La langue innue est de plus en plus menacée de disparaitre

Stéphane Tremblay, Initiative de journalisme local
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Le Conseil de bande de Pessamit a mis de l’avant un petit lexique pour rappeler l’importance de la langue innue, de plus en plus menacée.

Dans ce document, il est mentionné que malgré la force actuelle de la langue innue au sein des communautés, certains indices sonnent l’alarme et montrent que le processus de perte de la langue ancestrale est amorcé.

Comme toute langue minoritaire, la langue innue est aussi menacée de disparaître, peut-on y lire.

Cette menace viendrait du contexte biculturel et bilingue dans lequel les Innus ont vécu et continueront de vivre.

« La survie de la langue innue est maintenant devenue le souci de tout un peuple qui concentre ses efforts face au danger croissant de bilinguisme vécu par l’ensemble des communautés », écrit le conseil.

Le comédien Mario Saint-Amand a été touché par l’initiative du conseil.

Fasciné par le droit autochtone au point de s’inscrite à l’université à 50 ans bien sonné, Saint-Amant a tenu à souligner l’initiative des Innus de Pessamit.

« Vous vous intéressez aux questions autochtones? Je vous invite à prendre quelque minute pour regarder ce très court lexique qui a été monté par le conseil des INNUS de Pessamit qui est une réserve indienne située à environ 50 km en amont de Baie-Comeau. « Les explorations, la découverte du territoire et de ses ressources n’auraient pu être réalisées sans la contribution des autochtones. Et pas seulement au tout début de la colonie! Il y a cinquante ans à peine, un Montagnais (Innu) de la région de Schefferville contribuait de façon significative à la découverte de gisements de fer au Labrador et sur la Côte-Nord. » voir MYTHES et RÉALITÉS Pierre Lepage (2019) », de dire celui qui a notamment incarné le légendaire Gerry Boulet au cinéma et joué le personnage de Michel David sur le plateau de District 31.

Toujours dans ce document, on y précise que la langue innue est une langue parlée depuis des millénaires.

Elle est la langue maternelle et la langue d’usage dans la quasi-totalité des communautés à l’exception des Innus d’Essipit, près de Les Escoumins sur la Haute-Côte-Nord.

À Mashteuiatsh aussi elle n’est plus parlée, sauf par une poignée de résidants.

Une langue générationnelle

Depuis des siècles, la langue innue de tradition orale a toujours été transmise de génération en génération.

Encore aujourd’hui, la majorité de la population innue utilise la langue innue pour communiquer dans les différentes situations de la vie quotidienne.

La langue innue est transmise aux enfants par les parents et les grands-parents et les jeunes enfants utilisent leur langue maternelle pour parler entre eux.

Toutefois, on perçoit une diminution graduelle dans l’utilisation de la langue ancestrale au sein des jeunes générations, et particulièrement chez les jeunes scolarisés.

La langue innue est enseignée dans les écoles depuis les années soixante-dix.

Les aînés maîtrisent la langue ancestrale

Les aînés de 65 ans et plus ont une très bonne maîtrise de la langue ancestrale. Ils utilisent peu ou pas de mots français dans leurs conversations. Ils connaissent le vocabulaire parlé en forêt, ont un vocabulaire riche, savent adapter leur langue aux réalités actuelles, construisent correctement leurs phrases et prononcent bien leurs mots.

Dans la catégorie de 40 à 65 ans, la situation est encore stable. Ils ont une bonne compétence dans la maîtrise de la langue innue.

Cependant, on peut déjà constater une baisse de la compétence dans le vocabulaire parlé en forêt surtout pour ceux qui n’ont jamais eu ou n’ont plus de contact avec le territoire de chasse.

On dénote une détérioration générale et graduelle de génération en génération chez les moins de 40 ans.

Selon les études, les effets de la scolarisation dans la langue dominante entraînent une détérioration générale de la langue au sein des jeunes générations.

Des écrits pour se souvenir

Conscient qu’au cours des siècles, plusieurs contes, récits, histoires, anecdotes ou légendes ont malheureusement été perdus, une équipe de membres de la communauté souhaite faire l’inventaire des légendes et contes disponibles dans le milieu, question de les conserver et de les transmettre aux générations futures.

Déjà, des enseignants ont rédigé des petits livrets illustrés.

La communauté dit posséder plusieurs bandes sonores de contes et légendes racontés par des aînés.

À long terme, on aimerait les écrire. C’est un des nombreux projets.

«La rencontre du français: avant que l’école ne devienne obligatoire pour eux vers 1950, peu de Montagnais parlaient le français. Le vocabulaire de la langue montagnaise était surtout relié aux activités de l’époque : chasse et pêche. Pour aller à l’école, certains enfants devaient quitter leur famille pour le pensionnat et ils n’y retournaient que l’été. L’enseignement était donné en français et il était interdit à l’élève montagnais de parler leur langue. Les enfants ont appris à parler le français, mais ils ont perdu une partie du vocabulaire utilisé par leurs parents.

Aujourd’hui, la culture et la langue montagnaise retrouvent de plus en plus leur place. Les enfants montagnais apprennent maintenant à parler et à écrire leur langue avec fierté. » dit Marcelline Kanapé, considérée comme l’une des grandes spécialistes de l’éducation parmi les Premières Nations.

Mots et expressions les plus courants en langue innue

Stéphane Tremblay, Initiative de journalisme local, Ma Côte-Nord