Mike Loken : Le dernier traceur

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De Jack Rabbit aux frères Gillespie, nombreuses sont les légendes qui ont sillonné nos forêts laurentiennes pour y tracer leur premier réseau de sentiers. Mike Loken en est le dernier.

M. Loken nous accueille dans sa maison de Sainte-Anne-des-Lacs, qu’il a bâtie dans les années 1990 au bord d’un lac paisible, et où il habite seul, à 96 ans. Tous les jours encore, il parcourt la forêt qui abrite sa demeure. Il ne fait plus de ski depuis 6 ou 7 ans. « Avec ma hanche, c’est trop difficile de me relever si je tombe », confie-t-il. C’est plutôt ses pas qu’il enfonce dans la neige, aidé par ses deux pôles en bambou. À l’intérieur, il a aussi un vélo stationnaire, pour se garder en forme.

Il nous montre avec fierté sa collection de médailles, de plaques, de trophées et de prix, amassés tout au long de sa vie de skieur émérite, exposés aux côtés de drapeaux de sa Norvège natale. « Celle-ci, c’est pour le plus vieux skieur ayant participé à un marathon de ski », se souvient-il en nous montrant l’une d’elles.

https://youtu.be/Ds_X4FvHARs

D’hier à ici

L’histoire de M. Loken commence en Norvège, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. « En décembre 1944, je suis allé dans un camp, creux dans la forêt, où je devais couper du bois. Mais pour moi, c’était une farce. J’ai refusé de couper les arbres, donc ils m’ont envoyé dans un camp de réfugiés. »

Il décroche son premier emploi comme secrétaire-trésorier pour une compagnie de bois d’œuvre, quand son prédécesseur au poste, un Nazi, est renvoyé après la Capitulation allemande en mai 1945.

Plus tard, il trouve un emploi dans une compagnie d’exportation. Il espère que ce nouveau travail lui fera découvrir le monde, mais les conditions sont exécrables. « Un jour, je suis allé voir mon patron, et je lui ai dit : « Je m’en vais au Canada. » Il m’a répondu : « Je ferais la même chose! » », raconte M. Loken en riant. Il arrive à Montréal en 1953.

En 1958, il achète un chalet à Sainte-Anne-des-Lacs, près d’où il habite encore aujourd’hui : un endroit pour échapper à la ville et retrouver la forêt, les fins de semaine.

C’est alors qu’il commence le sentier d’environ 15 km qui porte son nom. « Je voulais tracer un sentier qui se pratiquait autant l’été que l’hiver, donc qui ne traversait pas de lacs. » Il tracera le sentier lui-même, seul, avec pour seule aide des cisailles, une scie à main et une hache. « Après le verglas (en 1998), j’ai commencé à utiliser une tronçonneuse! » Il entretiendra le sentier jusqu’en 2010 au moins, alors qu’il a 86 ans.

Alors qu’il fait partie du Viking Ski Club de Morin-Heights, on lui demande si on peut utiliser sa piste pour des évènements et l’ajouter à la carte de ski des Laurentides. « J’ai dit oui. Quand j’ai vu la carte, la piste s’appelait « Loken » », raconte le skieur, amusé.

Depuis, la Loken fait partie des sentiers patrimoniaux des Laurentides. Mais comme les autres, sa pérennité est menacée par le développement urbain. Aujourd’hui, le sentier traverse plusieurs propriétés privées, mais une partie n’est plus entretenue, depuis qu’un propriétaire refuse l’accès aux randonneurs.

Les sentiers patrimoniaux des Laurentides menacent de disparaître. Faute de randonneurs, certains ont été abandonnés. Ceux qui restent sont, pour la plupart, morcelés par le développement urbain des dernières décennies. Si un tronçon passe sur un terrain privé, le propriétaire peut en bloquer l’accès.

Plusieurs organismes des Laurentides travaillent à pérenniser ce qu’il reste de ces sentiers, en négociant avec les propriétaires et en reconnectant les sentiers entre eux.

Mais la meilleure manière de garder vivants les sentiers patrimoniaux comme la Loken, c’est de les utiliser! Rendez-vous sur le site Plein air Pays-d’en-Haut, pleinairpdh.com, pour voir quels sentiers sont accessibles près de chez vous. En randonnée, restez toujours sur le sentier et soyez respectueux, afin de ne pas déranger les propriétaires. L’accès est un privilège, non un droit.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès