Panser les plaies et éduquer

Boris Chassagne, Initiative de journalisme local
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Il faut d’abord savoir «reconnaitre le problème», explique-t-il. «Ça aurait aidé si le gouvernement en place ne s’était pas entêté sur le terme racisme systémique. Ça aurait aidé à enrayer cette problématique qui est très sournoise.» Le racisme envers les Premières Nations est «ancré dans l’imaginaire. Ça vient de plusieurs décennies de manœuvres politiques, de lois et législations qui ont défavorisé les Premières Nations. C’était le but, il fallait coloniser», explique Constant Awashish.

Les défis semblent titanesques tant les racines de la discrimination envers les Premières Nations semblent ancrées dans l’histoire. Les membres du CNA «sont encore bouleversés. Le rideau est levé, l’abcès est crevé», ajoute M. Awashish. Le temps de la guérison devrait suivre. Pour cela «il va falloir que les gouvernements travaillent très fort au niveau de l’éducation populaire» et impliquer tous les services publics.

Selon lui, il faudra faire de la formation en continu du personnel et travailler en étroite collaboration avec les nations concernées. Le territoire québécois est composé de 11 nations.

«Il est important de comprendre leurs particularités et d’augmenter leur représentation au sein des conseils d’administration des CIUSSS, du ministère de la Santé ou de l’Éducation. On a besoin de voir plus de Premières Nations à tous les niveaux». Le premier travail à faire est de reconnaitre la situation. «J’ai beaucoup confiance aux Québécois et aux Québécoises», dit-il.

La population est consciente qu’il y a de la discrimination et du racisme envers les autochtones dans le système public, estime M. Awashish.

«Il faut avoir une collaboration des autorités. Les gens sont troublés. Les Québécois sont prêts à participer au changement. On a reçu un appui incroyable. De voir à travers une vidéo toute cette souffrance. Les yeux sont rivés sur le gouvernement du Québec. C’est pas gagnant de s’entêter comme il le fait», ajoute M. Awashish.

Le principe de Joyce

Le CNA travaille en collaboration avec le Conseil Atikamekw de Manawan à l’élaboration du Principe de Joyce, qui se veut un plan de match, une cartographie des irritants et des comportements à corriger. Le Principe de Joyce nommé bien sûr à la mémoire de Joyce Echaquan «doit tracer les grandes lignes de ce qui doit maintenant être fait en matière de services rendus aux Premières Nations. Dans le respect, dans la dignité et dans la sécurité».

Le CNA invite tous ceux qui s’intéressent aux services de santé, les professionnels, les universitaires, et le public «à venir partager leurs expériences, commentaires et recommandations. Ces témoignages seront compilés afin d’élaborer le Principe de Joyce qui sera présenté au gouvernement Legault» de même qu’au fédéral. «Les grandes lignes sont déjà tirées. On parle de formations, d’interventions au niveau des ordres professionnels, de relations avec les gouvernements. Il s’agit d’arriver avec un genre de guide que les gouvernements devront suivre pour s’assurer que les Premières Nations reçoivent des soins dignes d’un pays comme le Canada», conclut le Grand chef et président du Conseil de la Nation Atikamekw (CNA), Constant Awashish.

Boris Chassagne, Initiative de journalisme local, La Voix du Sud