Menaces envers les élus: Un message nécessaire pour une année électorale hors norme

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Alors qu’une année électorale s’amorce, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) va de l’avant avec une nouvelle campagne d’information, une démarche dont l’objectif est de rappeler aux citoyens l’importance de garder le débat public courtois et, surtout, exempt de menaces ou de toute forme de violence verbale, écrite ou physique à l’endroit des élus.

Dans quelques mois, les citoyens des municipalités de toutes les régions du Québec seront de retour aux urnes pour réélire leurs représentants actuels ou en choisir de nouveaux. Cette fois cependant, les aspirants auront à adapter leur stratégie de communication à un contexte sanitaire atypique.

« Ça va être un peu différent », admet Suzanne Roy, mairesse de Sainte-Julie, présidente de l’UMQ et préfet de la MRC de Marguerite-D’Youville. « Je ne sais pas à quoi ça va ressembler cette fois. J’ai toujours dit que de faire du porte-à-porte, c'est un moment privilégié pour nous. Ça nous permet d’échanger face à face avec les électeurs, d’entendre leurs opinions. »

Les assemblées de cuisine étant loin d’être chose assurée pour cette prochaine campagne, les candidats devront à coup sûr miser sur une présence accrue sur les réseaux sociaux afin de faire connaître leur programme. Or, pour les politiciens des différents paliers gouvernementaux, les plateformes numériques ne sont pas toujours des zones exemptes de risques. En 2020, le nombre de signalements pour des cybermenaces à l’endroit des élus québécois a connu une hausse spectaculaire passant de 16 en 2019 à 262 en l’espace d’un an.

C’est en raison de ces récents débordements récurrents que tous les maires de la MRC de Marguerite-D'Youville ont donné unanimement leur plein appui à la campagne La démocratie dans le respect, par respect pour la démocratie, lancée par l’UMQ il y a quelques jours.

« Des élus ont choisi de démissionner après avoir été victimes d’intimidation ou avoir reçu des menaces, poursuit Mme Roy. C’est à ce moment qu’on a réalisé que ça dépassait les normes et qu’il fallait faire quelque chose. Certains sont obligés aujourd’hui d’avoir de la sécurité rapprochée. On l’a vu et ce n’est pas qu’au municipal. Malheureusement, ça touche tous les paliers gouvernementaux. »

Selon la mairesse, plusieurs facteurs expliquent la hausse alarmante de cas de menaces envers des élus, dont la présence accrue des citoyens sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie notamment, ainsi que la multiplication d’informations erronées sur le net qui nourrissent la méfiance envers la classe politique.

« C’est le Far West, nous dit cette dernière. Contrairement aux journalistes traditionnels qui sont liés par un code d’éthique, sur les réseaux sociaux, n’importe qui peut publier n’importe quoi, monter une vidéo de toutes pièces et ça devient difficile de distinguer le vrai du faux. Ça provoque des dérives. »

Et les raisons pour lesquelles les individus en viennent à faire preuve d’agressivité ne se limitent pas qu’à une poignée de sujets sensibles. « Quand je regarde ce qui se passe ailleurs au Québec, je vois de l'intimidation homophobe parce qu’un maire est gai. Je vois des menaces de mort venant d’un citoyen mécontent d’avoir reçu une contravention. Il y a aussi des attaques personnelles à propos de l’apparence d’une personne ou de sa façon de se coiffer. Quand quelqu’un écrit : "Je sais où tes enfants vont à l’école" ou "Je connais ton adresse", ce n’est pas direct, mais on comprend qu’il y a une menace sous-entendue. »

Rappelons que la Sûreté du Québec a pour sa part mis sur pied son Plan de lutte contre l’intimidation des élus (PLI-Élus) ayant pour objectif d’inciter les élus et gestionnaires municipaux à dénoncer les actes de violence et d’intimidation dont ils peuvent être victimes dans l’exercice de leurs fonctions.

Steve Martin, Initiative de journalisme local, La Relève