Les satellites Starlink nous empêcheront bientôt d’observer les étoiles

Samantha Lawler, Assistant professor of astronomy, University of Regina
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Une étoile filante pendant la pluie de météores des Perséides. Bientôt, des milliers de satellites envahiront le ciel nocturne. Shutterstock

Une étoile filante pendant la pluie de météores des Perséides. Bientôt, des milliers de satellites envahiront le ciel nocturne.

Je sors de ma maison dans la campagne saskatchewanaise avant l’aube et lève les yeux, m’attendant à avoir le souffle coupé par la multitude d’étoiles. Je suis une astronome professionnelle, mais je m’émerveille encore comme un enfant devant un ciel étoilé. C’est la première fois que j’habite un endroit où il fait assez noir pour qu’on puisse voir facilement la Voie lactée, et je suis ébahie et impressionnée chaque fois que je regarde la voûte céleste.

Mais cette fois, je jure à voix basse. Il y a un satellite lumineux. Et un autre qui suit derrière. Et un autre. Et un autre.

Avant, la vue de satellites artificiels m’emballait, mais maintenant, je sais ce qui nous attend. Nous sommes sur le point de vivre un bouleversement. On ne pourra plus s’échapper de la ville pour faire du camping et voir les étoiles dans un ciel dégagé : désormais, on va regarder à travers un réseau de satellites grouillants et brillants, même dans l’endroit le plus isolé.

Des orbites encombrées

Si les mégaconstellations de satellites voient le jour, le ciel nocturne deviendra une autoroute de lumières mobiles qui cacheront les étoiles. Désormais, chaque fois que j’observe le reflet brillant d’un satellite au milieu des étoiles, je me rappelle ce que la Commission fédérale des communications des États-Unis – l’agence qui réglemente les fréquences émises par les satellites au-dessus des États-Unis, ce qui la rend, dans les faits, responsable d’encadrer chaque lancement spatial sur la planète – a déjà approuvé.

SpaceX a déjà reçu l’approbation pour 12 000 satellites Starlink et a fait une demande pour 30 000 de plus. D’autres entreprises la suivent de près.

La mégaconstellation Starlink va à elle seule multiplier par plus de dix le nombre de satellites actifs : il y en a environ 3 000 en ce moment. Les Starlink sont plus lumineux que 99 % des autres satellites, car ils sont sur des orbites plus basses et qu’ils sont plus réfléchissants que ne l’avaient prévu les ingénieurs.

SpaceX lance des groupes de 60 satellites toutes les deux semaines, et il y aura un millier de Starlink en orbite d’ici Noël 2020.

À l’œil nu, lorsqu’on regarde un ciel étoilé, on peut voir environ 4 500 étoiles. Dans une banlieue typique, on peut en apercevoir environ 400. Des simulations montrent qu’à partir de 52 degrés de latitude nord (où se trouvent Saskatoon et Londres, au Royaume-Uni), des centaines de Starlink seront visibles pendant quelques heures après le coucher et avant le lever du soleil (ce qui est comparable au nombre d’étoiles visibles) et on pourra en observer des dizaines toute la nuit pendant les mois d’été.

La pollution lumineuse a longtemps été un obstacle à l’observation des étoiles, mais on pouvait au moins y échapper en s’éloignant des centres urbains.

Aujourd’hui, les satellites engendrent un phénomène mondial d’obscurcissement des étoiles, particulièrement aux latitudes des États du nord des États-Unis, du Canada et d’une grande partie de l’Europe.

Les sacrifices

Il faut reconnaître que SpaceX et Amazon, qui investit aussi dans les services Internet par satellite, ont volontairement accepté de participer à des discussions avec des astronomes professionnels sur les moyens d’atténuer les effets de milliers de satellites lumineux sur certaines observations, comme celles des objets interstellaires.

SpaceX a également essayé un revêtement moins réfléchissant appelé « darksat », mais les mesures préliminaires des astronomes ont démontré qu’il était à peine moins lumineux que les autres. Pendant ce temps, on poursuit le lancement des Starlink de base.

Les simulations montrent que l’astronomie professionnelle et l’astrophotographie amateur seront gravement affectées par les mégaconstellations. La présence de tous ces satellites compliquera aussi la découverte d’astéroïdes proches de la Terre, laissant la planète plus vulnérable aux collisions cosmiques dangereuses.

Le but de la mégaconstellation Starlink est de fournir un accès Internet partout sur la planète. Ses partisans affirment que cela permettra à des gens qui habitent dans des lieux qui ne sont pas desservis par d’autres technologies de communication d’avoir accès à Internet. Mais selon les informations actuelles, le coût des services sera trop élevé pour presque tous les endroits qui ne sont pas encore desservis. Ainsi, Starlink ne sera probablement qu’une nouvelle option pour les résidents des pays riches qui ont déjà Internet.

Le ciel nocturne se remplit

Même si SpaceX change ses plans, des entreprises élaborent activement des mégaconstellations et d’autres se préparent à le faire.

Il n’existe jusqu’ici aucune règle concernant les orbites des satellites ou les priorités de passage, et si une collision devait se produire, on ne sait pas qui en serait tenu responsable et qui devrait nettoyer les débris (si c’est possible). La seule loi internationale qui s’applique aux débris de satellites date de 1972 et stipule que le pays qui a lancé le satellite doit s’occuper des débris qui se retrouvent sur la Terre après l’écrasement.

Aujourd’hui, la plupart des satellites sont lancés par des entreprises privées et non par des gouvernements, et la plupart des débris de satellites restent en orbite, car il n’y a aucune règle pour nettoyer l’espace. Il existe des milliers de morceaux de débris spatiaux, certains de la taille d’un boulon et d’autres, comme des satellites inopérants, de celle d’un autobus.

Avec des dizaines de milliers de nouveaux satellites dont le lancement a été approuvé et en l’absence de loi sur l’encombrement orbital, la priorité et le nettoyage de l’espace, le décor est planté pour donner lieu au syndrome de Kessler, une cascade de débris qui pourrait détruire la plupart des satellites en orbite et mettre fin aux lancements pour des décennies à venir.

Des liens ancestraux

Les humains possèdent des liens profonds avec les étoiles qui remontent à l’aube de l’humanité et sont faits de matériaux provenant d’anciennes étoiles.

Le programme Native Skywatchers célèbre l’amour ancestral de l’humanité pour le ciel nocturne et permet le partage de connaissances autochtones en matière d’astronomie. Au Dakota, une aînée a récemment partagé son savoir traditionnel sur les cieux : l’esprit de la femme bleue To Wiŋ vit à Wichakiyuhapi (la Grande Ourse), où elle guide les nouveaux bébés des étoiles jusque dans notre monde et accueille nos esprits lorsque nous quittons notre monde.

La seule façon de faire réagir de grandes entreprises comme SpaceX et Amazon, c’est par la législation – qui est lente, surtout s’il s’agit de lois internationales – et la pression des consommateurs. Est-ce que cela vaut la peine de perdre la possibilité d’observer les étoiles, pour soi et pour presque tous les habitants de la planète, simplement pour obtenir un nouvel accès à Internet ? Les humains observent les étoiles depuis des milliers d’années, souhaitons-nous vraiment perdre cette possibilité au profit de quelques grandes entreprises ?

Par une nuit claire, sortez et levez les yeux. Profitez des étoiles que vous pouvez voir maintenant, car sans de grandes transformations dans les plans des entreprises qui veulent lancer des mégaconstellations, le ciel étoilé est sur le point d’être complètement transformé.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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