Manque d’information, manque de logements

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Il existe plusieurs facteurs qui freinent l’implantation des immeubles à logements dans les petits milieux, mais le manque d’information est peut-être le plus important. Pas facile d’avoir des statistiques fiables sur les logements à l’extérieur des grands centres.

La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) publie, tous les cinq ans, une enquête sur le taux d’inoccupation dans les régions rurales de plus de 2500 habitants. En dessous de ce seuil, il n’existe aucune statistique. Il est donc difficile pour les promoteurs de cibler des régions qui auraient un besoin criant de logements. Il revient donc souvent aux villages eux-mêmes de soulever la problématique et tenter d’attirer un promoteur.

« À moins de contacter la municipalité et de jaser avec eux, ce n’est pas facile de connaître le taux d’inoccupation, révèle Paul Cardinal, directeur du service économique de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ). Les institutions financières demandent les données. Il faut être capable de démontrer ça. Il y a plein de petites communautés qui passent sous le radar. »

Rentabilité difficile

Un immeuble coûte le même prix à construire à East-Angus, Montréal ou Baie-Comeau alors que les montants perçus par mois pour les logements différeront d’un endroit à l’autre. Il est donc plus difficile de faire de l’argent à l’extérieur des grands centres où les logements coûtent plus cher.

La faible croissance de la population peut également faire peur aux promoteurs.

« Si un promoteur pense à s’installer dans une communauté et qu’il y a eu une faible croissance de la population depuis 10, 15 ou 20 ans, ce n’est pas nécessairement prometteur, indique M. Cardinal. Sauf que ça peut changer. Il se demande aussi s’il a une bonne perspective de plus-value. Les milieux plus densément peuplés offrent une meilleure augmentation de valeur. »

Le petit nombre d’employeurs, qui souvent donnent du travail à la plupart des résidants du village, est aussi un risque pour les promoteurs.

« Si cette industrie-là va mal, il n’y aura plus de locataires. »

M. Carinal estime donc que les municipalités doivent faire leur bout de chemin pour attirer des projets locatifs.

« Que les municipalités soient prêtes à donner le terrain à moindre coût ou garantir un certain nombre de locataires, ça aiderait les promoteurs à atténuer le risque. »

Une forte demande

Constructions Morin est l’une des rares compagnies en Estrie à construire des appartements à l’extérieur de Sherbrooke. L’entreprise a des projets à Ascot-Corner, Weedon, East-Angus et Lac-Mégantic. La demande est forte selon le vice-président Pierre-Luc Morin.

« Souvent, les villes nous approchent, admet-il. Quand c’est rendu qu’elles ont des appels pour savoir s’il y a des logements disponibles, c’est peut-être parce qu’il y a une demande. À Lac-Mégantic, ça a passé dans L’Écho de Frontenac et on a déjà 17 noms pour 12 logements en seulement deux semaines. La demande est forte, sauf que les gens ne s’attendent pas à payer un loyer comme à Sherbrooke. Le coût de construction est le même et c’est pour ça qu’il n’y a pas beaucoup de constructions neuves à l’extérieur de Sherbrooke. »

Constructions Morin a d’ailleurs acheté deux terrains à Lac-Mégantic et prévoit ériger cinq nouveaux immeubles locatifs à Ascot Corner.

M. Morin estime que les subventions et les aides des municipalités sont primordiales à l’implantation de logements.

« Si les municipalités ou les MRC veulent attirer des entrepreneurs pour construire des immeubles, ils doivent compenser avec des congés de taxes ou des retours en argent, résume M. Morin. C’est le coût du terrain qui va faire la différence. »

Simon Roberge, Initiative de journalisme local, La Tribune