Le maire Régis Labeaume raconte son «pèlerinage sinistre» dans le Vieux-Québec

Caroline Plante
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Québec a été ciblée «à cause de sa beauté», avance le maire Régis Labeaume, qui a refait seul dimanche le parcours du tueur.

Le soir de l'Halloween, l'assaillant vêtu d'un costume médiéval et armé d'un sabre japonais a déambulé dans les rues du Vieux-Québec où il a tué deux personnes et en a blessé cinq autres.

L'auteur présumé de cette tuerie, Carl Girouard, âgé de 24 ans, a été formellement accusé dimanche de sept chefs d'accusation, soit deux accusations de meurtre au premier degré et cinq de tentative de meurtre.

Lundi, M. Labeaume a livré sur Facebook un message intitulé «Pèlerinage sinistre», dans lequel il fait un lien entre la tenue médiévale de l'accusé, originaire de la banlieue nord de Montréal, et sa cavale sanglante dans la vieille ville fortifiée.

«J'avais besoin hier soir d'aller sur les lieux du crime, là où nos voisins ont péri. Aussi pour confirmer un doute qui m'obsède depuis samedi soir. Cette pensée que le malheur a choisi notre ville à cause de sa beauté», a-t-il expliqué.

Le maire affirme avoir emprunté la rue des Remparts, jusqu'à la descente de la côte de la Canoterie.

«Exactement là, notre ville a, entre autres, et malheureusement, un air... médiéval! Ainsi, le Québec fortifié, intra-muros, ce faubourg au décor inexistant ailleurs sur le continent, pourrait participer pleinement au délire d'un faux samouraï.»

Régis Labeaume ajoute dans son message n'avoir jamais vu la ville aussi vide, «même aux pires moments de la pandémie». Mais il termine en citant Gilles Vigneault: «Novembre est un beau mois. Mais il faut aimer le gris. Et l'oeil en saisir la lumière.»

Un peu plus d'une centaine de personnes ont participé à une veillée sur la rue des Remparts, lundi soir, sous forte surveillance policière.

Les gens ont bravé le froid, en silence, certains tenant de petites bougies.

Débat national réclamé

Plus tard en conférence de presse dans la journée, M. Labeaume est revenu sur son pèlerinage. Il a expliqué avoir eu besoin de méditer sur la tragédie, la deuxième depuis celle de la Grande Mosquée de Québec en 2017 à faire les manchettes internationales.

«Je fantasme aussi parfois sur l'idée de reculer l'horloge et qu'aujourd'hui soit le 2 novembre 2019, quand la liberté existait, quand la vie était tellement plus simple et quand le Vieux-Québec ne tremblait pas de peur», a-t-il soupiré.

«Les moyens qu'il nous reste sont l'entraide et la solidarité», a-t-il ajouté.

Plus que tout, le maire de Québec souhaite un débat national sur l'enjeu de la santé mentale au Québec. Il affirme en avoir discuté dans les derniers jours avec des membres du gouvernement Legault.

M. Labeaume a salué l'ajout de 100 millions $ pour des services en santé mentale, mais prévient qu'on ne pourra faire l'économie d'un vrai débat de société.

«Ne pas faire (de débat), c'est sous-estimer le phénomène, je pense, et il ne faut pas sous-estimer aussi le besoin de la population d'en parler et de comprendre ça», a-t-il déclaré.

Selon lui, les problèmes de santé mentale auraient pris de l'ampleur dans les dernières années, et toucheraient de plus en plus les jeunes. «Si tout le monde pense ça, pourquoi ne pas en discuter très franchement et en toute transparence? demande-t-il. On est vraiment rendus là.»

Jeudi dernier, l'opposition libérale à l'Assemblée nationale a demandé de nouveau la tenue d'une commission parlementaire, ce qui a été écarté par la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault.

Caroline Plante, La Presse Canadienne