Panorama des régions : l’Est en mauvaise posture

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L’Institut de la statistique du Québec vient de présenter l’édition 2020 de son Panorama des régions du Québec, qui permet de dresser un portrait très précis de la situation sociale et économique de la province, qui comptait 8 485 000 habitants au 1er juillet 2019. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les chiffres consignés dans ce rapport font très mal paraître le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie, dont la situation démographique est préoccupante.

En effet, si la population québécoise s’est accrue de près de 260 000 personnes entre 2016 et 2019, seules trois régions ont plutôt connu une diminution de leur population sur cette période. Derrière la Côte-Nord, qui a perdu en moyenne 7,3 habitants par tranche de 1000 chaque année, on retrouve la Gaspésie-Îles-de-la-Madeline (-1,5 pour 1000) et le Bas-Saint-Laurent (-0,8 pour mille). À part quelques zones « urbaines » (Rivière-du-Loup, Rimouski-Neigette, Côte-de-Gaspé) et les Îles-de-la-Madeleine, toutes les MRC ont perdu des résidents dans les trois dernières années. Il reste aujourd’hui un peu moins de 200 000 personnes au Bas-Saint-Laurent, et à peine plus de 90 000 pour ce qui est de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

Les optimistes diront que depuis, la situation a changé : la pandémie de covid-19 a généralisé le recours au télétravail, ce qui a incité bien des urbains (dont nombre de jeunes) à quitter les grandes villes pour s’installer à la campagne. Mais un coup d’œil aux pyramides des âges de nos régions permet de constater à quel point la situation sera dure à renverser : la Gaspésie, où 27,5% de la population a plus de 65 ans (contre 19% pour l’ensemble de la province), est la région la plus âgée du Québec, avec un âge moyen de 48,5 ans contre 42,4 pour l’ensemble de la province. Seuls 16,1% des Gaspésiens ont moins de 20 ans.

Deuxième région la plus âgée avec 46,6 ans en moyenne, le Bas-Saint-Laurent ne se porte pas beaucoup mieux : 18,4 % de la population y a moins de 20 ans (20,8% au Québec) et 25,9 % a plus de 65 ans.

Chômage élevé et faible niveau d’éducation

Entre 2009 et 2019, le nombre d’emplois a augmenté de 12,6 % au Québec, mais cela ne s’est pas vu dans l’Est : la hausse n’a été que de 0,2 % au Bas-Saint-Laurent, et la Gaspésie a perdu 3,5 % de ses emplois. En 2019, la péninsule gaspésienne avait le plus haut taux de chômage de la province, à 13% en Gaspésie. Il était de 5,5 % au Bas-Saint-Laurent, non loin de la moyenne nationale de 5,1 %. On note quand même une amélioration de la situation dans les deux régions, dont les taux de chômage respectifs étaient de 16,2 % et 9,2 % en 2009.

L’Est-du-Québec est aussi la zone du Québec où la population est la moins éduquée. La Gaspésie a le plus haut taux de population sans aucun diplôme (20 %) et le plus bas taux de population sans certificat, diplôme ou grade universitaire (16,4 %). De son côté, le Bas-Saint-Laurent se place troisième de ces deux classements peu enviables. Notons que les femmes sont nettement plus éduquées que les hommes : au Bas-Saint-Laurent, seules 14,4 % d’entre elles n’ont aucun diplôme (contre 22,1 % des hommes) et 21,3 % ont un certificat ou diplôme universitaire, soit presque deux fois plus que les hommes (11,5 %).

Retard économique

L’économie du Québec a connu une croissance de 5,1 % en 2018, mais la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine a été la seule à connaître une baisse de son PIB cette année-là (- 1,1 %).

Le revenu disponible par habitant (c’est-à-dire le revenu qui reste à la disposition des particuliers pour la consommation et l’épargne) est de 29 924 $ au Québec. Il est plus faible et progresse moins vite dans l’Est, le Bas-Saint-Laurent ayant le deuxième pire score provincial avec 27 105 $ (et même 24 771 $ dans la MRC de la Matapédia, troisième pire MRC du Québec). Mais le Bas-Saint-Laurent est tout de même une région égalitaire puisqu’elle compte assez peu de famille à faible revenu : 6,4 % contre, par exemple, de 16,3 % à Montréal.

Enfin, c’est en Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine que la valeur moyenne des résidences unifamiliales est la plus faible en 2020 (133 593 $). Le Bas-Saint-Laurent (158 049 $) arrive troisième, bien loin de la moyenne provinciale de 286 344 $. Alors que la valeur foncière moyenne de ce type de résidence a bondi de 4,1 % entre 2019 et 2020, les maisons ont perdu de la valeur au Bas-Saint-Laurent (-1,4 %) et en Gaspésie (-1 %). C’est en Haute-Gaspésie que les maisons coûtent le moins cher dans la région, 106 163 $ en moyenne. Elles valent quasiment le double dans la MRC de Rimouski-Neigette, soit 201 331 $.

Rémy Bourdillon, Initiative de journalisme local, Le Mouton Noir