Lier Oka et Mont-Tremblant par la nature

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La faune des Laurentides a un habitat de plus en plus fragmenté par les routes et l’étalement urbain. L’organisme Éco-corridors laurentiens entend changer les choses.

L’objectif de l’organisme est simple, mais difficile à réaliser : connecter le parc national d’Oka au parc national du Mont-Tremblant par des corridors verts. « On peut faire une analogie avec les routes, qui permettent de se déplacer d’un endroit à l’autre », explique Marie-Lyne Després-Einspenner, directrice générale d’Éco-corridors laurentiens.

Ces corridors sont en fait un réseau d’espaces naturels interconnectés pour permettre à la faune de se déplacer. « Ça permet aux animaux d’atteindre de nouveaux habitats, de se nourrir et de rencontrer des individus pour se reproduire. »

Dans les Laurentides, il y a 55 espèces végétales et 41 espèces fauniques qui sont en situation précaire. La plus grande menace à leur survie? « C’est vraiment le développement urbain. C’est la perte d’habitats », déplore Mme Després-Einspenner. Le déboisement, pour faire place à des développements immobiliers, prive bien des espèces de leur milieu de vie. Et celui-ci s’accélère ces dernières années dans la région.

Les changements climatiques sont un autre facteur important. « Le climat va se réchauffer. Les espèces vont migrer vers le nord, on estime, de 4 à 5 kilomètres par année. Le Québec a été identifié comme un refuge climatique majeur. Il y a plein d’espèces qui vont nous arriver des États-Unis. »

Il est donc important de permettre à ces espèces de circuler librement et sécuritairement sur le territoire. Sinon, elles risquent de se retrouver sur nos routes et d’être victimes d’une collision, peut-être avec votre véhicule. Mme Després-Einspenner donne l’exemple de l’autoroute 15, aux abords de laquelle on peut retrouver énormément de carcasses. En 2016, 5 600 collisions avec des chevreuils ont été rapportés au Québec.

Cependant, les données disponibles ne permettent pas de dresser un portrait détaillé des espèces et des lieux les plus touchés. Le ministère des Transports, par exemple, rapporte les carcasses mais pas l’espèce à laquelle elles appartiennent.

Depuis presque deux ans, l’organisme commence à collecter lui-même des données avec sa propre application : Stop Carcasses! Laurentides. Les cas rapportés sont encore limités, mais permettent déjà d’avoir une meilleure idée des espèces touchées.

Si l’intersection des éco-corridors et des routes est à proscrire, les sentiers, eux, pourraient faire partie de la solution. « L’idée derrière ça, quand on pérennise des sentiers, c’est que les gens vont vouloir de beaux paysages. Donc il faut également protéger la nature aux abords des sentiers. » En préservant la nature pour nous, humains, on la préserve aussi pour la faune qui y habite.

Sans compter que, lorsque nous sommes absents, les sentiers peuvent être utilisés par d’autres espèces, comme les loups, dont la survie est menacée. Leur survie est même vitale. « C’est une espèce importante pour la région. C’est un prédateur et il va réguler les cerfs, qui broutent la végétation », explique Mme Després-Einspenner. S’il y a trop de cerfs, ils empêchent la forêt de se régénérer. Cela peut avoir un impact sur la santé de nos forêts, comme on l’observe déjà ailleurs au Québec. « Le loup permet d’avoir des forêts plus saines. S’il disparaissait, ce serait catastrophique! »

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès