Le Book Humanitaire débordé

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L’arrivée d’un couvre-feu et l’annonce d’un confinement d’un mois ont suscité des inquiétudes, notamment en ce qui a trait à la santé mentale, à la détresse psychologique et à l’itinérance.

Rachel Lapierre, présidente-fondatrice du Book Humanitaire, a pu en témoigner. En entrevue le vendredi 8 janvier, deux jours seulement après l’annonce de François Legault, elle parle déjà d’une hausse significative des demandes. « Tout a augmenté : la détresse, l’isolement, la violence. Notre téléphone sonne à la minute. C’est quelque chose », confie-t-elle.

L’itinérance est aussi au cœur des préoccupations, surtout avec l’entrée en vigueur du couvre-feu. L’Église Sainte-Paule à Saint-Jérôme est déjà aménagée comme refuge pour sans-abris et permet d’accueillir une vingtaine de personnes. Située derrière l’église, la halte-chaleur a pour sa part ouvert ses portes aux personnes itinérantes le 1er décembre. L’ouverture officielle a eu lieu le 7 janvier dernier.

Contrairement au refuge, la halte accueille les personnes itinérantes pour quelques heures afin qu’ils puissent se réchauffer. Il s’agit aussi d’une alternative pour ceux qui n’ont pas accès au refuge. Des soupes, des boissons chaudes, des couvertures, des manteaux et des services médicaux sont offerts et disponibles sur place. La halte est ouverte de 20h à 8h. Rachel Lapierre précise qu’elle accueille présentement 20 à 28 personnes par nuit. Une rotation a lieu pour permettre à chacun de profiter de l’installation et des services offerts.

Or, la présidente du Book Humanitaire indique qu’il y a environ 80 itinérants dans la région et qu’il arrive donc déjà que les services soient débordés. Des couvertures, des chaises et des lampes chauffantes sont alors installées à l’extérieur de la halte-chaleur pour répondre à la forte demande. Par ailleurs, certains sans-abris proviennent parfois de villes environnantes. Rachel Lapierre explique que des policiers amènent à Saint-Jérôme des itinérants en provenancede Sainte-Agathe-des-Monts ou de Blainville. « S’ils n’ont pas de service, nous sommes là pour ça », rappelle-t-elle.

« La halte change la vie de beaucoup de personnes qui se retrouvent dans des situations plus que précaires. C’est une question de vie ou de mort pour beaucoup d’entre eux », a confié un usager à l’équipe du Book Humanitaire.

Mais qu’adviendra-t-il lorsque le couvre-feu sera en fonction? Rachel Lapierre a été informée que les policiers seront tolérants à l’égard des personnes itinérantes. Reste à voir combien feront appel à leurs services ou y seront transportées par la police pendant la fin de semaine et dans les nuits suivantes. Peu importe le nombre, la présidente-fondatrice assure que les sans-abris ne seront pas laissés seuls. « Nous allons trouver des solutions. Nous mettrons des tentes et d’autres chaufferettes. Nous allons nous organiser. »

Œuvrant dans le milieu de l’humanitaire et ouvert 24 heures sur 24, l’organisme peut poursuivre ses opérations au-delà du couvre-feu. Des lettres ont déjà été préparées pour ceux et celles qui travaillent après 20h. Il ne devrait donc pas avoir de problème, affirme Rachel Lapierre.

Ève Ménard, Initiative de journalisme local, Journal Accès