Le chef du Bloc québécois maintient ses allégations sur le ministre des Transports

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OTTAWA — Le chef du Bloc québécois maintient les allégations qu'il a lancées à propos du ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, tout en se gardant de fournir des preuves à l'appui de ces allégations.

Au lendemain du remaniement qui a fait ministre ce député ontarien, le Bloc québécois avait publié un communiqué.

«Le chef bloquiste refuse d’accuser qui que ce soit, mais des questions se posent sur la proximité du nouveau ministre des Transports, Omar Alghabra, avec le mouvement islamique politique», pouvait-on lire dans le texte daté du 13 janvier.

Depuis, M. Blanchet, attaqué par les élus libéraux, y compris le premier ministre Justin Trudeau, avait refusé toute demande d'entrevue.

Mardi matin, il s'est présenté aux Communes pour un point de presse.

En réponse aux journalistes, il a affirmé que son communiqué du 13 janvier posait une question «absolument polie, absolument courtoise».

Et il a reproché à ceux qui critiquent sa sortie de lui faire «un procès d'intention».

«Les Québécois ont des inquiétudes en matière de laïcité et en matière de sécurité. J'ai posé poliment, d'une façon irréprochable, une question légitime. Et le gouvernement et le premier ministre a l'obligation d'y répondre», a-t-il insisté.

M. Alghabra nie avoir jamais offert son appui à l'imposition de la charia en Ontario. Il n'a jamais non plus sympathisé avec le mouvement Hamas. Ces deux allégations non prouvées se retrouvent dans une chronique du Journal de Montréal que le Bloc québécois fait circuler pour justifier son attaque du ministre.

Aux journalistes qui insistaient, mardi, pour avoir des preuves de ce qu'a avancé M. Blanchet, ce dernier a parlé aussi d'un article «du très torontois et pas très indépendantiste Globe and Mail».

Son bureau a fait suivre la référence en question. Le texte date de 2016 et porte sur une motion des élus conservateurs à propos d'Israël, motion que le gouvernement libéral de l'époque a appuyée.

On y retrouve trois phrases sur M. Alghabra, alors secrétaire parlementaire de Stéphane Dion qui était, lui, ministre des Affaires étrangères.

«M. Alghabra a depuis longtemps été poursuivi par des accusations d'extrémisme, bien que ses positions sur les questions israélo-palestiniennes soient très courantes», avait écrit le journaliste. Il avait ajouté que le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) a publiquement minimisé les inquiétudes exprimées par certains au sujet du député.

Plus récemment, le 15 janvier, le vice-président de CIJA, David Cooper, a encore été cité par le Globe and Mail, dans une chronique du même journaliste qu'il y a cinq ans.

«Nous ne sommes au courant d'aucun lien sérieux ou prouvé entre M. Alghabra et l'extrémisme politique ou islamiste. (...) Nous n'avons jamais vu de preuves sérieuses qui provoqueraient une quelconque inquiétude», peut-on lire.

Au bureau de M. Blanchet, on maintient, par courriel, que «ces articles (dont celui du Globe), sont à la source de notre questionnement».

Aux Communes, la vice-première ministre a demandé des excuses à M. Blanchet.

«J'ai beaucoup de respect pour le chef du Bloc», a dit Chrystia Freeland en guise de préface.

«Pour cette raison, je veux exprimer ma profonde déception envers le chef du Bloc d'avoir doublé ses propos faux au sujet de mon collègue, le ministre des Transports. Et je voudrais lui donner l'occasion de lui présenter publiquement des excuses dans cette Chambre», a dit Chrystia Freeland.

Le chef du Bloc n'a pas saisi l'occasion offerte.

Les libéraux n'allaient pas en rester là.

Le député Yves Robillard s'est levé pour qualifier les propos de M. Blanchet de «dangereux», avant d'inviter sa collègue ministre Diane Lebouthillier à le suivre dans cette voie.

«Les insinuations qui sèment l'intolérance et la haine contre quiconque sont intolérables au Québec et partout au pays», lui a répondu Diane Lebouthillier.

«Aujourd'hui le chef du Bloc en a rajouté une couche (...) au lieu de s'excuser», a-t-elle dénoncé.

«Ce type de comportement est loin d'être honorable. Il est odieux et indigne d'un leader.»

Lina Dib, La Presse Canadienne