Le Canada doit revoir sa stratégie avec la Chine et s’inspirer de l’Australie

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<span class="caption">Le premier ministre Justin Trudeau rencontre le président chinois Xi Jinping à la Maison des hôtes d’État de Diaoyutai, à Beijing, en décembre 2017.</span> <span class="attribution"><span class="source">La Presse canadienne/Sean Kilpatrick </span></span>
Le premier ministre Justin Trudeau rencontre le président chinois Xi Jinping à la Maison des hôtes d’État de Diaoyutai, à Beijing, en décembre 2017. La Presse canadienne/Sean Kilpatrick

Au cours des deux dernières années, le gouvernement chinois a puni le Canada et l’Australie pour des actions qu’il juge répréhensibles, en procédant à des détentions injustes de citoyens de ces pays et en instaurant des barrières commerciales soudaines et sévères.

Ces deux membres de l’alliance des services de renseignement Groupe des cinq (Five Eyes), qui comprend également le Royaume-Uni, les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, ont réagi différemment. Le récent lancement du pacte de sécurité AUKUS entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, dont le Canada est visiblement absent, en est une preuve.

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Le président américain Joe Biden, accompagné virtuellement du premier ministre australien Scott Morrison, à droite sur l’écran, et du premier ministre britannique Boris Johnson, parle du pacte de sécurité entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis à la Maison Blanche. Le Canada brille par son absence dans cet accord. (AP Photo/Andrew Harnik)

L’accord comprend des dispositions en vue d’entamer des consultations pour aider l’Australie à acquérir une flotte de sous-marins à propulsion nucléaire.

Pourquoi le Canada ne fait-il pas partie de l’accord, et pourquoi l’Australie a-t-elle pris une voie si différente en réaction à des circonstances similaires ? Y a-t-il des domaines dans lesquels leurs approches avec la Chine peuvent converger ?

La méthode forte de Beijing

La Chine a arrêté des citoyens des deux pays après la demande d’enquête de l’Australie sur les origines de la Covid-19 et l’arrestation par le Canada de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la suite d’une requête d’extradition des États-Unis pour des accusations de fraude.

Les Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig et l’Australienne Cheng Lei sont communément considérés comme des victimes de la « diplomatie des otages ».

Des gens tiennent des pancartes appelant &#xe0; la lib&#xe9;ration des deux Michaels
Des personnes brandissent des pancartes à Ottawa pour demander la libération de Michael Kovrig et de Michael Spavor lors d’une récente marche pour les Michael. La Presse canadienne/Justin Tang

Dans la capitale australienne, Canberra, l’ambassade de Chine a lancé un ultimatum en 14 points qui exige des changements de politique de la part de l’Australie. Elle a également vivement réprimandé le pays pour ses commentaires sur les procédures judiciaires engagées contre Michael Spavor et Robert Schellenberg, un citoyen canadien reconnu coupable de trafic de drogue et condamné à mort en Chine.

La Chine a imposé une série de tarifs punitifs sur des secteurs australiens et canadiens ciblés. En juin de cette année, la Chine s’est plainte de l’Australie devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour des droits de douane sur des produits en acier. Le Canada a attaqué la Chine devant l’OMC au sujet du canola, et Beijing a depuis cherché à bloquer l’enquête sur les revendications du Canada. Ces actions ont des répercussions sur toutes les moyennes puissances et leurs relations avec la Chine.

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Une superpuissance

Pour dire les choses simplement, l’ère chinoise de la « réforme et ouverture » est terminée.

La Chine est désormais une grande puissance sur la scène mondiale qui promeut activement son système économique et politique en tant qu’alternative légitime à un ordre international dirigé par les États-Unis et soumis à des règles. Cela inclut l’expansion la plus importante et la plus rapide de la puissance maritime et aérospatiale depuis des générations.

Le Canada et l’Australie sont en attente de décisions très délicates, notamment l’issue judiciaire du processus d’extradition de Meng et l’examen par le ministère australien de la Défense du bail de 99 ans pour le port Darwin de la société chinoise Landbridge.

Il faut s’attendre à des réactions hostiles de la part de la Chine si les décisions ne sont pas favorables à ses intérêts. En effet, le pays a pris pour cible des puissances moyennes comme l’Australie et le Canada pour les forcer à se soumettre et donner l’exemple à d’autres – ou « tuer le poulet pour effrayer les singes », comme le veut le vieil adage chinois.

Beijing a fait savoir au Canada qu’il n’est pas une puissance moyenne, mais une petite puissance qui doit cesser de s’appuyer sur les États-Unis.

Le Parti communiste chinois perçoit l’Australie et le Canada à la fois comme des « cibles essentielles » en raison de leur alliance étroite avec les États-Unis et comme des « cibles faciles » à cause de leur dépendance économique vis-à-vis de la Chine.

La Chine peut ainsi déverser sa colère sur Ottawa et Canberra sans grand risque pour elle-même, démontrant par le fait même à d’autres pays l’importance de ne pas la contrarier. Cependant, le Canada et l’Australie fournissent à la Chine diverses ressources naturelles dont elle a grand besoin, et aucune des parties concernées ne veut risquer de perdre ces précieux liens commerciaux.

Diplomatie discrète ou position ferme

La gestion des relations des moyennes puissances avec la Chine n’est pas chose facile, et le Canada et l’Australie ont réagi différemment.

Le Canada a tenté de recourir à la diplomatie discrète, mais pendant de nombreux mois, Beijing n’a même pas daigné répondre aux coups de fil d’Ottawa.

Le Canada n’a pas montré à la Chine qu’il y a des conséquences à ses actions contre les citoyens et le commerce canadiens parce que sa tradition politique l’incite à ne pas riposter à une action dans un domaine par des sanctions dans un autre. Les autorités canadiennes craignent que les représailles n’échappent à leur contrôle.

En outre, le Canada a évité de prendre des mesures susceptibles de fâcher la Chine, et n’a donc toujours pas annoncé sa décision concernant Huawei ou la distribution du réseau de télévision chinois CGTN, lequel a pourtant transmis des confessions forcées de personnes détenues en Chine sur les chaînes câblées canadiennes qui diffusent le réseau.

Le Canada a également fait preuve de retenue dans son soutien à Taïwan, une démocratie qui fait l’objet d’intimidation militaire de la part de la Chine.

Scott Morrison et Justin Trudeau se serrent la main
Scott Morrison et Justin Trudeau se serrent la main

L’Australie, pour sa part, a adopté une position ferme en excluant Huawei de l’accès à son programme d’expansion de la 5G pour des raisons de sécurité nationale, en introduisant une législation qui exige l’enregistrement des agents qui œuvrent pour des « mandants étrangers » et en mettant à jour ses lois sur les sanctions.

Une surprise ?

Avec le lancement du pacte de sécurité AUKUS, l’Australie collabore avec deux des plus proches alliés du Canada dans le but de répondre à des préoccupations concernant une menace croissante et de décourager toute tentative future de domination chinoise de la région. Le Canada est jusqu’ici absent du nouvel accord qui semble avoir pris Ottawa par surprise.

Et ce, malgré le fait que l’Australie et le Canada ont des perspectives semblables dans plusieurs domaines. Josh Frydenberg, ministre des Finances australien, et Dominic Barton, ambassadeur du Canada en Chine, ont tous deux fait valoir que les entreprises qui dépendent fortement des chaînes d’approvisionnement et des marchés chinois devraient se diversifier sur d’autres marchés.

Le premier ministre australien a appelé à un dialogue économique annuel entre les ministres du Commerce et des Finances des États-Unis et de l’Australie, afin d’obtenir des protections contre les pratiques économiques et commerciales coercitives dans le cadre du maintien de la sécurité régionale.

Le Canada pourrait tirer profit de telles discussions avec ses alliés en réponse aux sanctions commerciales ouvertement coercitives de la Chine, de la même façon que la Déclaration contre la détention arbitraire dirigée par le Canada a été signée en réaction à la diplomatie des otages de la Chine.

Capacité sous-marine

Le Canada a élaboré une stratégie indopacifique qui devrait comporter des dimensions technologiques et de sécurité.

Un sous-marin retourne au port
Un sous-marin retourne au port

Il y a longtemps que l’on soutient que le Canada devrait acquérir une capacité sous-marine moderne pour mieux défendre ses trois côtes, dont l’Arctique, où la Chine a fait part de son intention de construire des infrastructures militaires. Il est clair que le Canada bénéficierait d’une participation à cet aspect de l’AUKUS.

L’AUKUS ne se limite toutefois pas aux sous-marins de pointe : l’accord comprend le partage de renseignements stratégiques, la collaboration en matière de cybersécurité, d’informatique quantique, d’intelligence artificielle (IA) et de technologies sous-marines.

Ce sont là des forces technologiques canadiennes.

Le gouvernement libéral qui vient d’être réélu au Canada doit élaborer une stratégie solide pour traiter avec Beijing. Les réponses passives actuelles du Canada ne dissuadent manifestement pas les attaques de la Chine.

Le gouvernement devrait utiliser son nouveau mandat pour discuter avec les membres de l’AUKUS de la façon dont le Canada pourrait travailler avec ses alliés sur les technologies de pointe et, en tant que nation du Pacifique, de la manière dont il pourrait contribuer à la sécurité dans la région indopacifique. Il devrait notamment envisager sérieusement d’adhérer au nouveau pacte de sécurité.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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John Garrick ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d&#39;une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n&#39;a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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