Les proches aidants enfin reconnus par la loi

Steve Martin de l'Initiative de journalisme local
·3 min read

Le 28 octobre, le gouvernement adoptait le projet de loi 56, le tout premier consacré aux proches aidants dans l’histoire du Québec. Pour les organismes communautaires œuvrant auprès de ces femmes et de ces hommes qui ont fait du don de soi un mode de vie, cette annonce arrive comme une victoire après de longues années d'attente.

« Ça fait aujourd’hui partie d’une loi, nous dit Sonia Lessard, directrice de l’Appui pour les proches aidants d’aînés Montérégie. C’est une reconnaissance extrêmement importante et intéressante. »

Cette initiative devrait en effet permettre au gouvernement d’aller de l’avant dans son intention de reconnaître l’apport indispensable de ces centaines de milliers de Québécois et de leur offrir davantage de soutien dans un avenir rapproché.

Cette nouvelle arrive par ailleurs à un moment opportun puisque le rôle des proches aidants a été rendu plus difficile depuis l’arrivée de la COVID-19. « Depuis le début de la pandémie, nous avons vraiment mis l’accent sur le soutien psychosocial, explique Mme Lessard. Ce qui est un peu paradoxal c’est que, dans plusieurs cas, ce sont les intervenants qui ont pris un peu de recul durant cette période. Ils n’ont pas demandé d’aide par réflexe de protection de la personne à leur charge, ce qui est tout à fait normal. Ils ne voulaient pas les exposer à un risque potentiel. »

Pour l’instant, l’objectif d’Appui Montérégie est de faire valoir à ces derniers que l’aide qui a été mise en place ces derniers mois est sécuritaire pour tous. « Nous voulons vraiment qu’ils reviennent et qu’ils n’hésitent pas à contacter les organismes. On ne veut pas qu’il se produise des catastrophes avec des proches aidants épuisés qui n’ont pas demandé d’aide. »

Depuis le virage ambulatoire au Québec, le rôle des proches aidants a pris une nouvelle envergure alors que de plus en plus de gens font le choix de prendre soin d’un proche ayant des besoins particuliers.

« Mais je vous dirais que, ce qui a le plus changé, c’est le nombre de personnes qui se reconnaissent en tant que "proches aidants", qui ne se voient plus seulement comme étant "la fille de…" ou "la conjointe de…" En regardant autour d’elles, ces personnes constatent qu’elles posent des gestes que leurs voisins par exemple ne poseraient pas. Elles sont prêtes à porter un proche à bout de bras, tout le temps. C’est quelque chose qui a un impact sur la qualité de vie. »

Selon Sonia Lessard, lors de la création de l’Appui Montérégie en 2010, on pouvait déjà dénombrer 150 000 proches aidants dans la région seulement.

Si les femmes constituent la majorité des proches aidants, un lent changement semble s’opérer tout de même du côté masculin.

« On parle encore de 80% de femmes, avance la directrice de l’Appui Montérégie. Mais la prévalence de la maladie d’Alzheimer dans les communautés a un impact. Beaucoup de garçons doivent aujourd’hui prendre soin d’un parent qui en est atteint. »

Mme Lessard note par ailleurs que l’offre de service a dû être adaptée afin de répondre aux besoins spécifiques de cette clientèle. « Nous avons réalisé que les services avaient été pensés pour des femmes et que ça ne correspondait pas du tout au besoin de certains hommes. C’est une généralité, car tous les cas sont différents, mais souvent les hommes vont demander des actions, des trucs rapidement. Ils ont besoin de solutions alors que les femmes seront davantage dans la réflexion, l’émotion. »

Selon la directrice, les hommes ont également d’ordinaire une plus grande facilité à garder en tête que, malgré l’amour qu’ils ont pour, par exemple, leur conjointe, ils ont aussi des besoins qui leur sont propres. « Les femmes ont plus tendance à s’effacer, à s’oublier. Mais on sent qu’il y a une évolution aussi de ce côté. Il y a un apprentissage qui s’est fait ces dernières années. »

Steve Martin de l'Initiative de journalisme local, La Relève