Les menaces écologiques affectent-elles les décisions des investisseurs ?

Jonathan Peillex, Professeur de finance, Pôle Léonard de Vinci – UGEI, Imane El Ouadghiri, Professeur de finance, Pôle Léonard de Vinci – UGEI, Khaled Guesmi, Full professor, PSB Paris School of Business – UGEI, and Andreas Ziegler, Professeur d’économie, University of Kassel
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Actuellement, 10 à 30&nbsp;% des actifs sous gestion en Europe et aux États-Unis répondent à des critères responsables. Pixabay, FAL

La planète est confrontée à de nombreuses menaces écologiques interdépendantes telles que la pollution, le changement climatique, les catastrophes naturelles, la perte de biodiversité, la rareté des ressources, les pluies acides ou encore la déforestation.

Ces problèmes, qui mettent l’humanité en danger, suscitent un intérêt croissant de la part des médias, de la communauté scientifique, du grand public mais également des investisseurs. En effet, on a pu assister ces dernières années au développement de la finance verte (ou finance durable) avec notamment l’émergence de critères responsables. Mais dans quelle mesure l’attention générale pour ces menaces écologiques exerce-t-elle une influence sur les décisions financières des investisseurs ?

Dans le cadre d’un travail de recherche publié récemment dans la revue Ecological Economics, nous répondons à cette interrogation en analysant les effets directs de l’attention du public pour des problèmes écologiques sur les rentabilités hebdomadaires d’indices boursiers durables.

L’influence positive d’un public concerné

De manière originale, nous proposons d’estimer le niveau de préoccupation du public pour l’environnement par l’occurrence d’événements inattendus tels que des catastrophes naturelles, la couverture médiatique pour les menaces écologiques, ou encore par le nombre de recherches Google pour des mots clés comme « pollution », « changement climatique », et « extinction des espèces ».

Il ressort de nos analyses économétriques que les pics d’attention du public aux problèmes écologiques, exercent une influence positive sur les rentabilités des indices boursiers durables commercialisés par le Dow Jones et le FTSE 100. Ainsi, lorsque l’attention des investisseurs aux menaces environnementales est élevée, ces derniers accélèrent le processus d’achat des titres de propriété des entreprises responsables afin de les récompenser. En somme, ces résultats confirment l’idée que les investisseurs développent des préférences pour les titres boursiers les plus responsables lorsque leur conscience écologique se renforce.

L’attractivité des fonds de placement durables

Actuellement, 10 à 30 % des actifs sous gestion en Europe et aux États-Unis sont gérés selon des critères responsables. Parmi les multiples déclinaisons de la finance durable, les fonds de placement durables ont particulièrement gagné en popularité ces dernières années.

Ces produits financiers s’attachent à satisfaire les intérêts des investisseurs dotés d’une conscience écologique et à inciter les entreprises à atténuer leurs effets dévastateurs sur l’environnement. Pour cela, ces véhicules d’investissement orientent les ressources financières vers les entreprises qui génèrent peu d’externalités négatives pour l’environnement et/ou qui tirent leurs revenus de produits et services respectueux de l’écologie (énergies renouvelables, constructions écologiques, etc.).

Ces fonds durables ne se veulent pas seulement utiles d’un point de vue écologique, ils ambitionnent de procurer aux investisseurs des niveaux de performance financière compétitifs. Suggérant que les fonds durables sont capables de surperformer leurs homologues conventionnels – notamment lorsque l’attention des investisseurs aux problèmes écologiques s’intensifie –, les résultats de notre étude laissent entrevoir de belles perspectives pour cette industrie financière florissante.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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Andreas Ziegler, Jonathan Peillex, and Khaled Guesmi do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organization that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.