Le budget du gouvernement Kenney critiqué

·4 min read

Les conservateurs ne savent pas comment revenir à l’équilibre budgétaire.

Le gouvernement albertain de Jason Kenney était toujours vendredi sous le feu des critiques au lendemain du dépôt de son budget 2021-2022, qui fera grimper la dette de la province à un niveau record.

« Le gouvernement protège les grandes entreprises, mais ne protège pas la vie d’un grand nombre de personnes », déplore en entrevue Bill Moore-Kilgannon, directeur exécutif du Parkland Institute, un centre de recherche non partisan affilié à l’Université de l’Alberta.

« Il n’y a pas vraiment de plan pour soutenir l’économie alors que nous savons que l’économie a besoin de changer », ajoute-t-il. À ses yeux, la diversification de l’économie pour engendrer de nouveaux revenus est le grand absent du budget dévoilé jeudi.

La province prévoit un déficit record de 20,2 milliards de dollars pour 2020-2021. La dette devrait ainsi avoisiner les 116 milliards de dollars, du jamais vu depuis quarante ans.

Coincé entre la gestion de la pandémie de COVID-19 et l’investissement hasardeux d’un milliard et demi de dollars dans l’oléoduc Keystone XL, le gouvernement Kenney ne prévoit plus de date pour retourner à l’équilibre budgétaire, tournant ainsi le dos à ses promesses électorales.

« Le gouvernement ne sait pas quoi faire pour retourner à l’équilibre. Il ne sait pas où aller chercher des fonds et coupe dans les dépenses », analyse de son côté le professeur de science politique à l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily.

Des propos qui trouvent écho chez Bill Moore-Kilgannon, qui estime que le gouvernement Kenney manque de vision. « Il n’y a pas vraiment de plan pour soutenir l’économie alors que nous savons que l’économie a besoin de changer. » À ses yeux, la diversification de l’économie pour engendrer de nouveaux revenus manque cruellement au budget des troupes conservatrices dévoilé jeudi.

Il suggère d’ailleurs de modifier le système d’imposition de la province. « Si nous avions le même système d’impôt que les Québécois, nous aurions 19,5 milliards de dollars en plus en Alberta et ça éliminerait complètement le déficit », dit-il.

Compressions

Le budget prévoit également de sabrer 800 millions de dollars dans le secteur public. Il entend aussi supprimer 311 emplois à temps plein dans la fonction publique au cours de l’année qui s’écoule.

Une décision qu’a vertement critiqué Guy Smith, président du syndicat des employés de la fonction publique qui représente quelque 94 000 travailleurs de la province. « C’est un autre budget contre les travailleurs », a-t-il dénoncé à Radio-Canada, estimant que « des grèves seront à prévoir ».

Pendant ce temps, les grandes entreprises, dont les pétrolières, pourront bénéficier de réductions d’impôts majeurs. « Leur taux d’imposition est passé de 12 % à 8 %, soit une réduction d’environ un milliard de dollars », fait remarquer Bill Moore-Kilgannon du Parkland Institute. L’objectif de cette mesure consiste à contrebalancer la baisse des profits des grandes entreprises qui ont vu leurs revenus passer « de 4,1 milliards il y a deux ans, à 1,9 milliard », précise-t-il.

Le budget de jeudi a réduit du même coup les dépenses du Centre de l’énergie canadienne, une société albertaine chargée de la promotion du pétrole albertain. Il est ainsi passé de 30 millions en 2020 à 12 millions cette année.

Les maires des villes d’Edmonton et de Calgary ont également dénoncé le budget du gouvernement Kenney, qui entraînera des compressions budgétaires majeures pour leurs municipalités. « Le budget actuel de l’Alberta réduit de près de 160 millions de dollars le budget de la ville, ce qui nous empêche de construire les infrastructures nécessaires et de créer des emplois au moment où nous en avons le plus besoin, a écrit sur Twitter le maire de Calgary, Naheed Nenshi. Se remettre de la pandémie sera difficile, et nous avons besoin d’une feuille de route. »

Quant au maire d’Edmonton, Don Iveson, il devra faire des choix difficiles sur des projets de rénovation déjà en cours puisque le programme « Municipal sustainability initiative » sera amputé de 25 % à compter de 2022.

Le secteur de l’éducation postsecondaire devra pour sa part composer avec la suppression attendue de 750 nouveaux postes, jetant une ombre au tableau sur l’avenir des étudiants. « Si nous n’investissons pas dans l’enseignement, notre crise économique ne fera qu’empirer et nous laisserons une province hypothéquée pour la prochaine génération », s’inquiète le vice-président du syndicat des étudiants de l’Université de l’Alberta, Rowan Ley.

Quant au secteur de la santé, « 13 millions seront investis en moins dans la rémunération des médecins comparé au budget de l’an passé », analyse Bill Moore-Kilgannon, alors que le gouvernement Kenney continue d’investir dans des cliniques privées, dénonce-t-il.

Hélène Lequitte, Initiative de journalisme local, Le Devoir