SÉMER : une enquête publique demandée

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Ancien maire de Saint-Paul-de-la-Croix, Simon Périard a écrit ce lundi au premier ministre François Legault pour lui demander de lancer une enquête publique sur la Société d’économie mixte d’énergie renouvelable de la région de Rivière-du-Loup (SÉMER), qui gère une usine de biométhanisation située à Cacouna. Celle-ci doit produire du gaz naturel à partir de matières résiduelles organiques, en l’occurrence le compost issu du bac brun des citoyens.

Cela fait des années que M. Périard dénonce le manque de transparence au sein de la SÉMER, entreprise détenue à 40% par la MRC de Rivière-du-Loup, 40 % par la Ville de Rivière-du-Loup et 20 % par l'entreprise privée Terix-Envirogaz. Il dit avoir questionné à de nombreuses reprises le conseil d’administration lorsqu’il était maire, mais sans obtenir de réponses. « Les différents paliers de gouvernement y ont investi plus de 30 millions de dollars, dont 11,5 millions du ministère de l’Environnment du Québec », écrit-il dans sa lettre, avant de s’adresser directement à M. Legault : « Je vous demande, monsieur le premier ministre, de déclencher une enquête publique sur la SÉMER, et aussi que le vérificateur général du Québec puisse y effectuer un audit ».

Depuis son ouverture en 2015, la SÉMER connait des difficultés et les déficits s’accumulent. On sait qu’il était de 5,2 millions de dollars en décembre 2017, et à raison de 100 000 $ supplémentaires par mois, il pourrait aujourd’hui se chiffrer à 8,2 millions $. Mais le conseil d’administration de l’entreprise, présidé par le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup Michel Lagacé, refuse de rendre publics les derniers états financiers, arguant qu’une telle divulgation représenterait un avantage pour les compétiteurs de la SÉMER.

En mars 2019, la SÉMER a décidé de changer ses plans initiaux et de délaisser la production de gaz naturel liquéfié pour se rediriger vers le gaz naturel compressé. Un contrata été signé avec Énergir, pour des revenus potentiels annuels de 2,5 millions $. Mais cette conversion a un coût, et la SÉMER attend toujours une subvention gouvernementale de 2,3 millions $ pour la réaliser.

Le député réprimandé?

La ministre responsable du Bas-Saint-Laurent, Marie-Ève Proulx, a récemment indiqué que « le dossier continue de cheminer ». De son côté, le député caquiste de Rivière-du-Loup-Témiscouata Denis Tardif a déclaré il y a un an souhaiter que les états financiers de la SÉMER soient rendus publics. « J’ai demandé aux intervenants du gouvernement de regarder le dossier et qu’il y ait des conditions clairement reliées à l’analyse » de la demande de subvention, disait-il en octobre 2019 à la station CIEL FM.

Lundi 2 novembre, dans une entrevue à la même radio, le député a sous-entendu qu’il avait reçu des réprimandes après avoir demandé davantage de transparence de la part de la SÉMER. « Est-ce que je me suis fait taper sur les doigts sur mes propos, c’est à moi à vivre avec les conséquences, mais je suis un homme qui ne doit rien à personne, donc je peux dire ce que j’ai à dire pour défendre l’intérêt de la population », a déclaré M. Tardif. Du même souffle, il a confirmé qu’une subvention de plus d’un million $ serait prochainement versée par le ministère de l’Environnement.

Selon Simon Périard, ces aveux sont « troublants »et confirment la nécessité d’une enquête publique. Dans sa lettre au premier ministre, l’ex-maire ajoute qu’il aimerait que Québec profite du versement de cette subvention pour nommer des administrateurs gouvernementaux au sein de la SÉMER, et soumette l’entreprise « à des obligations de transparence qui devront clairement être édictées par le gouvernement ».

Rémy Bourdillon, Initiative de journalisme local, Le Mouton Noir