Le lait biologique : Le défi d’attirer le consommateur

·5 min read

D’année en année, la production de lait biologique est en constante augmentation. Toutefois, la demande par le consommateur ne suit pas nécessairement la même courbe. Après avoir subi une forte hausse de 2015 à 2019, le marché du lait biologique se retrouve dans une période creuse.

Actuellement, le Québec produit trop de lait biologique par rapport à la demande. Si 61 millions de litres ont été produits en 2019-2020, 16 % de cette production a été redirigée vers le lait conventionnel, tel que le rapporte Bryan Denis, président du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec.

« La production a augmenté beaucoup plus vite que les besoins du marché. C’est récurrent depuis 20 ans. Il y a des hauts et des creux de vague. À certains moments, il manque du lait sur le marché, à d’autres il y en a trop », explique-t-il.

Prédire la demande

Mais le comportement du consommateur est plutôt difficile à prédire, admet-il. Il y a environ quatre ans, l’association des Producteurs de lait du Québec (PLQ) a lancé un appel aux producteurs pour qu’ils se convertissent vers la production biologique pour combler les potentiels besoins du marché.

Certaines fermes ont répondu à cet appel au cours des dernières années, en pensant que la demande de lait y serait. Même si elles ont obtenu leur certification biologique, certaines n’ont toujours pas la prime à l’hectolitre, qui est de 21 $ en moyenne.

Surproduction

La production biologique d’une dizaine de fermes laitières est redirigée vers le conventionnel, selon Daniel Taillon, producteur de lait biologique à la ferme Taillon et fils à Saint-Prime.

« Présentement, au Québec, l’offre excède la demande. Huit à neuf producteurs sont en attente. Ils ont fait la transition, mais ils ne sont pas payés biologiques. Ils envoient leur lait au conventionnel tout en étant certifiés biologiques. On devine qu’ils ne sont pas heureux de ça. Personne ne l’est. Mais on ne sait pas vraiment quoi faire avec ça, il y a des enjeux au niveau des publicités », estime-t-il.

« Une transition vers le biologique, c’est trois ans. On demande à nos producteurs de faire la transition quand on prédit qu’il y aura une forte demande. Mais lorsqu’ils arrivent dans le marché du bio, ça arrive qu’il y ait décalage par rapport à l’appel du consommateur. C’est ça qu’on vit en ce moment. On a eu une très forte croissance de la production, mais la demande n’était pas aussi forte que prévu », ajoute Bryan Denis.

La Ferme Lalan7, située à Hébertville-Station est l’une de ces fermes certifiées biologiques qui est toujours en attente d’obtenir la prime à l’hectolitre. La productrice Michelle Lalancette estime que la capacité de certains producteurs à se convertir en moins de trois ans a été sous-estimée.

« On est plusieurs nouveaux joueurs à être arrivés plus rapidement que ce qu’ils avaient prévu. J’ai l’impression qu’ils pensaient que ça allait prendre trois ans à se convertir. Mais ils n’avaient pas la notion que plusieurs fermes étaient déjà prêtes, comme nous d’ailleurs. En attendant la prime, les PLQ (producteurs lait du Québec) nous subventionnent à 30 % pour permettre le développement de la production », affirme-t-elle.

Pour elle, la transition a été plus rapide puisqu’elle n’utilise plus d’engrais chimique depuis plusieurs années. Elle estime que plusieurs producteurs produisent pratiquement biologiques, mais qu’ils ne font pas nécessairement le saut pour obtenir la certification en raison de la paperasse.

Aucun regret

Elle se dit toutefois extrêmement fière d’avoir effectué le saut. Le propriétaire de la Ferme des Feuilles à Albanel, Daniel Baril abonde dans le même sens. La conversion vers le biologique lui a permis d’être autosuffisant et de sauver des coûts.

« On a réussi à augmenter l’âge de nos vaches à cinq ans alors qu’en moyenne, c’est quatre ans. On a diminué nos frais de vétérinaire. Au lieu de coûter 20 000 $ par année, c’est 2 000 $. On n’a pas besoin de dépenser 80 000 $ en herbicides. Pour nous, la performance, ce n’est pas le volume de récolte, mais la santé de nos animaux », avance-t-il.

Distinguer le produit

Alors qu’un 2L de lait biologique coûte de 1,50 $ à 2,00 $ de plus que le conventionnel, certains producteurs croient qu’il s’agit d’un frein à la consommation.

Bryan Denis ne fait pas la même lecture. « Beaucoup d’études démontrent que le consommateur ne connait pas le prix du lait. Les gens l’achètent par réflexe » affirme le président du Syndicat des producteurs de lait biologique du Québec.

Il croit que le véritable défi demeure de faire distinguer le lait des boissons d’avoine, de soya ou d’amande. Elles se retrouvent dans les sections biologiques des épiceries, parfois côte à côte.

« Le consommateur fait des choix et malheureusement, ce n’est pas toujours nous qui sortons gagnants. Dénigrer l’autre produit, ce n’est pas l’objectif, il faut être assez attrayant pour que le consommateur se tourne vers nous et piquer sa curiosité. »

Dominic Perron, président de Nutrinor abonde dans le même sens. « Ce segment de marché est en croissance. Il offre la plus grande compétition aux produits de lait biologique. Ça répond à un besoin de la nouvelle génération. Les emballages des boissons végétales sont plus dynamiques, mais nous on s’en va dans cette tendance-là aussi. C’est pourquoi on a revu notre image de marque, dans le but d’attirer cette clientèle ».

Julien B. Gauthier, Initiative de journalisme local, Le Lac St-Jean