de la magistrature du Québec.

La juge admet avoir péché par inexpérience lors de certaines audiences, mais ne regrette en rien les décisions qu’elle a prises. Les audiences ont lieu à Montréal, et en ligne à Québec.

Après l’audition d’extraits sonores en avant-midi, la juge Descôteaux s’est présentée à la barre des témoins en après-midi, pour s’expliquer devant le comité sur certains de ses agissements.

L’ex-directeur de la protection de la Jeunesse, Philippe Gagné, s’est plaint du comportement arrogant et autoritaire de la juge dans certains dossiers impliquant la DPJ.

Il a notamment été question d’une audience pour retirer un enfant autochtone de sa famille d’accueil (appelé C. pour ne pas l’identifier).

La juge n’en était qu’à sa deuxième semaine à son poste, et elle a avoué candidement devant le comité qu’avec l’expérience qu’elle a aujourd’hui, elle aurait fait les choses autrement. «J’aurais remis cette audience à une date ultérieure, a-t-elle avoué. J’ai réalisé que dans ce dossier, pour la DPJ, je venais simplement entériner une décision administrative, alors que je suis là pour faire appliquer la Loi sur la protection de la jeunesse.»

Elle avoue également regretter le ton qu’elle a utilisé lors de cette audience devant la Chambre de la jeunesse. «Je regrette le ton employé, mais pas le jugement, a-t-elle dit. Je concède que j’ai mal formulé certaines phrases, mais j’ai toujours pris mes décisions en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse et non en fonction de considérations administratives.»

Un levier différent

Lors de son témoignage sur ce dossier, la juge Descôteaux a aussi admis qu’elle a pris de l’expérience. «Il y a deux écoles de pensée chez les juges, explique-t-elle. La première veut que les juges puissent poser des questions et enquêter, et la seconde que les juges doivent laisser les avocats poser les questions. Je suis de la première école. Mais avec les années, j’ai réalisé que je n’avais pas à argumenter avec les avocats. Je pouvais intervenir dans mon jugement. Dans ce cas, je n’étais pas contre la DPJ, mais plutôt contre la situation.»

L’audience s’est poursuivie sur un autre dossier, concernant un bébé (nommé O. pour les fins de l’enquête).

L’enfant avait été retiré des soins de la mère à sa naissance, qui demandait des droits de visite.

Dans ce dossier, elle se défend d’avoir forcé les parties en cause à s’entendre. «Dans mon district, nous sommes des champions de l’entente à l’amiable, a expliqué la juge Descôteaux. Les parties en cause étaient ouvertes à s’entendre.»

La juge rappelle qu’elle n’avait pas pris l’entente à la légère. «Non seulement je m’assure que toutes les parties sont consentantes à l’entente, mais j’y suis tenue par la Loi. Et les gens savent que ça prend du temps. Je fais assermenter tout le monde.»

Elle explique aussi que le ton qu’elle a pris lors de l’audition de la cause n’était pas de la colère. «J’ai eu un ton de surprise dans ce dossier, parce que le retrait selon moi ne permettait pas à la mère de créer un lien affectif avec l’enfant. Je me disais : comment une mère peut-elle créer un lien affectif avec son enfant avec une seule visite par mois?»

Le témoignage de la juge se poursuivra jeudi, toujours à Montréal et Québec.

Michel Ducas, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne