Les conseils municipaux doivent intervenir pour les commerces de proximité

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Les conseils municipaux doivent « avoir le désir ardent de voir atterrir un petit commerce, quel qu’il soit » dans leur ville, pense le président du Caucus des municipalités locales de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Saint-Donat, Joé Deslauriers.

« Comme conseil municipal, on a des idées préconçues d’une vision de développement de l’artère commerciale, du noyau du village ou de la zone périphérique. Les petites municipalités doivent avoir les œillères ouvertes. Ce qu’on a pensé, ce n’est peut-être pas ce qui va arriver [...] À moins que ça ne cadre pas du tout, est-ce qu’on peut changer le zonage en pensant aux citoyens d’abord? On a un besoin et il y a une opportunité », explique l’ancien épicier et ancien propriétaire de dépanneur.

Selon M. Deslauriers, autant ces petits commerces sont importants, autant ce n’est pas facile de les faire vivre lorsque l’affluence n’y est pas. « Si c’était seulement des cannes de bines, il n’y aurait pas de problème, image le maire. Mais quand on entre dans le périssable comme la viande, les fruits et les légumes, ç’a une durée de vie. On ne peut pas dire qu’on achète une caisse de salades, qu’on en vend neuf et qu’on en jette treize. Ça ne fonctionne pas. »

Plusieurs pensent que les hommes et femmes d’affaires empochent des profits rocambolesques. « Ce n’est pas le cas, précise M. Deslauriers. Pour un petit dépanneur, tout dépendant du salaire que tu peux te prendre, on parle de quelques dizaines de milliers de dollars. Vivre avec un dépanneur aujourd’hui, c’est pratiquement impossible en région. »

Depuis une quinzaine d’années, la dévitalisation des régions a été remarquée par M. Deslauriers. « Ç’a été de moins en moins facile. Les coûts fixes ont explosé. Le commerce de détail [pour les employés] n’est pas connu comme étant rémunérateur. La question n’est pas le salaire, c’est le minimum d’heures acceptables, surtout pour les régions touristiques. Ça crée un enjeu de main-d’œuvre. Le propriétaire est obligé d’être là presque sept jours par semaine. Tout ça pour un petit salaire. Quand il y a un bris de comptoir ou un bris de pompe, tu manges presque tes profits annuels. Comme propriétaire, tu te dis que tu ne mets pas toutes ces énergies pour te retrouver à la fin de l’année avec presque rien », confie l’ancien employeur.

Petit regain

Les municipalités de moins grande envergure connaissent un petit regain depuis quelque temps. « Les gens viennent en région pour faire du télétravail. C’est comme une roue. Ça prend des commerces pour avoir du monde, mais ça prend du monde pour avoir des commerces. Je pense que le regain est de bon augure et que c’est un bel espoir pour nos régions d’accueillir un renouveau de petits propriétaires, qui vont s’implanter pour démarrer une épicerie ou prendre la relève du dépanneur », dit-il, analysant que ce mouvement va également aider en matière de personnel.

Et les commerçants doivent eux aussi avoir des initiatives originales. C’est le cas du Comptoir St-Vrac, une épicerie ayant comme mission de ramener la souveraineté alimentaire et qui a réussi à aller chercher plus de 400 membres dans ses succursales de Saint-Adrien et de Saint-Camille dans la MRC des Sources.

« On travaille sur l’identité culturelle de notre village », exprime le copropriétaire du commerce, Conrad Goulet, qui pense que le système de membership crée un plus grand sentiment d’appartenance. « On choisit d’avoir des produits à l’image de nos membres et de nos clients. Plus les gens interagissent avec notre épicerie, plus notre inventaire est unique. »

S’il se spécialise dans la vente de produits biologiques en vrac, le commerçant ajoute tranquillement à son inventaire des produits plus conventionnels, « pour avoir une offre à l’image de tout le monde dans notre village ».

Beaucoup de membres font leur épicerie au complet à Saint-Adrien. « Ça ne s’est pas vu depuis 13 ans dans notre village environ. Mais on n’invente rien, il y en a eu partout des épiceries de village », convient-il, ajoutant qu’il échange du temps de travail de ses membres contre des produits dans le magasin. « Toutes les responsabilités dans l’épicerie sont faites par les membres pour les membres. Contrairement à toutes les entreprises, on a trop de gens compétents. Sur les plus de 400 membres, on a un bassin de 130 personnes prêtes à donner du temps dans un délai raisonnable », se réjouit M. Goulet.

Tommy Brochu, Initiative de journalisme local, La Tribune