Nouveau régime forestier : du bon et du moins bon

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VAL-D’OR- Si elle a été somme toute bien accueillie par l’industrie, la réforme du régime forestier présentée il y a quelques jours par le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a ses limites. Qualifiée de «cosmétique» par le Parti québécois, elle est, pour des organismes comme l’Association forestière de l’Abitibi-Témiscamingue et l’Union des municipalités du Québec, «un pas dans la bonne direction.»

Le nouveau régime prévoit notamment plus de prévisibilité. «Ce sont les forestières qui doivent planifier l’établissement de chemins forestiers, souligne le responsable de l’approvisionnement chez Norbord, Alain Shink. Le fait de savoir plus longtemps d’avance quels territoires de coupe nous sont alloués nous permet un meilleur accès à nos territoires de coupe.»

L’industrie forestière est en mutation depuis une dizaine d’années. Auparavant régie par les contrats d’acquisition et d’aménagement forestier (CAAF), aujourd’hui, 25% des contrats attribués le sont via le Bureau de mise en marché du bois (BMMB), qui a mis en place un processus d’enchères pour les territoires de coupe.

«On sort d’une réforme, explique la directrice générale de l’Association forestière de l’Abitibi-Témiscamingue, Isabelle Boulianne. Réformer en profondeur le régime forestier aurait été complexe. Aujourd’hui, le ministère l’a adapté pour le rendre meilleur. C’est un pas dans la bonne direction.»

Un bon départ, dit le CIFQ

Même son de cloche au Conseil de l’industrie forestière du Québec, qui parle d’un «bon départ». Mais selon le PDG, Jean-François Samray, le gouvernement doit faire plus.

«Dès jeudi, le gouvernement fera le point sur la situation économique et financière du Québec et devrait présenter sa stratégie de production du bois dans quelques semaines, dit-il. Voilà déjà deux occasions supplémentaires de passer de la parole aux actes de manière encore plus concrète pour procéder à des changements encore plus ambitieux, maintenant.»

Du côté de l’UMQ, le président du Comité sur la forêt, le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, voit aussi du progrès. «Les intentions du MFFP sont un pas dans la bonne direction et expriment une réelle ouverture pour rendre le régime plus efficace, affirme M. Corbeil. Maintenant, il faut établir les cibles et les échéanciers. Il faut travailler étroitement avec le ministère pour mettre en œuvre rapidement les différentes mesures.»

Sur le terrain

Concrètement, Alain Shink, qui est aussi président de l’Association forestière de l’Abitibi-Témiscamingue, s’inquiète de la mise en œuvre de la réforme. «On veut rendre le tout plus efficace, mais dans les faits, est-ce que les effectifs du ministère vont suffire à la tâche? J’ai de gros bémols quant à la mise en place du nouveau régime, d’autant plus qu’à la table régionale, tout le monde ne rame pas dans le même sens. En plus de l’industrie, il y a maintenant les trappeurs, les écologistes et le secteur récréatif, tous des gens avec des intérêts contraires aux nôtres.»

M. Shink se dit tout de même prêt à faire partie de la solution. «On s’est complexifié la tâche, dit-il. Auparavant, on s’occupait aussi de la planification et de l’aménagement de la forêt, mais aujourd’hui, on nous réduit au titre de récolteurs et transformateurs. Nous allons tout de même supporter le ministère dans sa planification.»

Finalement, la critique de l’opposition en matière de Forêts, Faune et Parcs, Francine Charbonneau, déplore le manque de substance de la réforme. «François Legault a promis de régler les problèmes du régime forestier, mais la réalité c'est qu'il pellete le problème en avant, déclare-t-elle. Pour le milieu, il n'y a pas de gain de prévisibilité, pas de gain d'efficacité ni de gain d'efficience. On annonçait l'éléphant, on obtient la souris.»

Michel Ducas, Initiative de journalisme local, La Presse Canadienne