Neutralité carbone : que retenir du nouveau rapport de l’AIE ?

·5 min read

Alors que les États sont de plus en plus nombreux à annoncer leurs objectifs de neutralité carbone, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient de dévoiler les trajectoires qui permettraient d’atteindre, ou non, cet objectif au niveau mondial, d’ici 2050.

Quels sont les principaux enseignements de ces nouvelles prévisions réalisées à la demande de la présidence de la COP26, qui se tiendra en novembre 2021 à Glasgow ?

La « neutralité carbone », pour réduire et absorber les émissions de GES

La lutte contre le réchauffement climatique repose sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre GES (CO2 en tête) via une baisse massive de la consommation des énergies carbonées (charbon, pétrole et gaz) ; elle repose aussi sur le développement des puits de carbone, avec l’augmentation des capacités de stockage des forêts et des sols, ainsi que sur le déploiement de technologies de captage et stockage du CO2.

La combinaison de ces deux actions doit permettre d’atteindre le « zéro émission nette » (la neutralité carbone), en ramenant les émissions de GES engendrées par l’activité humaine au niveau auquel elles sont « retirées » de l’atmosphère et absorbées par les puits.

Ces activités deviendraient alors « climatiquement neutres », permettant une stabilisation des températures au niveau mondial, comme le préconise le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

<span class="caption">La centrale solaire de Plopsa Coo, en Belgique. Développer la production d’énergie renouvelable et préserver les puits de carbone naturels, comme les forêts, aide à décarboner les activités humaines.</span> <span class="attribution"><a class="link rapid-noclick-resp" href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Plopsa_Coo#/media/Fichier:Coo_(Stavelot)_-_Plopsa_Coo,_centrale_solaire_(01).JPG" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:Wikimedia">Wikimedia</a>, <a class="link rapid-noclick-resp" href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/" rel="nofollow noopener" target="_blank" data-ylk="slk:CC BY-NC-SA">CC BY-NC-SA</a></span>
La centrale solaire de Plopsa Coo, en Belgique. Développer la production d’énergie renouvelable et préserver les puits de carbone naturels, comme les forêts, aide à décarboner les activités humaines. Wikimedia, CC BY-NC-SA

Plusieurs futurs énergétiques possibles

Avec sa nouvelle publication du World Energy Outlook « Atteindre le zéro émission nette d’ici 2050 », l’AIE décrit les trajectoires possibles des émissions de CO2 jusqu’en 2050, selon trois scénarios.

  • Le scénario le moins intense en termes d’effort de réduction correspond au scénario tendanciel (« laisser faire ») : il traduit la trajectoire des émissions si l’action politique reste figée au niveau actuel. L’objectif de cette projection étant de montrer quel serait l’impact futur du manque d’ambition climatique.

  • Le scénario intermédiaire (« développement durable »), décrit les projections d’émission de CO2 si les États mettent en application les politiques nécessaires pour atteindre leurs objectifs. Ce scénario présente une trajectoire compatible avec les seuils de températures fixés par l’Accord de Paris – soit une hausse maximale des températures moyennes mondiales limitée à + 2 °C.

  • Enfin, un nouveau scénario apparaît dans le rapport annuel de l’AIE : le « zéro émission nette », le plus audacieux pour le système énergétique global.

Le scénario ZEN, zéro émission nette

Ce nouveau scénario dessine le chemin à suivre d’ici 2050 pour atteindre la neutralité carbone nécessaire, toujours selon le cadre fixé par le GIEC, afin de limiter le changement climatique à 1,5 °C.

Alors que le scénario tendanciel n’aurait aucun effet sur l’évolution des émissions de CO2 en 2030, le scénario « zéro émission nette » indique un potentiel de réduction de 45 %. À l’horizon 2050, selon les modèles de prévision de l’AIE, ce scénario permettrait d’atteindre la neutralité carbone.

L’exercice prospectif du scénario « zéro émission nette » d’ici 2050 identifie la feuille de route suivante pour le secteur de l’énergie.

Du côté de la demande en énergie

Une baisse significative de la demande d’énergie (-8 % par rapport à aujourd’hui), malgré une population qui continue de croître.

Cette baisse est obtenue en jouant sur la consommation, grâce à la sobriété, résultat de changements de comportements en particulier dans le secteur du transport (par exemple, bannir les vols de moins d’une heure, privilégier le vélo pour de courtes distances plutôt que la voiture, ou réduire de 7 km/h la vitesse du trafic routier) ; grâce aussi à l’efficacité énergétique qui devrait partout portée à son maximum.

Du côté de l’offre en énergie

En ce qui concerne l’offre énergétique, le scénario suppose une électrification massive des systèmes : la demande d’électricité aura doublé d’ici 2050 et serait produite à 90 % à partir de renouvelables (avec une dominante pour le solaire), et à 10 % à partir du nucléaire qui verrait sa production et sa capacité mondiales doubler.

De nouvelles technologies et usages seront nécessaires et se déploieront grâce à un effort massif d’innovation : la demande pour le vecteur énergétique hydrogène serait multipliée par six et jouerait un rôle complémentaire à l’électricité.

L’arrêt de tout nouveau projet dans les fossiles

Au niveau des équipements et usages, l’AIE prévoit notamment que 60 % des véhicules devront être électriques d’ici 2030 et 50 % des camions d’ici 2035.

Les ventes de chaudières au fioul devraient être interdites dès 2025 et 50 % des bâtiments existants auront été rénovés de façon efficace en 2040.

L’une des conclusions les plus remarquées de ce dernier rapport de l’AIE est la suivante : en conséquence directe des trajectoires énergétiques impliquées par le scénario « zéro émission nette », les États et les entreprises doivent immédiatement cesser de procéder au développement de nouveaux gisements d’énergies fossiles et, au contraire, se reporter massivement sur les énergies bas carbone, pour un niveau de 4 100 milliards d’euros par an… soit plus du double de l’actuel !

Une base pour les négociations à venir

Même si l’exercice prospectif réalisé par l’AIE reste marqué de fortes incertitudes, il a le mérite de mettre en évidence deux points essentiel : d’abord l’écart entre les intentions et les actions mises en œuvre par les États ; et aussi la voie à suivre pour « sauver le climat ».

Cette proposition pourra ainsi servir de base aux négociations préparatoires de la prochaine COP26 en Écosse.

Le défi climatique et les challenges associés sont immenses ; seule une coopération internationale permettant des changements radicaux pourra permettre de relever un tel défi. Mais la feuille de route existe désormais pour cette ambition.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

Lire la suite: