Les compétitions de course à pied se retrouvent le bec à l’eau

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Des organisateurs d’événements de course à pied sont estomaqués et déçus. Alors que ces événements sportifs attirent et motivent annuellement autour de 250 000 participants au Québec, ils se retrouvent sans aide financière de Québec malgré les pertes financières encaissées par l’annulation, parfois à la dernière minute, de leur course.

La ministre déléguée à l’Éducation Isabelle Charest a annoncé le 15 octobre dernier un plan d’aide de 70 M$ pour soutenir les artisans du sport, du loisir et du plein air touchés durement par la pandémie de COVID-19.

Si le ministère a affirmé que cette aide était destinée majoritairement aux partenaires du loisir et du sport responsables de l’organisation d’activités sportives, les entreprises et organismes à but non lucratif derrière les compétitions de courses à pied n’en verront vraisemblablement pas la couleur.

«Le titre du communiqué (de la ministre Charest) laisse croire que les organismes seront aidés, mais au bout du compte, je peux dire qu’on ne verra rien», déplore Éric Fleury, organisateur et directeur d’événements pour les Courses thématiques, l’OBNL derrière le Tour du lac Brome et le Marathon de Granby.

M. Fleury dit en avoir eu la confirmation de la Fédération québécoise d’athlétisme (FQA), qui sanctionne ce sport.

Pour les fédérations

La FQA, qui recevra de l’aide supplémentaire, ne pourra administrer sa part qu’à travers deux programmes, soit le PSFSQ pour le soutien des opérations régulières de la fédération et le PSDE pour le soutien au développement de l’excellence.

Le programme de soutien aux événements sportifs (PSES), qui permettrait aux compétitions de course à pied qui cotisent à la fédération d’avoir de l’aide, ne fait pas partie des programmes autorisés par Québec pour la gestion de ces sommes.

Les fédérations sportives et organismes nationaux de loisir «bénéficieront ainsi d’une bonification du soutien financier qu’ils reçoivent dans le cadre de programmes normés, et dont l’utilisation devra respecter les normes des dits programmes», indique par courriel Bryan St-Louis, responsable des relations de presse au ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Famille.

60 % de plus

La FQA recevra une bonification de son soutien financier annuel de l’ordre de 60 %. Elle reçoit annuellement autour de 100 000 $ pour le PSFSQ et 210 000 $ pour le PSDE. Un calcul rapide indique qu’elle recevra ainsi près de 186 000 $ de plus.

«Le gouvernement souhaite, avec ce plan, assurer la pérennité des organismes qui proposent des services à la population et qui ont subi les impacts négatifs de la pandémie», écrit M. St-Louis.

Certains projets n’ont pas encore été annoncés, précise-t-il, et parmi ceux-ci pourraient se retrouver des organismes locaux, comme les Unités régionales de loisir et du sport.

Notre demande d’entrevue à la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, également députée de Brome-Missisquoi, a été refusée.

Faux espoirs

«Je trouve ça dommage que, en fin de compte, les organisations qui font vraiment bouger les gens aient zéro, laisse tomber Éric Fleury. Je ne m’attendais pas à ce que toutes les pertes soient assumées, mais ça aurait pu aider quand même.»

Il estime que les pertes irrécupérables se chiffrent à 60 000 $ pour les huit événements organisés par les Courses thématiques. M. Fleury était derrière un projet pilote pour tenter de tenir des courses sur route malgré la pandémie, mais il n’a pas pu le concrétiser.

Il ne croit cependant pas que ces pertes mettent en péril la série de courses de son organisme.

Déception

«J’ai été déçu quand j’ai entendu qu’on n’était pas éligible, réagit Gilles Poulin, grand manitou derrière la course-bénéfice Bromont Ultra. Cette année, on s’est rendu jusqu’à la toute dernière minute avant de devoir annuler. On a engagé des frais. On n’a pas d’aide.»

Il note que ce ne sont pas toutes les organisations qui ont eu à encaisser des pertes financières. Certaines ont annulé leur compétition avant de dépenser le moindre sou.

«Nous, on avait un autre incitatif. C’était pour la collecte de fonds pour des organismes. C’est LA raison pour laquelle on s’est battu jusqu’au bout. Si ça n’avait pas été de nos partenaires financiers, la survie du Bromont Ultra était en jeu. On a utilisé tout ce qu’on avait mis de côté.»

Les calculs ne sont pas terminés, mais les pertes grimpent dans les cinq chiffres, croit M. Poulin.

La FQA demande à Québec d’aider

Le directeur général de la Fédération québécoise d’athlétisme, Marc Desjardins, interpelle lui aussi le gouvernement. Il souhaite que des fonds soient injectés dans le Programme de soutien aux événements sportifs.

Des 70 M$, moins de 8 M$ sont distribués aux 65 fédérations sportives de la province.

«Il y a plus de 33 000 clubs et des milliers d’événements», note M. Desjardins précisant qu’il n’est donc pas possible de tous les aider. «Tout le monde recevrait des miettes, expose M. Desjardins. Dans ce qui est prévu, il n’y a pas vraiment d’argent pour la base, soit les événements et les clubs.»

Même si les organisateurs de compétitions de course à pied ont l’impression que le PSES est au point mort depuis des mois, M. Desjardins assure que la FQA se bat pour ce programme.

«On réclame que de l’argent soit versé dans le PSES et qu’un fonds d’urgence soit créé. On a des organisations qui existent depuis 30, 40, 50 ans et qui pourraient fermer leurs portes», s’alarme-t-il.

Au-delà du sport

Des discussions ont lieu avec la corporation privée SportsQuébec pour aider les événements grand public, affirme le DG de la FQA, étant donné que les réponses du gouvernement se font toujours attendre.

«Les événements ont des retombées économiques régionales incroyables, plaide Marc Desjardins. Les fournisseurs et les organisations qui soutiennent ces événements ont perdu beaucoup d’argent. Alors on veut interpeler le gouvernement.»

Ajoutons à cela que les événements en 2021 devront être adaptés et qu’un guide de relance devra être créé, ce qui engendrera des frais supplémentaires. Comme les mesures changent régulièrement depuis mars, la FQA souhaite aussi avoir l’heure juste pour délimiter une fois pour toutes les conditions de reprise en vue de l’an prochain.

Cynthia Laflamme, Initiative de journalisme local, La Voix de l'Est