Mesdames, il est temps de penser aux prochaines élections municipales

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À un an des élections municipales, la ministre des Affaires municipales Andrée Laforest et la ministre responsable de la Condition féminine Isabelle Charest lancent la campagne « Je me présente », afin d’encourager la population à se présenter en politique municipale. Dans un premier temps, c’est plus particulièrement aux femmes que les deux ministres s’adressent.

L’échelon municipal est en effet le parent pauvre de la parité hommes-femmes en politique : lors des dernières élections, en 2017, les femmes ne représentaient que 31,3% des candidatures totales. Dans ces conditions, difficile de faire des miracles : 18,9 % des municipalités du Québec seulement sont dirigées par des femmes. C’est un peu mieux au niveau des conseils municipaux, où 34,5 % des sièges sont occupés par des conseillères.

Ceci, alors que les femmes représentent 50,3 % de la population du Québec, et 54 % des personnes de 25 à 64 ans détenant un diplôme collégial ou universitaire. Elles représentent d’ailleurs 47 % des cadres de la fonction publique, et on retrouve 42 % de députées à l’Assemblée nationale, d’après des chiffres provenant du Conseil du statut de la femme. C’est dire le retard accumulé dans les municipalités…

D’après le document Pour une présence accrue des femmes en politique municipale qui accompagne la campagne menée par les deux ministres, il est nécessaire de faire tomber des préjugés afin de remédier à la sous-représentation des femmes dans les conseils municipaux. Par exemple, l’idée que « la parité va à l’encontre du mérite ». Les organisatrices de la campagne répondent que dans les faits, l’augmentation de candidatures féminines ne fait qu’offrir un choix plus important aux électeurs.

L’intérêt est là, mais l’accueil n’est pas toujours bon…

Mais le préjugé le plus important à déboulonner est celui selon lequel « les femmes sont moins intéressées par la politique ». En réalité, elles ne sont pas indifférentes mais « leurs actions sont jugées plus sévèrement que celles de leurs homologues masculins », ce qui peut constituer un frein à des candidatures potentielles. Par ailleurs, une grande part des tâches domestiques leur incombe encore. Un meilleur partage des responsabilités familiales à la maison pourrait donc permettre de faire naître des carrières politiques.

Mettre en place des « conseils municipaux inclusifs, qui accueillent les contributions de chacun », peut aussi renforcer l’intérêt des femmes pour la politique municipale, explique le document rédigé par le ministère des Affaires municipales, sans toutefois préciser la manière d’arriver à cette fin. Ces derniers temps, le recours systématique aux séances de travail à huis clos dans la plupart des municipalités a été dénoncé par certains (à commencer par la conseillère du Bic, Virginie Proulx) comme favorisant l’intimidation, puisque toutes les discussions se font derrière des portes closes.

Dans cet esprit, la mairesse de Sainte-Luce Maïté Blanchette Vézina déclarait en septembre au Mouton Noir que selon elle, organiser des débats en public permettrait de limiter les comportements répréhensibles qui s’observent parfois lors de réunions privées. Cela permettrait d’attirer davantage de femmes et de jeunes en politique municipale, car ceux-ci « n’ont pas envie d’aller dans un milieu de travail qui prône l’intimidation »,d’après elle.

Après les femmes, la campagne « Je me présente » visera les jeunes dans un deuxième temps, puis l’ensemble de la population d’ici septembre 2021.

Rémy Bourdillon, Initiative de journalisme local, Le Mouton Noir