Électrification des transports : Où en sommes-nous?

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L’électrification des transports est l’une des mesures clés du Plan pour une économie verte du gouvernement Legault. Pour mieux comprendre l’état de la situation, nous nous sommes entretenus avec François Adam, ingénieur et directeur général de l’Institut du véhicule innovant (IVI), à Saint-Jérôme.

Pour M. Adam, le principal enjeu de l’électrification des transports n’en est pas un d’ingénierie ou technologique, mais plutôt un d’éducation. « Ce n’est pas encore assez bien connu, ce que les véhicules électriques peuvent faire. Pourtant ils peuvent répondre aux besoins des gens sans problème. »

Les transports représentent 43 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province.

M. Adam donne l’exemple de l’autonomie des batteries. « Encore aujourd’hui, un véhicule 100 % électrique demande une certaine planification pour les voyages de plus longue durée. » Il faut s’arrêter et prévoir le temps de recharge, ce qui demande plus de flexibilité qu’avec une voiture à essence.

Cependant, pour une utilisation quotidienne, l’autonomie est amplement suffisante et la voiture électrique offre plus de liberté. « Tu pars toujours avec une voiture pleine. Le matin, tu n’as pas besoin d’aller nulle part pour faire le plein », illustre-t-il.

Le marché des automobiles électriques est déjà très compétitif, avec de gros joueurs, du géant Tesla aux grands manufacturiers automobiles qui s’y investissent de plus en plus. Le Québec peut-il espérer tirer son épingle du jeu?

« Il faut aller dans des marchés plus nichés, comme les camions et les autobus. Il y a moins de volume, mais c’est plus facile de se démarquer, et nous sommes en train de le faire. Lion Électrique [à Saint-Jérôme], par exemple, est en train de prendre une position très intéressante », explique M. Adam.

Le Plan pour une économie verte mise surtout sur les flottes de véhicules, dont les autobus. Si la transition vers un véhicule électrique pour monsieur, madame Tout-le-Monde aura un impact environnemental à long terme, les flottes, quant à elles, peuvent avoir un impact rapide.

« Dans les flottes, les véhicules sont tellement utilisés, les impacts sont plus forts. En plus, ce sont des gros véhicules, comme des camions, donc on remplace quelque chose qui avait un impact plus grand », illustre l’ingénieur.

Le premier ministre François Legault a manifesté son intention de faire du Québec « la batterie verte du nord-est de l’Amérique ». Pour M. Adam, il s’agit bien sûr d’exploiter nos ressources hydroélectriques et d’exporter son énergie propre aux États-Unis et ailleurs, mais pas seulement.

« En plus, il y a un plan de développer des batteries, de la mine jusqu’à la cellule. » Et ce, entièrement au Québec. Selon l’ingénieur, l’intention est de rendre le Québec autonome en production de batteries. « Ça devient stratégique, comme le pétrole dans les années 70. C’est l’enjeu d’avoir accès à des batteries. » Il donne l’exemple de l’Europe, qui a entrepris des actions ces dernières années, en recherche et en capacité manufacturière, pour se rendre indépendante de l’Asie.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès