Le bois, imperméable à la COVID

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Contrairement à d’autres secteurs de l’économie, l’industrie du bois tire bien son épingle du jeu en cette ère de pandémie, si ce n’est de la complexité introduite dans la gestion du travail.

Selon le directeur général du développement corporatif chez Chantiers Chibougamau, Frédéric Verreault, on a construit des maisons en Amérique du Nord en 2020 à peu près autant qu’en 2019.

Pour ce qui est du secteur des pâtes et papiers, M. Verreault souligne que l’usine de Lebel-sur-Quévillon produit de la pâte kraft essentielle à des produits d’emballage alimentaire, à des papiers tissus pour les masqueset jusqu’au papier de toilette.

Le président de Barrette-Chapais, Benoît Barrette, abonde dans le même sens. « Les gens investissent dans leur demeure parce qu’ils sont obligés de passer du temps chez eux. Le bois s’inscrit dans les investissements qu’ils font. À notre usine, nous faisons de la clôture, des fermes de toit et des solives de plancher. Ce sonttous des produits très en demande. »

Pas de mises à pied

« Dans le secteur du bois d’œuvre, les commandes ont augmenté », observe M. Barrette. Notammentpour les sommiers de lit, pour lesquels sa compagnie fabrique des composantes. Plusieurs usines ont fermé au début de la COVID,mais ensuite les commandes sont reparties à la hausse.

En définitive, le nombre d’employés reste sensiblement la même chez ces joueurs majeurs de l’industrie, hormis au bureau de Montréal de Chantiers Chibougamau, responsable notamment du développement technique des produits et de l’interface avec le marché. Ce bureau est fermé depuis la mi-mars même si de nouveaux employésont été engagés il y a deux mois.

Chez Barrette, on cherche même à embaucher trois employés, entre autres pour les opérations de chariot-élévateur. « On a diminué des heures de production à différents temps de la pandémie, dit Benoît Barrette, mais on a été en mesure de tenir le cap. »

Combler le retard

Une des grandes difficultés introduites par la pandémie est que certains fabricants de matériaux de la chained’approvisionnement ont suspendu leurs activités pendant parfois jusqu’àsix semaines. Des compagnies comme Barrette Chapais et Chantiers Chibougamau ont donc eu moins de temps pour fabriquer et livrer leurs matériaux de construction. « Il y a un chaos sur plusieurs fronts [...], de dire Frédéric Verreault. Nous sommes sous pression pour livrer au marché. On nepeut pas lever le pied, mais on s’adapte. »

À cet arrêt temporaire de fabrication s’ajoutentla raréfaction de certains matériaux et l’augmentation de leur prix, par exemple pour les panneaux de particules OSB.« On doit tous faire preuve de compréhension, de résilience et d’adaptabilité dans les circonstances, analyse M. Verreault. À Chibougamau et Landrienne, nous répondons à des besoins très concrets. Les matériaux qu’on fabrique aujourd’hui vont servir à construire des maisons dans quelques semaines [...] pour des gens qui doivent libérer leur appartement ou leur maison à une date déjà convenue. Si on ne livre pas, plein de gens vont se ramasser à la rue […]. »

Selon M. Verreault, tout indique que 2021-2022 sera très occupé pour récupérer les constructions qui ont pu être reportées.

Vigilance

Alors que la scierie Résolu de Girardville a dû temporairement cesser ses activités en raison d’une éclosion de COVID, chez Chantiers Chibougamau et Barrette Chapais, on touche… du bois. Et on reste vigilants.

« Ça [la pandémie] a rajouté des complexités opérationnelles, explique Benoît Barrette, avec les masques, la distanciation. Il a fallu mettre en place différences structures dans nos horaires de travail, […] changer des habitudes dansle cadre de nos interactions. Il y a eu beaucoup de choses mises en place,mais les gens se sont bien adaptés et ça va très bien opérationnellement. […] Nous sommes privilégiés d’être dans un secteur d’activitésoù on a pu continuer à travailler. »

Même constat chez Chantiers Chibougamau où, précise Frédéric Verreault, « les humains demeurent fondamentaux. Depuis mars, la firme a travaillé en étroite collaboration avec la santé publique régionale, qui l’a aidée à combiner sa capacité de production et la sécurité des employés. »

« Quand j’ai parlé au médecin-chef [...],le 12 mars, je nepouvais pas penser qu’il serait à ce point critique et essentiel au maintien sécuritaire de nos activités », concède le directeur. «Le livre d’instructions n’existait pas. Avec l’automne, nous sommes passésd’un niveau élevé à extrême dans les mesures obligatoires. […] Nous multiplions les actions. »

Des escouades de contrôle

Depuis l’automne, l’entreprise a instauré des escouades de contrôle dans ses usines et des mesures disciplinaires sanctionnent les employés et sous-traitants qui ne respectent pas lesrèglements.

« Les modes d’activités totalement transformés et adaptés, complexifiés sur tous les fronts, analyse Frédéric Verreault, mais on fonctionne à un niveau qui demeure élevé. On a le privilège de maintenir nos activités, mais ça vient avec des responsabilités qu’il faut accepter. »

Denis Lord, Initiative de journalisme local, La Sentinelle