Les traceurs de sentiers

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Dans les années 1930, il n’y a même pas 100 ans, les Laurentides étaient encore un vaste territoire sauvage. Quelques villages étaient éparpillés au pied des montagnes, isolés les uns des autres, et du reste du monde.

Le train a d’abord permis de connecter ce chapelet de villages. Mais ce sont les légendaires traceurs de sentiers, en sillonnant les forêts, les montagnes et les lacs des Laurentides, qui ont permis d’explorer cette nature qui, autrefois, séparait les villages et qui, aujourd’hui, les unit.

Écrit avec l’aide de Nancy Belhumeur, conservatrice du Musée du ski des Laurentides.

Il est, sans contredit, le plus connu des traceurs de sentiers. Né en Norvège en 1875, Herman Smith-Johannsen habitera à Berlin, Cleveland, La Havane, Lake Placid et Montréal, avant de s’installer à Piedmont après le krach boursier de 1929. Durant cette première vie, il est ingénieur, vend et travaille sur de la grosse machinerie, et participe à la construction de chemins de fer en Ontario. Selon la légende, ce serait là qu’il aurait reçu son surnom, Jackrabbit, le lièvre, d’Amérindiens le voyant filer à toute vitesse sur ses skis.

Une fois installé dans les Laurentides, il fait de sa passion pour le ski son métier. De 1932 à 1935, il relie des sentiers existants entre eux et trace la Maple Leaf, qui relie Shawbridge (aujourd’hui Prévost) à Labelle sur quelques 120 km. Il tracera aussi la Western et la Johannsen, qui porte son nom.

Il est engagé par la compagnie de chemin de fer et l’association des hôtels des Laurentides, pour créer un réseau permettant de skier de village en village, d’auberge en auberge, et d’accéder au chemin de fer. Il pouvait disparaître plusieurs jours dans la forêt, avec son sac à dos, ses skis de randonnée, son chien et sa carabine (pour se défendre contre la faune).

Jusqu’à l’âge de 104 ans, on pouvait encore le voir se promener en ski, tous les jours, dans les villages de Saint-Sauveur et de Piedmont. Il décèdera en 1987, à l’âge vénérable de 111 ans, alors qu’il est le doyen masculin de l’humanité.

En 1929, les frères Tom et Gault Gillespie tracent la piste qui porte leur nom, et qui relie Sainte-Marguerite à Sainte-Agathe, pour permettre à leur frère Alex de se rendre à l’école.

Alex deviendra champion provincial de ski de fond, et remportera la Taschereau junior, une course à Mont-Tremblant, puis deviendra le premier instructeur de ski de Val-David, à La Sapinière, en 1937.

Gault remportera aussi plusieurs championnats, dont 5 médailles d’or en 1936 dans diverses compétitions canadiennes. Il devait participer aux jeux olympiques de 1940… mais ceux-ci sont annulés à cause de la Seconde Guerre mondiale.

D’origine suisse, Paul D’Allmen habite Sainte-Anne-des-Lacs à partir de 1932. Il sillonnera les Laurentides pour en cartographier, à la main, les sentiers et en ouvrir d’autres. Blessé gravement aux jambes durant la Première Guerre mondiale, il se propulse avec ses bâtons et ses bras musclés par une passion pour le canot. On raconte qu’il s’amusait à introduire des erreurs dans ses cartes, pour identifier de possibles plagiaires.

En 1955, il passera le flambeau à Mike Loken, arrivé de Norvège. Ce dernier tracera aussi le sentier qui porte son nom, à Sainte-Anne-des-Lacs.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès