Les fabricants et distributeurs de masques s'ajustent aux nouvelles directives

Ugo Giguère
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MONTRÉAL — De nouvelles recommandations de Santé Canada sur les caractéristiques nécessaires à la conception d'un masque lavable efficace viennent ajouter à la confusion alors que toutes sortes de modèles de couvre-visage sont vendus sur le marché, mais distributeurs et fabricants commencent à s'ajuster.

Vos masques lavables sont-ils munis de deux épaisseurs de tissu et d'un filtre? Si ce n'est pas le cas, il est temps de vous remettre à la machine à coudre ou de renouveler votre collection.

Chez Maîtres artisans, à Magog, on fabrique des masques lavables avec une couche de coton à l'intérieur et une couche de tissu imperméable à l'extérieur. Le copropriétaire Patrick Couture affirme toutefois vouloir ajouter dès maintenant une troisième couche d'un matériau filtrant.

«On aurait dû s'adapter à trois couches en partant, mais ce n'est vraiment pas un problème. Le matériau est en stock. C'est juste une étape de plus», a-t-il indiqué en promettant d'ajuster les prochaines commandes et de modifier son site web masque-quebec.com.

Santé Canada a modifié, mardi, ses recommandations concernant les caractéristiques des masques non médicaux visant à limiter la propagation de la COVID-19. L'agence fédérale adopte désormais les directives formulées en juin par l'Organisation mondiale de la santé, soit le masque à trois épaisseurs, incluant un filtre.

«Un masque ou un couvre-visage devrait être fait d'au moins trois couches: deux couches de tissu serré, comme du coton ou du lin, et une troisième couche (centrale) en tissu filtrant, comme un tissu de polypropylène non tissé», peut-on maintenant lire sur le site web de Santé Canada.

L'ajout d'un filtre permettrait d'améliorer la protection «en bloquant de plus petites particules infectieuses», précise-t-on.

L'administratrice en chef de l'agence de santé publique, Theresa Tam, a justifié cette annonce, mardi, en parlant de l'évolution des études scientifiques sur le nouveau coronavirus.

Cependant, bien avant la nouvelle recommandation, de nombreux fabricants et distributeurs de masques au Québec offraient déjà des modèles avec double épaisseur de tissu et pochette pouvant accueillir un filtre.

Chez Protège-toi.ca, une division de billets.ca, Ralph Abi Nader explique que c'est leur fournisseur thaïlandais qui a suggéré ce modèle très rapidement après le début de la pandémie.

«Ils ont été les premiers à nous dire que ça prenait trois épaisseurs et tout ça. Pendant que tout le monde s'adaptait, eux ils ont été plus rapides», observe-t-il.

Le cofondateur de Protège-toi.ca reconnaît cependant que d'autres modèles plus rudimentaires sans possibilité d'insérer un filtre sont aussi vendus par l'entreprise et il ne prévoit pas les retirer de son offre.

«Les gens n'ont qu'à suivre les nouvelles. C'est une question de responsabilité. Il va être là même si on n'en vend pas beaucoup», répond M. Abi Nader.

Chez Maîtres artisans, Patrick Couture hésite sur le sort réservé aux modèles sans filtre.

«On en a quelques-uns en stock. Je ne sais pas du tout ce qu'on va faire avec ça. On va peut-être les conserver. Mais on n'a pas des millions de masques en stock heureusement», mentionne l'entrepreneur dont la PME est d'abord et avant tout une fabrique de meubles.

Manque d'information claire

La directive de Santé Canada, qui survient cinq mois après la recommandation de l'Organisation mondiale de la santé, et annoncée un jour d'élections aux États-Unis alors que l'attention publique est monopolisée, vient renchérir sur le manque d'information claire fournie aux fabricants de couvre-visages.

«Nous, on suivait les recommandations de Santé Canada le plus possible. Il faut s'accoter sur quelque chose et comme on est Canadien on travaille avec Santé Canada, mais je ne peux pas dire pourquoi ils n'ont pas fait de recommandations avant ça», commente le copropriétaire de Maîtres artisans, Patrick Couture.

La directrice générale et co-fondatrice de la Coop Couturières Pop, Camille Goyette-Gingras, déplore quant à elle le flou qui entoure les critères de conception des masques lavables depuis le tout début.

Au plus fort de la première vague, la coopérative de l'arrondissement Mercier—Hochelaga-Maisonneuve a produit jusqu'à 50 000 masques par semaine pour le personnel non soignant du système de santé.

«On n'a jamais reçu d'indications claires, témoigne-t-elle. Le langage spécifique à l'industrie du textile n'est pas fourni, on n'a aucun "guideline" et on ne peut pas faire homologuer nos produits parce que c'est du matériel non médical alors on est vraiment dans le flou.»

La Coop Couturières Pop a d'ailleurs abandonné la production de masques afin de diversifier davantage ses activités en vue de l'après-pandémie.

L'absence de standards dérange également le directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda.

Tout en appuyant la recommandation de son homologue fédérale, Dr Arruda a fait savoir que des travaux sont en cours à l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail afin de déterminer des critères précis de fabrication de masques lavables efficaces.

Ugo Giguère, La Presse Canadienne