L'Europe pourrait restreindre les exportations des vaccins contre la COVID-19

·6 min read

OTTAWA — Justin Trudeau fait toujours confiance à l'approvisionnement de vaccins en provenance d'Europe, même si la Commission européenne a prévenu mardi qu'elle imposera un «mécanisme de transparence des exportations».

En conférence de presse à l'extérieur de sa résidence à Ottawa, mardi matin, le premier ministre s'est dit «très confiant» que le Canada recevra toutes les doses promises d'ici la fin du mois de mars. Et malgré la forte baisse des livraisons du vaccin de Pfizer-BioNTech ce mois-ci, il a déclaré que tous les Canadiens qui veulent se faire vacciner pourront le faire d'ici septembre.

«Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec l'Europe pour nous assurer que nous nous approvisionnons, que nous recevrons les vaccins pour lesquels nous avons conclu des ententes», a déclaré M. Trudeau. Il n’a pas expliqué la raison de cet élan de confiance — notamment s’il s’était entretenu avec des leaders européens à ce sujet.

Le premier ministre a par contre indiqué qu'il avait parlé avec le PDG de Pfizer, Albert Bourla, la semaine dernière, et avec le PDG de Moderna, Stéphane Bancel, mardi matin. Il aurait alors reçu des assurances des deux dirigeants au sujet de l'approvisionnement en vaccins du Canada.

Tout comme le Canada, l'Europe doit composer avec des délais dans les livraisons du vaccin Pfizer, au moment où l'entreprise ralentit sa production pour agrandir son usine en Belgique afin de fabriquer davantage de doses. Le Canada ne reçoit ainsi aucune livraison de Pfizer cette semaine et ne recevra qu'un quart de la livraison promise la semaine prochaine.

AstraZeneca, de son côté, a maintenant informé les producteurs européens que des problèmes de production limiteraient les livraisons initiales de son vaccin, que l'Europe devrait approuver plus tard cette semaine. Santé Canada examine aussi le vaccin d'AstraZeneca, mais ne prendra pas de décision tant que la société n'aura pas communiqué les résultats d'un vaste essai clinique aux États-Unis.

Contrôles à l'exportation

La colère en Europe, à la fois contre Pfizer et AstraZeneca, a conduit la Commission européenne, mardi, à menacer d'imposer des contrôles à l'exportation. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé sur Twitter, mardi, la mise en place d'un «mécanisme de transparence pour les exportations de vaccins», afin que l'Europe sache exactement combien de doses sont produites dans le plus grand bloc commercial du monde et où elles sont expédiées.

«L'Europe a investi des milliards pour aider à développer les tout premiers vaccins contre la COVID-19 dans le monde, afin de créer un bien commun véritablement mondial», a-t-elle déclaré. «Et maintenant, les entreprises doivent tenir leurs promesses.»

Car contrairement au Canada, l'Europe a investi plus de 4 milliards $ pour développer et produire certains des vaccins actuellement fabriqués, notamment ceux de Pfizer et d'AstraZeneca. Et l'Europe tient à ses doses. Or, les investissements du Canada dans le développement de vaccins sont allés principalement à des Canadiens.

«L'Europe est déterminée à contribuer à ce bien commun mondial, mais elle souhaite aussi faire des affaires», a déclaré Mme von der Leyen. Or, la totalité des doses de vaccin actuellement administrées au Canada, ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna, sont fabriquées en Europe, ce qui pourrait mettre en péril toutes les livraisons au Canada.

«Évidemment, ce serait extrêmement préoccupant, a admis M. Trudeau, mardi. On est en train de communiquer avec nos partenaires en Europe pour s'assurer que les contrats signés par le Canada soient respectés. Je comprends qu'il y a certaines préoccupations politiques par rapport à certains vaccins et certains pays. Pour l'instant, le Canada n'est pas compris dans ces préoccupations de l'Europe», a-t-il soutenu.

M. Trudeau a expliqué que l'Union européenne se penchait présentement sur les préoccupations spécifiques autour du vaccin AstraZeneca. Or, le Canada n'a pas conclu de contrat d'approvisionnement avec des manufacturiers d'AstraZeneca en Europe, a précisé le premier ministre.

Un problème partagé

Par ailleurs, les dirigeants européens font eux aussi l'objet de pressions car leurs efforts de vaccination sont inférieurs à ceux des États-Unis, du Royaume-Uni ou d'Israël. Au Canada, la réduction des livraisons a forcé la plupart des provinces à ralentir leurs programmes de vaccination, annulant dans de nombreux cas les rendez-vous pour la deuxième dose et ne prenant pas de nouveaux rendez-vous pour la première.

Plusieurs pays européens, ainsi que le Bahreïn, l'Arabie saoudite et le Mexique, ralentissent aussi leurs opérations de vaccination en raison de l'offre réduite. L'Italie menace de poursuivre Pfizer et AstraZeneca pour les retards.

Pfizer ne fabrique son vaccin qu'au Michigan et en Belgique. Or, l'usine du Michigan, à Kalamazoo, ne fournit des doses qu'aux États-Unis, tandis que le reste du monde s'approvisionne en Belgique.

Pfizer a promis de rétablir ses livraisons au Canada après le 15 février et de livrer plus de doses que ce qui avait été promis auparavant pour respecter son obligation contractuelle d'atteindre quatre millions de doses d'ici la fin mars. Le Canada est également censé recevoir deux millions de doses de Moderna avant la fin mars, puis 20 millions de doses totales des deux entreprises entre avril et juin.

Santé Canada examine aussi les demandes de certification de deux autres fabricants de vaccins, AstraZeneca et Johnson and Johnson, mais on ne sait toujours pas quand ces candidats seront approuvés. Le Canada a signé des contrats pour au moins 20 millions de doses d'AstraZeneca et 10 millions de doses de Johnson and Johnson si leur utilisation est approuvée ici, mais on ne sait pas quand.

Mais Johnson and Johnson a fourni des nouvelles plus positives, mardi, en affirmant qu'il publiera des données sur son vaccin la semaine prochaine. C'était là l'une des dernières choses dont Santé Canada avait besoin avant de pouvoir approuver ce candidat.

Les chefs de l'opposition à Ottawa poussent le premier ministre Justin Trudeau à demander l'aide du nouveau président américain Joe Biden, une option improbable étant donné la promesse du nouveau président américain de vacciner 100 millions d'Américains au cours des 100 premiers jours de son mandat.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a déclaré mardi matin que M. Trudeau devait faire pression sur M. Biden à ce sujet, faisant écho aux propos tenus lundi par le chef conservateur, Erin O'Toole.

Les députés devaient tenir mardi soir un débat d'urgence sur le programme canadien de vaccination.

Mia Rabson, La Presse Canadienne