Mapi Mobwano: affermir les mines de fer du Québec

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C’est un choc thermique qui accueille Mapi Mobawo lors de son premier contact avec la mine de fer de Fermont. Après un vol entre Atlanta et Fermont, en passant par Montréal, M. Mobwano débarque en novembre dans la taïga québécoise habillé d’un simple veston. « J’avais complètement sous-estimé la température. Tout le monde me regardait comme un touriste perdu », avoue-t-il, candide.

Maintenant à la tête de 2400 employés à Fermont et Port-Cartier sur la Côte-Nord, Mapi Mobwano raconte avoir commencé au bas de l’échelle. Né en République démocratique du Congo, exilé et formé en génie des mines en Afrique du Sud, il y conduit des camions et opère des pelles « pendant un bon bout de temps ». [En Afrique du Sud], « j’étais dans les mines souterraines et mon premier travail, c’était de transporter les barres de support pour les travailleurs. C’est ce que j’ai fait pendant 6 mois, transporter des barres de support pour supporter les mines souterraines. Au début, je me disais que je n’ai pas besoin d’un diplôme d’université pour faire ça. Avec le temps, bien sûr, quand tu commences à progresser, tu comprends pourquoi tu dois faire le parcours. »

Son parcours l’amène ensuite à diriger les opérations de la plus grande mine à ciel ouvert d’Afrique du Sud. Puis, des chercheurs de tête le recrutent pour superviser les opérations de la mine à ciel ouvert de Fermont. Installé en juin 2019 au Québec, Mapi Mobwano obtient rapidement son premier mandat en tant que PDG d’ArcelorMittal Mines et Infrastructure Canada : il doit « améliorer la compétitivité » des installations vieilles de 40 ans. « Pour les travailleurs, ils vont voir sur le terrain de l’équipement plus fiable, détaille-t-il. On va investir. La disponibilité de nos équipements sera améliorée. » La possibilité de « charger deux camions en même temps » figure aussi dans ses cartons.

Pour se réinventer, l’équipe de Mapi Mobwano peut tirer profit d’un marché du fer avantageux. Selon divers indices boursiers, le prix du métal se négocie en ce moment autour de 130 $US la tonne, un sommet rarement atteint. Mais dans cette industrie cyclique, « quand ça monte, ça va certainement descendre », nuance-t-il, prudent. Son objectif comme gestionnaire consiste à assurer la rentabilité des mines québécoises avec un prix entre 60 $ et 70 $ la tonne.

« Nous produisons un fer de très bonne qualité. La question, c’est comment l’on pourra continuer à opérer pour les 30 prochaines années pour rester compétitif sur le marché mondial. » Mapi Mobwano espère ainsi « transformer l’organisation » pendant les quatre premières années. Ce n’est qu’ensuite qu’il prévoit mener des projets d’expansion, comme l’agrandissement de la mine de Fermont ou la création d’une seconde usine de transformation du fer à Port-Cartier.

Pour y arriver, il devra notamment piloter l’arrivée de l’automatisation des engins miniers. Sans échéanciers précis, il assure que « ce n’est pas une question de si on va le faire, mais de quand on va le faire ». Par exemple, l’arrivée de camions sans conducteur ou l’automatisation de la détection des bris d’équipement pourraient faire leur entrée dans nos mines. Le gestionnaire se fait rassurant. Les travailleurs ne devraient pas craindre pour leurs emplois. « On pense que ça va créer d’autres formes d’emplois. » Il laisse entendre que les talents québécois en intelligence artificielle pourraient être mis à contribuer, sans donner de détails. « Si on doit faire une expansion, ça doit être une expansion basée sur les nouvelles technologies », se contente-t-il de dire.

L’autre défi de Mapi Mobwano consiste à viser la carboneutralité pour 2050, une cible qu’Arcelor Mittal entrevoit pour toutes ses installations à travers le monde. Ainsi, pour « passer du mazout lourd au gaz naturel » dans l’usine de bouletage de Port-Cartier, le Congolais d’origine indique être en pourparlers avec l’entreprise Energir pour assurer « bientôt » une transition vers ce type de combustible moins polluant.

D’ici là, il espère passer le plus de temps possible entre son bureau de Longueuil et les installations nordiques d’ArcelorMittal. Être sur le terrain dans le Nord, « ça me donne de l’énergie », dit-il, souriant.

Jean-Louis Bordeleau, Initiative de journalisme local, Le Devoir