Monkey Spaces : Apprivoiser la différence

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Les portes de Monkey Spaces à Sainte-Sophie s’ouvrent – littéralement – sur un site enchanteur et paisible, dont le chemin enneigé menant au stationnement est traversé momentanément par quelques chevaux et alpagas. Cette arrivée pour le moins surprenante nous donne l’impression d’entrer dans un tout nouveau monde.

Nancy Trudeau est la propriétaire et fondatrice de cet organisme à but non lucratif, ouvert dans sa globalité depuis le mois de mai. Elle est accompagnée notamment de Coco, chargée de projet, Éric, en charge de l’entretien, des réparations ou du soin aux animaux, et de Mélanie, assistante responsable des petits animaux et des autres bénévoles. C’est cette dernière qui nous accueille chaleureusement sur le site qu’elle nous fait visiter avec un enthousiasme contagieux.

L’organisation remplit une double mission : le site abrite des animaux, petits et grands – chats, chiens, cochons, poules, chevaux, alpagas, etc. – qui n’étaient plus souhaités ailleurs, ou risquaient même l’abattoir. Non seulement on les sauve, mais leur présence permet aussi de pratiquer la zoothérapie auprès de personnes aux défis particuliers, comme celles vivant avec un trouble du spectre de l’autisme.

Il y a plus de 20 ans, Nancy Trudeau achetait ce terrain de 75 acres. Elle y a pratiqué quelque temps la zoothérapie. Par la suite, la vie l’a menée jusqu’au Costa Rica où elle passait normalement la moitié de l’année. Elle y a fait des acquisitions dans le but de développer un projet communautaire. « J’ai fait une serre et je donne les légumes et les fruits à l’orphelinat et à la maison pour personnes âgées », souligne-t-elle. Elle comptait aussi faire construire un sanctuaire pour les singes. La pandémie a toute-fois freiné ses plans au Costa Rica, mais accéléré et concrétisé son projet à Sainte-Sophie.

S’adapter aux besoins

Le concept de Monkey Spaces est simple et flexible. Les familles profitent d’une période de deux à trois heures sur le site, où plusieurs options s’offrent à eux : brosser et nourrir les animaux, marcher en forêt, faire de la raquette ou glisser en hiver, faire du kayak ou se baigner en été. Il y a même un espace pour prendre un café et une grande salle vitrée propice à la détente et au yoga. On y retrouve aussi des instruments de musique et des livres.

Le circuit peut varier d’une famille à l’autre, selon leurs besoins et leurs désirs. Mélanie Dumoulin indique que cette approche fait rupture avec leur vie quotidienne, où les enfants sont souvent restreints et dictés dans ce qu’ils doivent faire. « C’est un centre de plein air pour la différence. Toutes les personnes à défis particuliers peuvent venir ici, se ressourcer ou prendre une pause. Toutes ces familles-là sont essoufflées. Et en plus, avec la COVID-19, leur routine a été bousculée », ajoute-t-elle.

D’ailleurs, la demande est significative depuis le mois de mai. La bénévole précise qu’au total, le site a accueilli une centaine de familles différentes. Chaque semaine, une vingtaine y mettent les pieds. Certaines familles reviennent régulièrement.

Nancy Trudeau a toujours eu une grande passion pour les animaux. Elle a même possédé un singe pendant trois ans, d’où le nom de son organisation. La propriétaire compte concentrer les vingt prochaines années à développer ses différents projets, répondre à la demande et aider le plus de familles possibles.

Il y a d’ailleurs beaucoup d’ambition pour bonifier l’offre de Monkey Spaces. Mélanie indique par exemple la possibilité d’installer des volières pour y mettre des perroquets ou de construire un arbre en arbre pour la saison estivale. L’équipe souhaite aussi diversifier sa clientèle : ils veulent accueillir de plus en plus de personnes âgées ou encore de gens aux prises avec des problèmes de santé mentale, comme la dépression. Des démarches ont même été entreprises auprès de la DPJ pour accueillir des enfants. Bref, ce ne sont pas les projets qui manquent, et surtout pas la passion.

Ève Ménard, Initiative de journalisme local, Journal Accès