Le harcèlement touche une écrivaine sur trois

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HARCÈLEMENT. L'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) révèle les résultats d'une enquête menée au début du mois d’octobre auprès des auteurs québécois. Près d'un quart des 444 répondants déclarent avoir subi au moins une fois un comportement inadéquat répétitif ou une seule conduite grave. Ce taux passe à 32,8 % quand il s'agit des femmes ou personnes issues des minorités de genre. De plus, une femme ou personne issue des minorités de genre sur sept déclare avoir subi des attouchements dans le cadre de relations professionnelles. Plus d'une sur cinq a été victime d'intimidation et une sur trois a reçu des propos humiliants. «Ça fait froid dans le dos ! Ces données doivent nous alerter sur l'ampleur d'un phénomène tenu secret trop longtemps», s'exclame la présidente de l'UNEQ, Suzanne Aubry. Toujours selon l’enquête de l’UNEQ, 41 % des répondants estiment avoir ressenti au moins une fois le déséquilibre du rapport de force avec leur interlocuteur avant et au moment de la négociation d'un contrat d'édition, 40,5 % dans des échanges privés ou publics, et 36 % lors d'événements littéraires (festivals, salons du livre, lancements, etc.). Pour 31,5 % des répondants, il est difficile voire impossible de considérer le milieu littéraire comme sain et d'y évoluer de manière équitable avec les autres partenaires. Ce chiffre grimpe à 37 % pour les femmes et minorités de genre ayant moins de 10 ans de carrière. Un total de 59 % des personnes ayant subi un ou plusieurs abus déclarent ne pas avoir tenté de parler à l'un des responsables de l'entreprise ou de l'organisation, car c'était impossible ou par peur des conséquences. «Il faut bien comprendre que l'absence de représentation collective pour nos artistes entraîne une loi du silence tacite dans le milieu. Comment voulez-vous exprimer une difficulté vécue quand rien ne vous protège, quand vous pouvez être placé du jour au lendemain sur une liste noire des écrivaines et écrivains qui osent parler?», déclare Laurent Dubois, directeur général de l'UNEQ. À ce sujet, l'UNEQ reconnaît que le milieu travaille actuellement à développer des moyens pour prévenir ces situations. Sensibilisation, formations et codes de déontologie spécifiques seront probablement mis en place sous peu par plusieurs organisations. «Ce travail de prévention est certes indispensable, mais il faut également aborder la question des recours, des sanctions, de l'accompagnement des victimes, des processus de justice réparatrice. Et c'est là que des désaccords de fond apparaissent entre les acteurs. L'absence d'ententes collectives signées dans le milieu littéraire prive les écrivaines et écrivains des mécanismes de griefs, d'arbitrage et de médiation. Un recours en médiation, par exemple, permettrait à l'UNEQ de représenter un.e membre dans une démarche de grief et ainsi d'éviter qu'il ou elle ne soit seul.e face à son interlocuteur, souvent placé en position de force», poursuit Laurent Dubois. À ce sujet, l'enquête indique que 88,2 % des personnes qui se sont prononcées estiment nécessaire de disposer de mesures de griefs, de médiation et d'arbitrage.

Stéphane Lévesque, Initiative de journalisme local, L'Hebdo Journal