PANIER D’HIVER, RÉPIT D’ÉTÉ

·5 min read

Bury — Et si être maraîcher ne voulait pas nécessairement dire été effréné? Marilyn Ouellet et Frédéric Verville, les propriétaires de la Ferme du Coq à l’âne de Bury, avaient plutôt envie de renverser la tendance tout en comblant les besoins alimentaires d’une partie de l’année plus mal-aimée. La solution était là : se consacrer exclusivement aux paniers biologiques d’hiver.

L’an prochain, après la fin de sa période actuelle d’abonnements hivernaux, le couple ralentira pour une première fois la cadence au lieu de l’augmenter. « On cherchait un moyen de réduire notre temps de travail pendant l’été, explique Marilyn Ouellet. Ce sont de grosses journées, sept jours sur sept. On ne s’imaginait pas vraiment faire ça pendant 15 ans avec ce rythme-là. On voulait aussi pouvoir profiter de l’été, parce que l’hiver, on ne fait pas grand-chose comme sport ou activité. On s’est dit que c’était le moyen de pouvoir profiter de notre beau Québec et de ses paysages. »

Et ça marche? « On est complets! » se réjouit Mme Ouellet.

Et détrompés seront ceux qui croient qu’un panier d’hiver n’a que navets et pommes de terres à offrir. Les légumes « classiques » d’hiver, qui ont été cultivés l’été puis entreposés, sont bel et bien au rendez-vous, mais non sans accompagner une grande sélection de légumes et verdures cultivés en serre, comme du bok choy, du céleri, des épinards, du fenouil, de la roquette, du kale, du tatsoï, du persil, alouette.

Il s’agit d’une première pour de telles cultures hivernales pour le couple, qui a été lui-même étonné de la résistance de certaines verdures lorsqu’on conserve la température de la serre tout juste au-dessus du point de congélation.

Même qu’au passage de La Tribune, après que Bury ait vu passer une bordée de neige et des températures avoisinant les -10 degrés Celsius, le champ de la ferme arborait toujours fièrement un rang d’épinards bien verts.

Changer de marché

Pour leurs 130 abonnées de Sherbrooke, Bury et East Angus, les maraîchers veilleront ainsi à fournir toutes les deux semaines un approvisionnement de légumes locaux, de novembre à avril.

« On a réduit le nombre d’abonnés comme on est en transition, mais l’an prochain, on voudrait faire monter ça à 200 abonnés », affirme M. Verville.

Ceux qui ont acheté la ferme il y a 6 ans offraient généralement des paniers jusqu’au mois de décembre. C’est donc pour une toute première fois qu’il fournira jusqu’au printemps.

« Je pense que c’est un modèle très intéressant, commente Frédéric Verville, qui est aussi enseignant en agriculture biologique à l’INAB (Institut national d’agriculture biologique). Pour de nouvelles fermes qui se démarrent en panier, ça peut être plus difficile d’aller chercher une clientèle au début. En développant un modèle de panier d’hiver, on peut pratiquement doubler le potentiel de mise en marché. Pour notre part, on libère de la place sur le marché pendant l’été, et ça vient faire une saison complète pour les abonnés. »

« Et on va vraiment chercher d’autres clientèles, comme les gens qui ont des potagers l’été, mais qui ne produisent pas l’hiver », ajoute Mme Ouellet.

Place à prendre

Pour la maraîchère Caroline Poirier, présidente de la Coopérative pour l’agriculture de proximité écologique (CAPÉ), il y a certainement une place à place — et un marché à stimuler — dans le domaine des paniers d’hiver, d’autant plus que la demande pour les paniers biologiques a été particulièrement forte en 2020.

Elle-même en offre depuis 2009 à la Ferme Croque-Saisons, en plus de ses paniers biologiques estivaux. « Depuis ce moment-là, il n’y a pas beaucoup plus de fermes qui offrent des paniers d’hiver, estime-t-elle. À mon avis, ça vient du fait que peu de fermes ont des infrastructures d’entreposage importantes, mais peut-être même avant ça, je pense qu’il y a question d’avoir un moment moins occupé dans l’année pour faire les bilans de saison, la planification de la prochaine saison et redémarrer les semis. Bref, ce n’est pas évident dans une petite équipe de faire de la mise en marché sur une période plus étendue », dit celle qui dispose de deux entrepôts, conservés à des températures différentes, ainsi que de serres minimalement chauffées.

Alors pourquoi s’y consacre-t-elle tout de même ?

« On considère que c’est important de nourrir notre monde le plus longtemps possible, dit celle qui offre des paniers jusqu’en février, question de préparer sa saison estivale. Je pense qu’on ne peut pas non plus se permettre, comme ferme, d’avoir un discours où on dit aux gens de manger bio et local, mais où on arrête de les fournir à la fin octobre et on les force à trouver d’autres sources. On a une responsabilité quelque part. Je vois aussi ça comme une façon de réduire l’impact de notre alimentation sur l’environnement et sur les changements climatiques. De manger davantage en saison et de changer notre alimentation en fonction de la saison. Il y a toute une mission éducative de faire comprendre aux gens la disponibilité des aliments en lien avec la saisonnalité de notre agriculture et de notre climat nordique. »

Les paniers des abonnés de la Ferme Croque-Saisons, qui sont au nombre de 250, sont déposés toutes les deux semaines à des points de chute de Sherbrooke.

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune