Né pour être vivant : Un roman de l’insouciance par Yann Fortier

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Disco, clichés, ère pré-numérique, insouciance, célébrité, évasion : avec son deuxième roman, Yann Fortier veut nous « sortir de l’environnement et du temps ».

Vous connaissez Patrick Hernandez? Son plus grand (et seul) succès est Born to Be Alive, un hit disco planétaire, qui a rendu l’artiste français riche jusqu’à la fin de ses jours. « Lui, il a gagné à la loterie! J’ai pris ça comme prétexte pour lui inventer une vie au complet. » L’auteur utilise cet alter ego fictif, Antoine Ferrandez, pour explorer la célébrité instantanée et décortiquer les processus de création artistique, avec humour et désinvolture.

Yann présente d’abord son dernier ouvrage comme un « roman de l’insouciance », pensé, noté et révisé à Gore, près de Morin-Heights, où l’auteur passe la majorité de son temps. « Je trouve que c’est un bon livre pour la pandémie. Alors que tu ne peux pas voyager, l’action se déroule dans plein de places où tu ne peux pas aller, comme des hôtels internationaux, des restos, des aéroports, des clubs privés… » De Paris aux Îles de la Madeleine en passant par Istanbul, le roman fait voyager.

L’histoire est ancrée dans l’ère du disco, musique insouciante qui anime une époque « très intense » géopolitiquement, bien plus que maintenant, selon l’auteur. C’est aussi un récit pré-numérique. « Je n’aime pas ça écrire « téléphone cellulaire ». On est déjà tellement pris là-dedans. »

Tenez-vous le pour dit : ce roman déborde de clichés. Et l’auteur l’assume pleinement. Il y trouve même beaucoup de plaisir.

« On dévalorise le « cliché », qui est plein de pouvoir, plein de potentiel, plein de vie. C’est quelque chose qui relève d’un esprit de communauté, l’aboutissement de plein de pensées individuelles dans une pensée et une action communautaire. C’est le noyau autour duquel tout le monde peut se reconnaître. »

Au lieu de les éviter ou de les contourner, l’auteur les embrasse, ces clichés. Il joue et jongle avec eux, en faisant un clin d’œil complice au lecteur.

En lisant Né pour être vivant, on sent aussi tout l’amour qu’a l’auteur pour l’écriture, la musique et toutes les autres formes d’expression artistique. « J’adore écrire. J’aime… être en train d’écrire. » On le note à l’abondance d’allitérations, d’assonances et d’énumérations qui alimentent le récit.

Yann admet que la musique occupe également une place importante dans son œuvre et ses réflexions. « Quand j’écris, j’écoute de la musique. » Il préfère la musique planante, sans paroles, des années 80, comme Philip Glass, Kraftwerk et Tangerine Dream. « J’ai remarqué que le disco est le dernier courant de musique fait par et pour les baby-boomers. » Une liste des artistes écoutés durant la rédaction se trouve même en postface du livre, sans compter les 1001 clins d’œil éparpillés à travers le récit.

Tout au long du roman, l’auteur aime mêler le vrai et le faux, jusqu’à faire douter le lecteur. Qu’est-ce qui est une référence à la réalité, et qu’est-ce qui est de la pure fiction?

« Il y a un effet de poupées russes. Ce passage a peut-être l’air moins crédible, mais là je vais citer une étude, et je vais ouvrir des guillemets et citer un professeur. »

Yann nous entraîne ainsi dans plusieurs de ses « joyeux délires », alors que ce qu’on croyait réel devient de plus en plus absurde.

Comme le succès d’Antoine Ferrandez, devenu star planétaire malgré lui, presque par hasard. Ou celui, bien réel, de Patrick Hernandez. « Ça nous arrive tous, à un moment donné dans notre vie, de ne pas comprendre. Pourquoi tel artiste pogne plus qu’un autre? Ou tu découvres un band obscur et tu te dis : « C’est le meilleur band sur la Terre! Comment ça se fait qu’ils ne sont pas plus connus? » »

Et à travers toutes ses péripéties, Antoine Ferrandez semble, lui non plus, ne pas comprendre.

Simon Cordeau, Initiative de journalisme local, Journal Accès