La préfecture pour les nuls

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Entre les municipalités et le gouvernement provincial, il existe les MRC, ou municipalités régionales de comté. Pour démystifier leur rôle et leurs responsabilités, nous nous sommes entretenus avec André Genest, préfet de la MRC des Pays-d’en-Haut, et Bruno Laroche, préfet de la MRC de La Rivière-du-Nord.

Qu’est-ce qu’une MRC? « Simplement, c’est un regroupement de municipalités dans un secteur », explique M. Genest. Il y a 95 MRC au Québec, dont 7 dans la région administrative des Laurentides (plus Mirabel, qui est à mi-chemin entre une ville et une MRC).

Les maires des municipalités de la MRC siègent sur le conseil de la MRC. Dans la majorité des MRC, les maires élisent un des leurs comme préfet, pour un mandat de 2 ans. Dans 16 MRC, dont celle des Pays-d’en-Haut, le préfet est élu au suffrage universel, c’est-à-dire que les citoyens votent pour le préfet en même temps que les élections municipales. Son mandat dure alors 4 ans.

« Le préfet représente l’ensemble des municipalités, au niveau régional et au niveau provincial », explique M. Genest. « Par exemple, pendant la pandémie, j’ai eu des réunions régulières avec différents ministères, comme la santé, l’éducation, etc. On est le lien. Ce serait trop complexe pour le gouvernement de parler avec chaque municipalité. »

Les MRC ont beaucoup de compétences qui leur sont propres. Mais derrière elles, il y a l’objectif de mettre en commun des services qui s’étendent à toute la MRC. « C’est une façon d’obliger les villes à travailler ensemble », dit M. Laroche.

Dans la MRC de La Rivière-du-Nord, des projets à portée régionale, comme le train de banlieue, le Théâtre Gilles-Vigneault et le Musée d’art contemporain des Laurentides, sont gérés par la MRC. Dans celle des Pays-d’en-Haut, la construction du Complexe sportif est un exemple de la collaboration entre les municipalités. « Au lieu qu’une seule ville, comme Sainte-Adèle par exemple, réalise le projet, l’ensemble des municipalités participent, puis on divise la facture au prorata de la population », illustre M. Genest.

Parfois, les municipalités ne parviennent pas à s’entendre, comme ce fut le cas pour le Complexe sportif. C’est alors le rôle du préfet d’amener les maires autour de la table pour trouver un compromis. « Ça reste qu’on est une équipe, comme un conseil municipal. Si on ne s’entend pas entre nous, ça va mal! », explique M. Genest.

En mettant en commun des services, cela permet aussi à la MRC de réaliser des économies d’échelle et de coordonner des stratégies au niveau régional. Par exemple, M. Genest estime que ses municipalités sauvent 25% des coûts liés à la gestion des matières résiduelles depuis qu’elles se sont regroupées. La MRC peut aller chercher une soumission plus basse, mais aussi encourager ses citoyens à mieux trier leurs déchets, et ainsi sauver sur les coûts d’enfouissement.

Il en va de même pour les schémas de risque en incendie. En coordonnant leurs efforts, les municipalités peuvent répondre plus rapidement et plus efficacement aux incendies, mais économisent aussi sur leurs assurances. Même chose pour le transport collectif et adapté, qui peut mieux desservir la région.

L’évaluation foncière est une autre compétence importante des MRC, puisqu’elle est essentielle aux municipalités pour prélever adéquatement leurs taxes. « On a vu, avec la pandémie, comment les propriétés ont pris de la valeur. Ça aura des impacts importants. L’évaluation foncière doit refléter comment le marché se comporte », souligne M. Genest.

Certaines responsabilités sont communes à toutes les MRC, et d’autres sont adaptées à chaque région. M. Laroche donne l’exemple de la MRC d’Argenteuil, qui a beaucoup plus d’employés que la MRC de La Rivière-du-Nord, parce qu’elle offre aussi plus de services à sa population.

Les préfets représentent aussi leur MRC dans différentes organisations régionales, provinciales ou même fédérales. Par exemple, M. Genest siège aussi comme administrateur à la Fédération québécoise des municipalités (FQM). Il y a aussi le Conseil des préfets et des élus de la région des Laurentides (CPÉRL), dont M. Laroche est le président. Le CPÉRL regroupe les 7 MRC des Laurentides et la Ville de Mirabel.

Dans toutes ces organisations, les objectifs du préfet sont les mêmes : représenter les intérêts de sa MRC, coordonner les efforts entre les acteurs du milieu, et présenter un front commun dans les médias sur les enjeux régionaux, provinciaux ou fédéraux.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès