Les entreprises canadiennes naviguent dans l'incertitude électorale américaine

Tara Deschamps
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TORONTO — Les chefs d'entreprise canadiens qui attendent les résultats de l'élection américaine réexaminaient leurs plans de gestion des risques, mercredi, et passaient des coups de fil à leurs conseillers et leurs contacts politiques.

Bien qu'ils ne découvriront pas les résultats de l'élection présidentielle dans leurs plans ou discussions, il sera rassurant pour eux de savoir qu'ils se sont préparés à tout résultat et qu'ils ont des contacts bien connectés à leur disposition, font valoir les experts.

Cette routine fait partie de la navigation dans une élection sens dessus dessous, où le démocrate Joe Biden et le républicain Donald Trump ont tous deux la victoire à portée de main, alors que les bulletins de vote continuent d'être comptés.

Même si les entreprises canadiennes ne se retrouveront pas directement sous le contrôle de l'un ou l'autre des candidats, leurs entreprises font souvent affaire avec les États-Unis et elles peuvent être touchées par les changements réglementaires, les tarifs, les pratiques d'immigration et les politiques fiscales à la frontière.

«Aucune industrie n'est vraiment à l'abri de ce qui se passe au sud de la frontière. Ce qui s'y déroule se retrouve très rapidement au sommet», a observé Richard Leblanc, professeur de gouvernance, de droit et d'éthique à l'Université York, qui conseille souvent les entreprises sur la tolérance au risque.

«Les risques politiques et réglementaires sont désormais au premier plan de nombreux conseils d'administration. Ce que personne ne veut, c'est d'être pris au dépourvu.»

Les industries les plus vulnérables aux résultats des élections sont celles des secteurs du pétrole et du gaz naturel, des matières premières, de l'agriculture et de la technologie, qui dépendent ou ont des niveaux d'interaction accrus avec les États-Unis, a expliqué M. Leblanc.

La plupart des entreprises, a-t-il ajouté, surveillent les parties les plus vulnérables de leur entreprise tout au long de l'année et prêtent une attention particulière à ce que la politique, les conditions du secteur et les changements mondiaux pourraient leur apporter comme problèmes, mais la planification des risques a pris une toute nouvelle importance ces dernières années.

Les discussions sur une récession, l'évolution des marchés et la COVID-19 ont toutes obligé les entreprises à consacrer encore plus de temps à la planification des risques et M. Leblanc a même vu certains intégrer le «risque Trump» dans leurs préparatifs, en raison de la propension du président à cibler et à renverser les entreprises sans préavis sur Twitter.

«J'ai même vu des déclarations publiques rédigées à l'avance pour réagir, en fonction de ce que fait le président. Je n'avais jamais vu un risque attribué à une personne auparavant, mais je l'ai vu ces trois ou quatre dernières années», a-t-il affirmé.

M. Trump constitue une menace pour les entreprises qui dépendent de l'immigration parce qu'il s'en est pris aux visas H1B et, dans le passé, a déchiré l'Accord de libre-échange nord-américain et imposé des tarifs sur l'aluminium et l'acier canadiens.

«Si les démocrates gagnent, ce que cela signifiera pour la plupart des entreprises, c'est qu'il y aura un peu plus de prévisibilité, car historiquement, les démocrates ont été plus susceptibles de faire partie d'accords commerciaux bilatéraux et de respecter les termes des accords commerciaux», a observé Dennis Darby, chef de la direction des Manufacturiers et Exportateurs du Canada, qui représente plus de 2500 fabricants à travers le pays.

Les risques liés à une victoire de Joe Biden

Mais une victoire de M. Biden comporterait aussi des risques.

Phil Skolnick, de Eight Capital Research, a estimé mercredi, dans une note aux investisseurs, qu'une victoire de M. Biden pourrait être négative pour les prix du pétrole et les producteurs en raison des mandats relatifs au changement climatique et du potentiel de levée des sanctions contre l'Iran.

Les pipelines nord-américains pourraient également être confrontés à des problèmes si les démocrates augmentent le nombre de juges à la Cour suprême, a-t-il ajouté.

Peu importe qui gagne, l'anxiété liée à tout cela est presque devenue la norme pour les chefs d'entreprise, a affirmé Jim Balsillie, ancien cochef de la direction de BlackBerry et président actuel du Conseil canadien des innovateurs.

«Quelques jours d'incertitude pour les entreprises canadiennes au sujet des résultats de l'élection présidentielle font pâle figure par rapport à l'incertitude causée par les dispositions de renouvellement toujours imminentes de l'ACEUM. Puis à cela s'ajoute la pandémie de COVID-19, les tarifs sur l'acier et le bois d'oeuvre, les problèmes de fiscalité numérique et les approbations de pipelines en retard», a-t-il écrit dans un courriel.

«Tout cela est tout à fait normal dans l'économie mondiale moins coopérative et plus mercantiliste dans laquelle nos entreprises sont désormais en concurrence.»

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Tara Deschamps, La Presse Canadienne