Pas facile de joindre l’élite mondiale

Myriam Arsenault, Initiative de journalisme local
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Comme plusieurs enfants, dès son plus jeune âge, Frédérick « Popotski » Desbiens chérissait le rêve de percer dans le monde des jeux vidéo. À 34 ans, l’homme de Jonquière est passé très proche, en se classant dans le top-100 mondial du jeu Rocket League. Il a accepté l’invitation du Progrès de discuter de la réalité des joueurs professionnels et des défis rencontrés sur son parcours.

M. Desbiens travaille aujourd’hui pour l’Agence de revenu du Canada. Passionné par les sports et la compétition, il a cumulé, dans sa jeunesse, différents intérêts, comme le hockey, le paintball, le baseball, mais aussi les jeux vidéo. « Les jeux vidéo sont pour moi un passe-temps, depuis que je mesure environ deux pieds. J’ai toujours baigné là-dedans. On avait un Nintendo à la maison et j’y jouais déjà avant que j’entre à la maternelle », note d’entrée de jeu M. Desbiens, en entretien téléphonique avec Le Progrès.

Son parcours En 2015, l’homme tombe par hasard sur le jeu Rocket League, qui venait de sortir. Il l’achète aussitôt pour lui et un ami. Le duo y prend rapidement goût.

Quelques mois plus tard, le Wonderlan de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), une compétition amicale de jeux vidéo, annonce une première compétition de Rocket League. M. Desbiens y tente sa chance et gagne facilement la compétition avec son équipe, parmi la vingtaine de trios présents. C’est la première victoire d’une longue série.

Son deuxième défi est le Lan de l’École de technologie supérieure (ÉTS), à Montréal. Il réussit à se faire commanditer, ce qui fait que toutes ses dépenses pour participer à la compétition sont payées. Il remporte également ce tournoi.

Plus rien ne l’arrête ensuite. Il s’attaque au premier DreamHack Canada, à Montréal, en 2016, l’un des «festivals digitaux» les plus importants au monde, avec deux nouveaux coéquipiers. Le commanditaire continue de les soutenir et le trio part de cette prestigieuse compétition avec les grands honneurs.

Prochaine étape: les qualifications de la Ligue professionnelle nord-américaine de Rocket League. Plus de 5000 équipes y participent. Tout se passe en ligne et les qualifications durent deux fins de semaine. Douze équipes sont choisies à la fin de l’événement. M. Desbiens et son équipe réussissent à passer au dernier tour, avant d’être éliminés.

Le Jonquiérois est persuadé qu’ils auraient pu aisément gagner leur vie en jouant à ce jeu. « On a fait la première fin de semaine et on l’a passée. On faisait donc partie des 64 meilleures équipes en Amérique du Nord cette année-là. Nous avons été éliminés une série avant de faire le top-12. L’équipe qui nous a battus a gagné cette année-là le tournoi nord-américain, donc ce n’était pas trop gênant », laisse-t-il tomber.

Depuis la sortie de Rocket League, l’homme estime avoir cumulé près de 3500 heures de jeu. Au meilleur de son classement, il a pointé au 84e rang mondial.

Ses défis C’est après cette défaite que l’homme de Jonquière décide d’arrêter de jouer intensément à ce jeu, sur lequel il s’était concentré pendant plus d’un an.

« Quand tu as 29-30 ans, que tu n’es plus étudiant, que tu travailles à temps plein, que tu as une conjointe qui a vraiment été gentille de te laisser vivre ce rêve d’enfant... Il a fallu que j’arrête. Je voyais que je n’allais pas nécessairement vivre de ça facilement. J’ai donc pris une pause », soutient-il.

Il entraîne ensuite une équipe, l’année suivante. Mais aujourd’hui, Frédérick Desbiens préfère jouer seulement pour le plaisir, avec des amis.

Celui que l’on surnomme «Popotski» avoue que le fait de vivre en région éloignée rend difficile le cheminement d’un joueur. « Au Saguenay, c’est pas mal difficile de percer. Mis à part si tu joues à League of Legends, tu ne verras pas de compétitions d’autres choses que ça. Le pool de joueurs n’est pas assez gros pour avoir des compétitions de calibre intéressant », mentionne-t-il.

Ses conseils M. Desbiens appuie à 100 % les programmes et concentrations e-sports qui voient de plus en plus le jour dans les écoles du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il est persuadé que cela peut aider les jeunes à percer. « Je suis sûr qu’il y a plein de jeunes au Saguenay qui ont du potentiel. J’en aurais sûrement eu aussi, mais il n’y avait personne pour m’encadrer. Ça prend des gens avec un peu plus de maturité pour aider les gens talentueux à focuser et à développer leur talent », commente-t-il.

Frédérick Desbiens applaudit en constatant que les programmes e-sports touchent également la forme physique et il réitère l’importance de prendre soin de soi, tant physiquement que mentalement. « C’est important de garder la forme, parce que si tu n’es pas en forme, tu ne pourras pas te concentrer; si tu n’es pas concentré, tu ne performes pas. Tu ne peux pas juste gamer. Il faut que tu sois en santé, que tu bouges, que tu manges bien et tout ça va faire que tu vas mieux performer quand c’est le temps », souligne-t-il.

Myriam Arsenault, Initiative de journalisme local, Le Quotidien