Paber: l’aluminium dans tous ses états

Myriam Boulianne, Initiative de journalisme local
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Geneviève et Bryan Paris, respectivement directrice générale et vice-président aux ventes, sont aux commandes de la fonderie d’aluminium depuis 2015. Ils ont pris la relève de leurs parents, Luc Paris et Diane Collin, qui ont fondé l’entreprise en 1981. Mais la transition ne s’est pas faite du jour au lendemain. Déjà au début des années 2000, la fratrie se frayait un chemin au sein de l’entreprise. «Le processus de relève a duré une quinzaine d’années», précise le cadet.

L’entreprise se spécialise dans le moulage d’aluminium pour produire des pièces destinées aux secteurs médical, de la défense, des transports et de l’énergie. Avec un chiffre d’affaires annuel qui tourne autour de 20 millions de dollars, Paber compte parmi ses clients des sociétés comme Siemens, Alstom et Philips.

À l’annonce du confinement, vers la mi-mars, Geneviève a immédiatement entrepris les démarches pour que les opérations de Paber Aluminium soient reconnues comme service essentiel. Quelques formulaires à remplir et un téléphone plus tard, elle obtenait l’autorisation.

Paber est demeuré opérationnel, mais la réalité a été tout autre chez certains de leurs clients. Plusieurs ont cessé leurs activités temporairement, tandis que d’autres ont annoncé une reprise seulement en 2021.

Même le domaine médical, qui représente 42 % du chiffre d’affaires de l’entreprise, a dû retarder ses commandes. Les pièces moulées par Paber composent des équipements nécessaires aux examens de mammographie, de radiologie et d’imagerie par résonance magnétique. «Tous ces types d’examens ont été mis sur pause. Et les budgets des hôpitaux ont été réorientés pour acheter des respirateurs, masques et blouses», constate Geneviève.

Résultat : les dates de livraison ont été repoussées.

La production chez Paber s’est pourtant poursuivie, même accélérée.

Les gestionnaires de l’entreprise ont profité de ce ralentissement pour prendre de l’avance et prioriser la production de certaines pièces. «Ainsi, on va être en mesure de faire face au manque d’employés quand tout reviendra à la normale. Car on est toujours en pénurie de main-d’œuvre», souligne la directrice générale, précisant que 15 emplois sont présentement à combler.

Pénurie de main-d’œuvre

Dans les années 80, Luc Paris fondait Paber Aluminium afin de créer des emplois dans la région. Dorénavant, ses deux enfants, Geneviève et Bryan, continuent dans la même lignée. Pénurie de main-d’œuvre ou pas, il n’est pas question de délocaliser leurs trois usines (deux sont situées à Cap-Saint-Ignace et une à Vaudreuil-Dorion). «Pour nous, c’est clair que les opérations de Paber vont toujours demeurer principalement à Cap-Saint-Ignace», assure l’aînée.

Mais la rareté de main-d’œuvre qui sévit dans la région demeure toutefois un obstacle pour la fratrie. Plus de 250 emplois sont présentement à combler dans Montmagny-L’Islet.

Marie-Ève Proulx, députée de Côte-du-Sud, ministre déléguée au Développement économique régional et ministre responsable de la région Chaudière-Appalaches, prône l’automatisation de certaines tâches pour résoudre le problème. «Puisqu’il y a beaucoup d’entreprises manufacturières dans Montmagny-L’Islet, cela permettrait de dégager une partie de la main-d’œuvre pour des postes qui ne se comblent pas.»

Mais même si Paber et d’autres compagnies de la région ont investi dans l’automatisation et la robotisation de certaines tâches, rien n’est gagné. Car Chaudière-Appalaches demeure la région administrative où le taux de postes vacants est le plus élevé et où la croissance économique est en deçà de la moyenne provinciale.

Internationalisation de la main-d’œuvre

Paber n’a pas lésiné sur les moyens de recrutement au courant des dernières années. La compagnie a pris part à plusieurs activités dans le but d’attirer les immigrants à s’établir et travailler en région. Elle ciblait d’abord les immigrants résidant à Montréal, mais peu d’entre eux ont démontré le désir de venir s’installer à Montmagny. Et plusieurs n’avaient pas le profil recherché. «Il faut être patient. C’est un travail dont les effets se verront à moyen et long terme», remarque Geneviève.

Sur les 75 employés travaillant à l’usine principale de Cap-Saint-Ignace, cinq seulement sont issus de l’immigration.

La ministre se dit d’ailleurs «sceptique» quant à ces campagnes d’attraction. «Ça prend une politique publique forte qui s’assure que l’immigration soit répartie sur le territoire. On a injecté beaucoup d’argent pour accélérer le processus d’immigration et favoriser l’accueil et l’intégration dans l’objectif que ces gens restent en région.»

Mme Proulx préconise plutôt les missions de recrutement à l’étranger et espère «accélérer» ce type de mission au courant des prochaines années. «Les entreprises cherchent des personnes en fonction de leurs besoins. Ces personnes acceptent de s’établir [au Québec] avec déjà un poste en main. Ça accélère le processus.»

En janvier, Paber a fait du recrutement en Colombie. Une mission qui a porté ses fruits : six personnes y ont été embauchées, dont cinq machinistes et un électromécanicien. Elles sont attendues pour décembre.

Si la main-d’œuvre chez Paber s’internationalise (lentement, mais sûrement), notons que l’entreprise a aussi évolué depuis que Geneviève et Bryan en ont pris les rênes. Au fur et à mesure, la qualité s’est améliorée, les créneaux se sont multipliés et les exportations ont bondi.

Désormais, 60 % du chiffre d’affaires de Paber est exporté aux États-Unis. Tandis que les exportations vers l’Amérique du Sud et le Vietnam se développent.

«Politique imprévisible»

Les récents litiges entre le Canada et les États-Unis sur l’aluminium ont laissé la fratrie sur le qui-vive. Puis le discours des candidats à la présidentielle américaine qui brandissent l’arme du protectionnisme n’a rien pour apaiser leurs inquiétudes. «C’est une politique tellement imprévisible qu’on suit ça de très près», lance Geneviève.

Cette semaine, le président américain Donald Trump levait officiellement les tarifs douaniers sur l’aluminium canadien. Il pourrait toutefois les réinstaurer pour des raisons de sécurité nationale si les exportations d’aluminium canadien augmentent d’ici la fin de l’année.

La production de Paber n’a pas (encore) été touchée, car le litige concerne l’aluminium non allié sous forme brute. Et leurs produits sont suffisamment transformés. Mais si ces mesures devaient prendre de l’ampleur, Mme Paris a déjà évalué l’opportunité d’ouvrir une petite usine aux États-Unis. Question d’être exempt des tarifs douaniers. «On n’a pas eu besoin d’aller jusque-là, mais c’était quelque chose que nous envisagions.»

Et si le protectionnisme devait prendre davantage de place dans le commerce international? Les inquiétudes de Geneviève sont mitigées. Le moulage d’aluminium de haute qualité par gravité requiert une expertise «très nichée» qui demeurera un attrait pour les clients, peu importe où ils se trouvent, croit-elle. Et Paber se démarque par rapport à la concurrence. «On s’est même fait dire par des clients américains qu’on était la meilleure fonderie en Amériqu

Myriam Boulianne, Initiative de journalisme local, Le Soleil